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Purgatoire

Saint Grégoire le Grand, Les Dialogues

Chacun est présenté en jugement tel qu’il est en quittant cette vie. Pour ce qui est de certaines fautes légères, il faut croire qu’il existe avant le jugement un feu purificateur, selon ce qu’affirme Celui qui est la Vérité, en disant que si quelqu’un a prononcé un blasphème contre l’Esprit Saint, cela ne lui sera pardonné ni dans ce siècle-ci, ni dans le siècle futur (Matthieu XII, 32). Dans cette sentence nous pouvons comprendre que certaines fautes peuvent être remises dans ce siècle-ci, mais certaines autres dans le siècle futur. Car si on refuse quelque chose à quelqu’un en particulier, l’intellect en déduit logiquement qu’on lui accorde pour d’autres. Mais comme je l’ai dit, il faut y croire comme une disposition possible pour les péchés petits et légers.

Saint Bernard de Clairvaux, Sermon des cinq régions

Il ne faut pas penser à racheter ceux qui sont en Enfer ; parce que, dans ce lieu, il n’y a point de rédemption à espérer. Ceux qui sont en Purgatoire attendent leur délivrance entière, ou dans les ardeurs du feu, ou dans les supplices du froid, ou dans quelque autre tourment cruel. Ceux qui sont dans le Ciel jouissent de la vision béatifique de Dieu. Puis que ceux, dont j’ai parlé en premier lieu, qui sont les réprouvés, ne méritent pas notre attention ; puisque ceux que j’ai mis en troisième lieu, qui sont les saints ; n’ont pas besoin de nos secours ; il faut donc que nous fassions, de ceux qui sont en Purgatoire, les objets de notre compassion.

Saint Isidore de Séville, De l’office ecclésiastique

Les suffrages servent aux défunts, non en ce sens qu’ils ajoutent à leur mérite pour leur faire obtenir la vie éternelle, mais en ce sens qu’ils les délient de leur peine, soit en la mitigeant, soit en hâtant leur délivrance.

Deuxième livre des Machabées XII, 43-46

Puis, ayant fait une collecte où il recueillit la somme de deux mille drachmes, il l’envoya à Jérusalem pour être employée à un sacrifice expiatoire. Belle et noble action, inspirée par la pensée de la résurrection ! Car, s’il n’avait pas cru que les soldats tués dans la bataille dussent ressusciter, c’eût été chose inutile et vaine de prier pour des morts. Il considérait en outre qu’une très belle récompense est réservée à ceux qui s’endorment dans la piété, et c’est là une pensée sainte et pieuse. Voilà pourquoi il fit ce sacrifice expiatoire pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leurs péchés.

Dictionnaire de théologie catholique (Article : Feu du Purgatoire)

Bien que l’existence du feu du purgatoire soit moins certaine que celle du feu de l’enfer, la doctrine qui admet un feu réel au purgatoire doit être qualifiée sententia probabilissima, et l’opinion contraire est improbable. Cela pour plusieurs raisons : 1° le consentement des théologiens scolastiques ; 2° l’autorité de saint Grégoire ; 3° l’autorité de saint Augustin ; 4° les témoignages concordants de saint Cyprien, saint Basile, saint Césaire, de la liturgie qui demande le « rafraîchissement » pour ces âmes ; 5° l’accord unanime des Pères latins au Concile de Florence ; 6° le fondement assez probable dans I. COR. III, 13-15 (« Le feu passera tout à l’épreuve, montrant ce que vaut le travail de chacun ») ; 7° enfin les révélations particulières, par exemple celles de sainte Catherine de Ricci : elle souffrit quarante jours de suite pour délivrer une âme du purgatoire, et une novice lui touchant la main, lui dit : « Mais, ma Mère, vous brûlez ! » – « Oui, ma fille » répondit-elle ; ce feu ne se voyait pas, mais la consumait, comme une fièvre ardente.

Pape Benoît XV, Spes Salvi (Encyclique)

Dans le judaïsme ancien, il existe aussi l’idée qu’on peut venir en aide aux défunts dans leur condition intermédiaire par la prière. La pratique correspondante a été adoptée très spontanément par les chrétiens et elle est commune à l’Église orientale et occidentale. L’Orient ignore la souffrance purificatrice et expiatoire des âmes dans « l’au-delà », mais connaît, de fait, divers degrés de béatitude ou aussi de souffrance dans la condition intermédiaire. Cependant, grâce à l’Eucharistie, à la prière et à l’aumône, « repos et fraîcheur »peuvent être donnés aux âmes des défunts. Que l’amour puisse parvenir jusqu’à l’au-delà, que soit possible un mutuel donner et recevoir, dans lequel les uns et les autres demeurent unis par des liens d’affection au-delà des limites de la mort, cela a été une conviction fondamentale de la chrétienté à travers tous les siècles et reste aussi aujourd’hui une expérience réconfortante.

Catéchisme du concile de Trente, Chapitre VI

Il y a un autre enfer où est le feu du Purgatoire. C’est là que les âmes des justes se purifient dans des souffrances qui durent un temps déterminé, en attendant qu’elles soient dignes d’entrer dans la Patrie éternelle, car rien de souillé ne peut y pénétrer. Cette vérité s’appuie sur le témoignage des Écritures et sur la tradition apostolique en même temps qu’elle est confirmée par les décrets des saints Conciles. Les Pasteurs auront soin de la prêcher souvent et de l’établir sur les raisons les plus solides. Car nous sommes dans un temps où les hommes ne veulent plus supporter la saine doctrine.

Saint Haymon d’Halberstadt, Livre II sur Isaïe (Chapitre 28)

Il y a au Purgatoire un grand nombre qui, ayant commencé ici leur pénitence, on été surpris par la mort et n’ont pu l’achever.

Concile de Florence

Nous déclarons que les âmes des véritables Pénitents, morts dans la charité de Dieu, avant que d’avoir fait de dignes fruits de pénitence pour expier leurs péchés de commission ou d’omission, sont purifiés après leur mort par les peines du Purgatoire, et qu’elles sont soulagées de ces peines par les suffrages des Fidèles vivants, comme sont le Sacrifice de la Messe, les prières, les aumônes et les autres œuvres de piété, que les Fidèles font pour les autres Fidèles, suivant les règles de l’Église ; et que les âmes de ceux qui n’ont point péché depuis leur Baptême, ou celles de ceux qui étant tombés dans des péchés, en ont été purifiés dans leur corps, après en être sorties, comme nous venons de dire, entrent aussitôt dans le Ciel, et voient purement la Trinité, les uns plus parfaitement que les autres, selon la différence de leurs mérites ; enfin que les âmes de ceux qui sont morts en péché mortel, actuel, ou dans le seul péché originel, descendent aussitôt en enfer, pour y être toutes punies, quoiqu’inégalement.

Saint Thomas d’Aquin, Commentaire des sentences (Livre IV, Distinction 21, Question 1, Article 1)

Ceux qui nient le purgatoire, s’élèvent contre la justice divine.

Sainte Catherine de Gênes, Traité du purgatoire

De ce divin Amour, je vois jaillir vers l’âme certains rayons et flammes brûlantes, si pénétrantes et si forts qu’ils sembleraient capables de réduire au néant non seulement le corps, mais l’âme elle-même s’il était possible. Ces rayons opèrent de deux manières : l’une est de purifier, l’autre d’anéantir. Vois l’or. À mesure que tu le fonds, à mesure il s’améliore. Tu pourrais le fondre au point de détruire en lui toute imperfection. Tel est l’effet du feu dans les choses matérielles. Il y a cette différence que l’âme ne peut s’anéantir en Dieu, mais uniquement dans son être propre. Plus tu la purifies, plus aussi elle s’anéantit en elle-même et pour finir elle est toute purifiée en Dieu. L’or, quand il est purifié à vingt-quatre carats, ne se consume plus, quel que soit le feu par où tu le ferais passer. Ce qui peut être consumé en lui, ce n’est que sa propre imperfection. Ainsi opère dans l’âme le feu divin. Dieu la maintient dans le feu jusqu’à ce que toute imperfection soit consumée. Il la conduit à la pureté totale de vingt-quatre carats. Quand elle est purifiée elle reste tout entière en Dieu, sans rien en elle qui lui soit propre, et son être est Dieu. Une fois que Dieu a ramené à lui l’âme ainsi purifiée, alors celle-ci est mise hors d’état de souffrir encore, puisqu’il ne lui reste plus rien à consumer. Supposé que dans cet état de pureté on la tienne dans le feu, elle n’en sentirait nulle souffrance. Ce feu ne serait autre chose que celui du divin amour de la vie éternelle, sans rien de pénible.

Saint Jean de la Croix, La Nuit obscure

Comme dans l’autre vie les esprits se purifient avec un feu ténébreux matériel, dans cette vie ils se purifient et se nettoient avec un feu d’amour, ténébreux spirituel. La différence est que là ils se nettoient par le feu ; ici ils se nettoient et s’illuminent par le seul amour.

Pape Clément VI, Lettre à Mekhitar d’Arménie (29 septembre 1351)

Nous demandons si tu as cru et si tu crois qu’il existe un purgatoire vers lequel descendent les âmes de ceux qui meurent en état de grâce et qui n’ont pas encore satisfait pour leurs péchés par une entière pénitence. De même, nous croyons qu’elles y sont tourmentées par un feu pour un temps et que, dès leur purification, avant même le jour du jugement, elles parviennent à la véritable et éternelle béatitude qui consiste à voir Dieu face à face et à l’aimer.

Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, Derniers entretiens

Si je vais en purgatoire, je serai très contente : je ferai comme les trois hébreux dans la fournaise, je me promènerai dans les flammes en chantant le cantique de l’amour. Oh que je serais heureuse si, allant en purgatoire, je pouvais délivrer d’autres âmes et souffrir à leur place, car alors je ferais du bien, je délivrerais les captifs.

Saint Curé d’Ars, Catéchisme

Mes enfants, un bon prêtre avait eu le malheur de perdre un ami qu’il chérissait tendrement, aussi priait-il beaucoup pour le repos de son âme. Un jour, Dieu lui fit connaître qu’il était au Purgatoire et qu’il souffrait horriblement. Ce saint prêtre ne crut rien faire de mieux que d’offrir le Saint-Sacrifice de la Messe pour son cher défunt. Au moment de la consécration, il prit l’hostie entre ses doigts et dit : « Père Saint et Éternel, faisons un échange ; Vous tenez l’âme de mon ami qui est en Purgatoire et moi je tiens le Corps de Votre fils qui est entre mes mains. Père Bon et Miséricordieux, délivrez mon ami et je Vous offre Votre fils avec tous les mérites de Sa Mort et de Sa Passion ». Sa demande fut exaucée. En effet, au moment de l’élévation, il vit l’âme de son ami, toute rayonnante de gloire, qui montait au Ciel : Dieu avait accepté l’échange. Mes enfants, quand nous voulons délivrer du Purgatoire une âme qui nous est chère, faisons de même. Offrons à Dieu, par le Saint-Sacrifice, Son Bien-Aimé Fils, avec tous les mérites de Sa Mort et de Sa Passion. Il ne pourra rien nous refuser.

Marie à sainte Catherine de Suède

Je suis la mère de tous ceux qui sont au purgatoire, et toutes les peines qui sont infligées aux morts, pour l’expiation de leurs fautes, sont allégées par mes prières.

Saint Alphonse de Ligori, Le grand moyen de la prière

On discute s’il est expédient de se recommander aux âmes du purgatoire. D’aucuns soutiennent que les âmes en expiation ne peuvent prier pour nous. Ils y sont amenés par l’autorité de saint Thomas d’Aquin qui enseigne que ces âmes, étant là pour se purifier au sein des peines nous sont inférieures et, pourtant, ne sont pas en situation de prier, mais plutôt de bénéficier de nos prières. Mais de nombreux autres docteurs, comme saint Bellarmin, Silvius, le cardinal Gotti, Lessius, Medina affirment avec beaucoup plus de probabilité : on doit le croire pieusement, Dieu leur manifeste nos prières afin que ces saintes âmes intercèdent pour nous et qu’ainsi entre elles et nous soit conservé ce bel échange de charité ; Elles prient pour nous et nous prions pour elles.

Deuxième concile de Lyon

Si, vraiment pénitents, les baptisés qui sont tombés dans le péché sont morts dans la charité, avant d’avoir satisfait, par de dignes fruits de pénitence, pour ce qu’ils ont commis ou omis, leurs âmes sont purifiées après la mort par des peines purgatoires ou purifiantes. Pour adoucir ces peines, les intercessions des fidèles vivants leur sont utiles, à savoir le sacrifice de la messe, les prières, les aumônes et les autres œuvres de piété que les fidèles ont coutume de faire pour d’autres fidèles selon les institutions de l’Église. Pour les âmes de ceux qui, après avoir reçu le saint baptême, n’ont contracté absolument aucune souillure du péché (nulla macula peccati), pour celles aussi qui, après avoir contracté la souillure du péché ont été purifiées, soit lorsqu’elles demeuraient encore dans leur corps, soit après s’en être dépouillées, comme on l’a dit plus haut, elles sont immédiatement reçues dans le ciel.

Pape Pie IV, Iniunctum nobis (Bulle)

Je tiens sans défaillance qu’il y a un purgatoire et que les âmes qui y sont retenues sont aidées par les intercessions des fidèles.

Cardinal Julien Cesarini, Conseil de Ferrare-Florence

Dès le temps des Apôtres, l’Église catholique enseignait que les âmes parties de ce monde, pures et franches de tout péché – c’est-à-dire les âmes des saints – entrent immédiatement dans la félicité. Les âmes de ceux qui après leur baptême ont péché, mais qui se sont ensuite sincèrement repentis et ont avoué leurs péchés, quoiqu’incapables d’exécuter l’epitimia prescrite par le confesseur, ou d’apporter des fruits de repentir suffisants pour expier leurs péchés, ces âmes sont épurées par le feu du purgatoire, tantôt rapidement, tantôt plus lentement, selon leurs péchés ; et ensuite, après leur purification, elles partent pour les lieux de bonheur éternel. Les prières du prêtre, les offices liturgiques et les actes de charité concourent dans une grande mesure à leur purification. Les âmes de ceux qui sont morts dans le péché mortel, ou dans le péché originel, vont directement à la damnation.

Lactance, Institutions divines

Quand le Seigneur aura jugé les justes, il les réprouvera par le feu ; et alors ceux dont les péchés, soit par leur poids, soit par leur nombre, prévaudront sur les bonnes actions qu’ils auront faites, seront examinés et punis par le feu ; mais ceux-là n’en sentiront point les atteintes qui seront ornés d’une vertu et d’une justices parfaites.

Saint Bernard de Clairvaux, Sermon sur le Cantique des Cantiques

Les hérétiques ne croient pas qu’il y ait après la mort un feu qui purifie ; ils prétendent que l’âme, en sortant du corps, passe à la région du repos ou à celle de la damnation éternelle. Qu’ils aillent donc le demander à celui qui a dit que certains péchés ne seront remis ni dans le siècle présent, ni dans le siècle futur ; pourquoi aurait-il dit cela, s’il n’y avait pas à attendre dans l’autre monde aucune rémission du péché par l’expiation ?

Saint Augustin, La Cité de Dieu

Pour certains morts, en effet, la prière de l‘Église ou des personnes pieuses est entendue ; mais elle l’est pour ceux qui, après avoir été régénérés dans le Christ, n‘ont pas passé leur vie tellement par méchanceté qu’elles peuvent être jugées indignes d‘une telle compassion, ni si bien qu’ils ne peuvent être considérés comme n’en ayant pas besoin. En outre, après la résurrection, il y aura une partie des morts à qui est accordé, après avoir enduré les douleurs propres aux esprits des morts, la miséricorde et l’acquittement de la punition du feu éternel. Pour certains dont les péchés, cependant n’avaient pas été remis dans cette vie, seront remis dans celle à venir, il ne pourrait pas être vraiment dit : « Ils ne seront pas pardonnés ni dans ce siècle, ni dans celui qui est à venir ». Mais quand le juge des vivants et des morts a dit : « Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde », et à ceux de l’autre côté, « Éloignez-vous de moi, maudits, allez dans le feu éternel qui est préparé pour le diable et ses anges », et « ceux-ci iront au châtiment éternel, mais les justes à la vie éternelle », il serait très présomptueux de dire que la punition de ceux pour lesquels Dieu a dit qu’ils iront au châtiment éternel, ne sera pas éternelle, et ainsi amener du désespoir ou du doute sur la promesse correspondante à la vie éternelle.

Ludolphe de Saxon, Vie de Jésus-Christ

Un jour dans la patience ici-bas, vaut mieux qu’une année dans le purgatoire. D’où il est dit dans Ézéchiel : Je vous ai donné un jour pour un an ; car la peine du Purgatoire surpasse toute peine temporelle de cette vie.

Saint Pierre Damien, Sermon sur saint André

Ne vous flattez point, si un directeur trop doux ou même porté à vous dissimuler vos péchés, vous impose une légère pénitence, puisque vous devez acquitter dans les flammes du Purgatoire, ce que vous n’aurez pas payé en ce monde, le Très-Haut exigeant de dignes fruits de pénitence.

Père Prat, La théologie de saint Paul (Page 112)

Il y a des fautes qui ne sont pas assez graves pour fermer le ciel, et pour ouvrir l’enfer, et qui sont punies néanmoins d’un châtiment proportionné.

Clément d’Alexandrie, Les Stromates (Chapitre IV)

En conséquence, le croyant, par une grande discipline, se départissant des passions, passe à une demeure qui est meilleur que l’ancienne, à savoir, du plus grand tourment, emmenant avec lui la caractéristique de la repentance des péchés qu’il a commis après le baptême. Il est alors toujours plus torturé, n’atteignant pas tout à fait ou pas encore ce qu’il voit que d’autres ont acquis. De plus il a aussi honte de ses transgressions. Les supplices les plus grands, en effet, sont affectés au croyant. Car la justice de Dieu est bonne , et sa bonté est juste. Et si les peines cessent au cours de la réalisation de l’expiation et de la purification de chacun, pourtant ceux-là ont un très grand et permanent chagrin qui se trouvent digne de l’autre pli, à cause de ne pas avoir été avec ceux qui ont été glorifiés par la justice.

Alcuin, De l’office divin

L’Église, cette tendre mère, prie pour ses enfants défunts et les recommandes dans l’oblation du saint sacrifice, étant bien assurée que ce sang précieux qui a été répandu pour beaucoup, afin de remettre leurs péchés, sert non seulement pour le salut des vivants, mais encore pour l’absolution des morts.

Saint Éloi, Homélie VIII

Purifions-nous de toute souillure de la chair et de l’esprit, pour n’être brûlés ni dans le feu éternel, ce qu’il ne plaise à Dieu, ni dans le feu temporel.

Saint François de Sales, Traité de l’Amour de Dieu

Les âmes qui sont en purgatoire, y sont sans doute pour leurs péchés, péchés qu’elles ont détestés et détestent souverainement ; mais quant à l’abjection et peine qui leur en reste d’être arrêtées en ce lieu-là et privées pour un temps de la jouissance de l’amour bienheureux du paradis, elles la souffrent amoureusement et prononcent dévotement le cantique de la justice divine : « Vous êtes juste, Seigneur, et votre jugement est équitable. » (Psaume 137) Elles voient que la Providence est irréprochable, que jamais aucun péché ne provient du manque de secours divin, ou de l’insuffisance de ce secours.

Mère Marie-Catherine de Saint-Augustin, The divine Crucible of Purgatory (Page 61)

Marie-Madeleine, la pénitente, n’était-elle pas remplie, au pied de la Croix, de cette lumière si pénétrante par laquelle les âmes du purgatoire voient la malice du péché ? Elle était devant le Crucifié comme un miroir vivant, (la douleur du Sauveur passait en elle), et elle restait sans mouvement les yeux levés vers Lui. La sublimité de la révélation, qu’elle reçut alors, dépasse toute parole, toute pensée, tout sentiment. La sainteté ineffable du Christ, sa douleur immense et sa paix rayonnaient sur elle et l’enveloppaient. Ces trois heures au Calvaire furent son très douloureux purgatoire ; cependant elle n’aurait pas voulu échanger un seul moment de cette union douloureuse pour toutes les joies du Thabor. En Notre-Seigneur et par Lui, elle expiait ses propres fautes, et pourtant toute réflexion sur elle-même disparaissait ; elle était comme immergée et perdue dans la contemplation de la Lumière (du Verbe fait chair) qui souffrait pour les péchés du monde. C’était en Lui, mieux qu’en elle-même, qu’elle comprenait ce que signifie le péché pour Dieu et pour l’homme. C’est là vraiment une image des âmes du purgatoire. Cette scène du Calvaire montre la pénétration de la lumière divine dans leurs ténèbres et leur capacité silencieuse de réception par rapport à cette lumière qui descend avec toutes les douleurs de Jésus crucifié. Elle montre aussi la douleur purifiante et pacifiante que trouvent les personnes vivantes sous l’influence de la Sainteté de Celui qui efface les péchés du monde.

Monseigneur Auguste Saudreau, L’Idéal de l’âme fervente (Page 53)

Le Seigneur fait passer ses amis eux-mêmes par des douleurs qui achèvent de les purifier, mais il le fait comme à regret ; et à ces âmes tendrement aimées il ne peut s’empêcher d’accorder des consolations qui adoucissent leurs peines.

Concile de Trente (Canon 30)

Si quelqu’un dit que, après avoir reçu la grâce de la justification, tout pécheur pénitent voit sa faute remise et sa condamnation à la peine éternelle annulée, en sorte que ne reste aucune condamnation à une peine temporelle à expier, ou dans ce monde ou dans le monde à venir au Purgatoire, avant que ne puisse s’ouvrir l’entrée au Royaume des cieux : qu’il soit anathème.

Origène, Homélies sur Jérémie

Car si sur la fondation du Christ vous avez construit non seulement d’or et d’argent et de pierres précieuses (I Corinthiens III, 13-15) ; mais aussi de bois et de foin et de chaume, à quoi vous attendez-vous quand l’âme sera séparée du corps ? Pourriez-vous entrer dans le ciel avec votre bois, foin et chaume et souiller ainsi le royaume de Dieu ; ou à cause de ces entraves rester sans recevoir aucune récompense pour votre or et argent et les pierres précieuses ; rien de ceci n’est juste. Alors il reste que vous serez commis au feu qui brûlera les matières légères ; pour notre Dieu, ceux qui peuvent comprendre des choses célestes sont appelées à un feu purifiant, mais ce feu ne consomme pas la créature, mais ce que la créature a construit elle-même de bois et de foin et de chaume. Il est manifeste que le feu détruit le bois de nos péchés, puis nous revient la récompense de nos grandes œuvres.

Saint Éphrem de Nisibe, Testament

Je vous conjure, mes biens aimés, de ne point m’ensevelir avec des parfums ; mais donnez-moi des parfums de bonne odeur dans la maison de Dieu, accompagnez-moi plutôt de vos prières et offre les comme un encens au Seigneur. Au lieu de d’odeur et de parfums, secourez-moi par la ferveur de vos oraisons et de vos prières ; je vous en supplie, faites-y toujours mémoire de moi. […] Accompagnez-moi, au chant des psaumes et des oraisons, et daignez offrir assidûment pour mes imperfections des oblations et des sacrifices ; et après le trentième jour de ma mort, faites encore mémoire de moi ; car les morts sont singulièrement soulagés par les prières et les oblations des fidèles vivants.

Archevêque Hildebert de Lavardin, Sermon LXXXV

On fait mémoire des morts pour obtenir à ceux qui souffrent dans le Purgatoire, une entière rémission de leurs peines, ou du moins quelques soulagement.

Saint Grégoire de Nysse, Sermon sur la mort

Quand il a quitté son corps et que la différence entre la vertu et le vice est connue, il ne peut pas approcher de Dieu jusqu’à ce que le feu de purgation ait nettoyé les taches dont son âme était infestée. Ce même feu dans d’autres effacera la corruption de la matière et la propension au mal.

Saint Augustin, Des devoirs à rendre aux morts

Les pompes funèbres, l’éclat qui les environne, la recherche somptueuse dans la structure des mausolées, sans être de la moindre ressource pour les défunts, peuvent bien offrir quelque sorte de consolation aux vivants. Mais ce dont il ne faut pas douter, c’est que les prières de l’Église, le saint sacrifice, les aumônes, ne leur portent du soulagement, et ne leur obtiennent d’être traités plus miséricordieusement qu’ils ne l’avaient mérité. L’Église universelle, instruite par la tradition de ses Pères, observe qu’à l’endroit du sacrifice où l’on fait mention des morts, on prie et on offre pour tous ceux qui sont décédés dans la communion du corps de Jésus-Christ.

Matthieu V, 26

En vérité, je te le dis, tu n’en sortiras pas que tu n’aies payé jusqu’à la dernière obole.

Monseigneur Gaume, Catéchisme de persévérance

Le Purgatoire est le lieu où les âmes des Justes, sorties de ce monde sans avoir suffisamment satisfait à la justice divine pour leurs fautes, achèvent de les expier avant d’être admises à jouir du bonheur éternel ; car il est de foi que rien de souillé ne saurait entrer dans le Ciel. Le dogme du Purgatoire est une des plus consolantes vérités de la Religion. Pour s’unir au second Adam [Jésus-Christ], notre esprit doit la croire comme toutes celles qu’il nous a révélées. Nous sommes naturellement portés à l’admettre. Il est si doux de penser que la mort ne brise point les liens qui nous unissent à nos frères, et que nous pouvons encore leur être utiles après qu’ils ont quitté la vie. Aussi les preuves que nous allons donner n’ont pas pour but de vaincre notre répugnance à croire cette vérité, mais d’affermir et de consoler notre foi en montrant qu’elle est bien fondée. Commençons par exposer ce que nous devons croire sur le Purgatoire. L’Église catholique, assemblée au concile de Trente, nous enseigne à ce sujet quatre vérités. La première, qu’après la rémission de la coulpe du péché et de la peine éternelle, obtenue de Dieu dans le sacrement de Pénitence, il reste encore, ordinairement parlant, une peine temporelle à subir. La seconde, que, quand on n’y a pas satisfait en ce monde, on peut et on doit la subir après la mort dans le Purgatoire. La troisième, que les prières et les bonnes œuvres des vivants peuvent être utiles aux morts, soulager et abréger leurs peines. La quatrième, que le sacrifice de la Messe est propitiatoire, qu’il a, par conséquent, la vertu d’effacer les péchés et de satisfaire à la justice divine pour les vivants et pour les morts. C’est donc un article de foi qu’il y a un Purgatoire, et que nous pouvons, par nos prières, nos bonnes œuvres et le saint sacrifice de la Messe, soulager les âmes qui achèvent de s’y purifier. Or, en professant cette touchante vérité, nous associons notre foi à la foi de tous les siècles, foi invariable parce qu’elle est fondée sur la parole même de Dieu, qui ne change point. PREMIÈRE PREUVE DU PURGATOIRE. — L’Ancien Testament. Plusieurs soldats, appartenant à l’armée de Judas Machabée, avaient, contre la défense de Dieu, enlevé dans les temples de Samnia des objets consacrés aux idoles, et les avaient cachés sous leurs habits au moment d’une bataille, où tous ces soldats perdirent la vie. Leur faute, qu’on regarda comme la cause de leur mort, fut découverte à l’instant où l’on allait les enterrer. Judas Machabée, croyant avoir lieu de penser, ou qu’ils n’avaient pas assez connu la loi pour comprendre la gravité de leur transgression, ou qu’ils s’en étaient repentis devant Dieu avant d’expirer, fit faire une quête et passer l’argent à Jérusalem, afin qu’on y offrît des sacrifices pour leurs péchés. Il considéra, dit l’Écriture, qu’une grande miséricorde est réservée à ceux qui meurent dans la piété. C’est donc une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés. Ainsi, on croyait chez les Juifs qu’il était pieux et salutaire d’offrir des sacrifices pour les morts, afin qu’ils fussent délivrés de leurs péchés. L’historien Josèphe nous indique assez que cette croyance se maintenait de son temps, lorsqu’il témoigne que les Juifs ne priaient point pour ceux qui s’étaient eux-mêmes privés de la vie. Or, ils ne priaient pas sans doute pour ceux qui étaient déjà dans le sein d’Abraham, où l’on n’avait nul besoin de prières, ni pour ceux qui seraient en Enfer, où les prières sont inutiles. Ils croyaient donc à un état mitoyen entre l’un et l’autre ; et cet état mitoyen nous l’appelons Purgatoire. DEUXIÈME PREUVE. — Le Nouveau Testament. Si l’usage d’offrir des sacrifices et de prier pour les morts, qui suppose la croyance du Purgatoire, n’était, comme le prétend Calvin, qu’une invention de Satan, comment se fait-il que Notre-Seigneur, le trouvant établi, n’en ait jamais désabusé les Juifs ? Comment n’a-t-il pas prémuni ses Disciples contre cette tradition illusoire, fausse et superstitieuse ? Bien plus, il savait que tous les Chrétiens la suivraient religieusement pendant des siècles ; qu’en renouvelant tous les jours le sacrifice de son corps et de son sang, ils en demanderaient ardemment l’application aux âmes souffrantes de leurs frères décédés ; il le savait et ne les prévient pas ! Que dis-je ? Il a lui-même recommandé cette pratique à ses Disciples et de sa parole infaillible confirmé leur foi au Purgatoire. Un jour il leur dit : « Si quelqu’un blasphème contre le Fils de l’homme, il pourra en obtenir le pardon ; mais s’il blasphème contre le Saint-Esprit, ce péché ne lui sera remis ni dans le siècle présent, ni dans le siècle futur. » Il y a donc des péchés qui sont remis dans le siècle futur, autrement l’expression du Sauveur ne signifierait rien. Or, comme le péché ne peut être remis dans le siècle futur, quant à la coulpe et à la peine éternelle, il peut donc y être remis quant à la peine temporelle. Mais cette rémission n’a pas lieu dans le Ciel, où rien de souillé ne saurait pénétrer, ni dans l’Enfer, où il n’y a plus de Rédemption. Il y a donc entre le Ciel et l’Enfer un lieu mitoyen où cette rémission s’accomplit. Ce lieu, nous l’appelons Purgatoire. TROISIÈME PREUVE. — La Tradition de l’Église catholique. Non-seulement Notre-Seigneur a confirmé la foi des Apôtres au Purgatoire, approuvé et recommandé la pratique de prier pour les morts, il leur a ordonné de prêcher la même vérité, d’établir le même usage. Il le faut bien de toute nécessité, s’il est prouvé que les Apôtres aient instruit l’Église à prier pour les morts. Or, il en est ainsi. C’est un fait certain comme l’existence du soleil, que, depuis les Apôtres, l’Église n’a pas cessé d’offrir des prières et des sacrifices pour ses enfants décédés. Il serait long de rapporter ici tous les témoignages des Pères et des auteurs ecclésiastiques, qui établissent la perpétuité de ce touchant usage. Nous nous bornerons à quelques-uns. « Assemblez-vous, disent les Constitutions apostoliques, dans les cimetières, faites-y la lecture des livres sacrés, chantez-y des psaumes en l’honneur des martyrs et de tous les Saints et pour vos frères qui sont morts dans le Seigneur, et offrez ensuite l’Eucharistie. » Tertullien, qui touchait de si près aux Apôtres, parle fréquemment de la prière pour les morts, et il dit que cet usage est fondé sur la tradition. Saint Cyprien, faisant allusion aux prières pour les morts, écrivit ces paroles remarquables : « Les Évêques, nos prédécesseurs, avaient déjà ordonné que nul de nos frères ne nommât, par testament, un ecclésiastique pour tuteur ou curateur, et que si quelqu’un le faisait, on ne priât point pour lui, et ou ne célébrât point le sacrifice pour le repos de son âme. » La décision des Évêques antérieurs à saint Cyprien suppose la pratique établie de prier pour les morts, et par là nous indique l’apostolicité de son origine. La voici en toutes lettres dans saint Chrysostome : « Ce ne fut pas sans raison que les Apôtres ordonnèrent que, dans la célébration des mystères redoutables, il fût fait mémoire des défunts, car ils savaient combien il en revient aux morts d’utilité et de profit. » Saint Augustin, qui a composé un traité sur nos devoirs envers les morts, où les prières pour eux reviennent sans cesse, s’exprime ainsi : « Les pompes funèbres, l’éclat qui les environne, la recherche somptueuse dans la structure des mausolées, sans être de la moindre ressource pour les défunts, peuvent bien offrir quelque sorte de consolation aux vivants. » Mais ce dont il ne faut pas douter, c’est que les prières de l’Église, le saint sacrifice, les aumônes, ne leur portent du soulagement, et ne leur obtiennent d’être traités plus miséricordieusement qu’ils ne l’avaient mérité. L’Église universelle, instruite par la tradition de ses Pères, observe qu’à l’endroit du sacrifice où l’on fait mention des morts, on prie et on offre pour tous ceux qui sont décédés dans la communion du corps de Jésus-Christ. Dans son ouvrage contre les hérésies, le même Père range Aérius parmi les hérétiques, ainsi qu’avait fait avant lui saint Épiphane, pour avoir nié, contre la doctrine et la tradition de tous les temps, l’utilité de la prière pour les morts. L’un et l’autre nous témoignent ainsi qu’elle était regardée, dans l’Église, comme une des vérités révélées et connues par tradition apostolique. Saint Isidore nous l’apprend en ces termes : « Parce que l’oblation du sacrifice et la prière pour le repos des fidèles qui par tradition. Or, l’Église l’observe en tout lieu. Il est certain que, si elle ne croyait pas que les fidèles pussent obtenir le pardon de leurs péchés, elle ne ferait pas des aumônes pour le soulagement de leurs âmes, et n’offrirait pas à Dieu le sacrifice pour eux. » Enfin, saint Cyrille de Jérusalem, expliquant aux Fidèles l’usage de prier pour les morts, dit : « Nous prions pour nos pères et pour nos Évêques, et en général pour tous ceux d’entre nous qui sont sortis de cette vie, dans la ferme espérance qu’ils reçoivent un très grand soulagement des prières qu’on offre pour eux dans le saint et redoutable sacrifice. » Il serait inutile de multiplier les témoignages, puisque les chefs de la prétendue réforme avouent l’existence du Purgatoire et la perpétuité de la prière pour les morts. « Il y a plus de treize cents ans, disait Calvin, qu’il est passé en usage de prier pour les morts. » « Pour moi qui crois fortement, disait Luther, j’oserais même dire plus, moi qui sais que le Purgatoire existe, je suis facile à me persuader que l’Écriture en fait mention. Tout ce que je sais du Purgatoire, c’est que les âmes y souffrent et peuvent être soulagées par nos œuvres et par nos prières. » QUATRIÈME PREUVE. — Tradition des sectes séparées de L’Église. Les liturgies de la plupart des sectes que nous allons citer, bien qu’elles n’aient été écrites qu’au quatrième siècle, datent cependant du temps des Apôtres. Voici de quelle manière s’exprime la liturgie des Nestoriens du Malabar : « Souvenons-nous de nos pères, de nos frères, des fidèles qui sont sortis de ce monde dans la foi orthodoxe ; prions le Seigneur de les absoudre, de leur remettre leurs péchés, leurs prévarications, de les rendre dignes de partager la félicité éternelle avec les justes qui se sont conformés à la volonté divine. » La liturgie des Nestoriens chaldéens : « Recevez cette oblation, ô mon Dieu ! pour tous ceux qui pleurent, qui sont malades, qui souffrent dans l’oppression, les calamités, les infirmités, et pour tous les trépassés que la mort a séparés de nous… Pardonnez les délits et les péchés de ceux qui sont morts ; nous vous le demandons par votre grâce et vos miséricordes éternelles. » La liturgie des Arméniens offre de très belles prières pour les vivants et pour les morts en général. Le Diacre, s’adressant à tous les Fidèles, s’écrie : « Nous demandons qu’il soit fait mention, dans ce sacrifice, de tous les Fidèles en général, hommes et femmes, jeunes et vieux, qui sont morts avec la foi en Jésus-Christ. Souvenez-vous, Seigneur, et ayez pitié d’eux » répond le chœur. Le Prêtre seul : « Donnez-leur le repos, la lumière et une place parmi vos Saints dans votre règne céleste, et faites qu’ils soient dignes de votre miséricorde. » La liturgie des Grecs contient cette recommandation pour les morts : « Nous vous offrons aussi, pour le repos et la délivrance de l’âme de votre serviteur, afin qu’elle soit dans le lieu lumineux où il n’y a ni douleur ni gémissement, et que vous la fassiez reposer, ô Seigneur notre Dieu ! au lieu où brille la lumière de votre face. » La liturgie d’Alexandrie, ou des Coptes jacobites, fait commémoration des morts en ces termes : « Souvenez-vous, Seigneur, de tous ceux qui se sont endormis et ont fini leurs jours dans le sacerdoce, comme aussi de tout l’ordre des laïques. Daignez, Seigneur, accorder le repos à leurs âmes, dans le sein d’Abraham, Isaac et Jacob ; introduisez-les dans le Paradis de délices, dans ce séjour d’où sont bannis la douleur, la tristesse et les soupirs du cœur, et où brille la lumière de vos Saints. » Les mêmes vœux, les mêmes prières se trouvent dans les liturgies des autres sectes séparées de l’Église, telles que les sectes des Abyssins, des Syriens, etc. C’est donc un fait évident, et toutes les liturgies de la terre en font foi, que, depuis les temps apostoliques, non-seulement les Chrétiens de l’Église catholique, mais aussi ceux des communions séparées, ont récité, et qu’ils récitent encore des prières pour les morts dans la célébration des saints mystères. Or, ce concours unanime de tous les Chrétiens, cette uniformité de toutes les liturgies, supposent nécessairement une origine commune, également reconnue des amis et des ennemis, des Catholiques et des Dissidents ; une autorité plus sacrée, aux yeux des hérétiques, que celle de l’Église à laquelle ils refusaient de se soumettre ; une autorité enfin qu’il est impossible de concevoir et de trouver ailleurs que dans l’enseignement des Apôtres. C’est donc à leur enseignement et à celui de leur divin Maître, qu’il faut rapporter l’usage universel de prier pour les morts, la croyance de l’utilité de ces prières, et celle du Purgatoire qui en est inséparable. CINQUIÈME PREUVE. — La tradition des Païens. Le dogme du Purgatoire est une de ces vérités essentielles qui appartiennent à la révélation primitive, et que la tradition de nos premiers parents a fait passer chez tous les peuples de la terre. Platon distingue parmi les morts les justes qui jouissent d’un bonheur éternel, les méchants qui subissent des supplices également éternels, et les malheureux dont les péchés sont guérissables, et qui ne sont punis que pour devenir meilleurs : ce qui est conforme à la croyance des Juifs et des Chrétiens catholiques. On trouve la même doctrine dans Virgile. Suivant saint Justin et Tertullien, les anciens Païens offraient des sacrifices pour les morts, et employaient certains rites expiatoires pour les rétablir dans leur première innocence. Comme on ignorait le sort de chacun de ceux qui quittaient la vie, on priait généralement pour tous. Dans les billets qu’on envoyait pour annoncer le décès de quelqu’un, on ne manquait pas d’y faire son éloge, afin d’engager à prier pour lui. Il y avait une liturgie et des formules de prières pour les morts. On invoquait les Saints en leur faveur, comme le prouvent diverses inscriptions gravées sur des tombeaux. En voici quelques-unes : « Âmes célestes, venez à son aide ; que les dieux te soient propices ! » « Mânes très-saints, je vous recommande mon époux ; daignez lui être indulgents. » Tous les peuples païens de l’Orient et de l’Occident ont eu des usages semblables. Ainsi, les Païens, les Juifs et les Chrétiens s’accordent à reconnaître le dogme du Purgatoire : toutes les nations de la terre et tous les siècles répètent à leur manière : « C’est une sainte et salutaire pensée de prier pour les morts, afin qu’ils soient délivrés de leurs péchés. » Or, nous le demandons au protestant et à l’impie : Qui êtes-vous pour rejeter une croyance aussi générale et aussi constante ? Qu’avez-vous à opposer à la foi du monde entier ? SIXIÈME PREUVE. — La raison. Si, à tant d’autorités, il n’était pas superflu d’ajouter une nouvelle preuve, nous la tirerions de l’idée que l’Écriture nous donne de la justice de Dieu, en nous disant que Dieu rendra à chacun selon ses oeuvres. Nous demandons s’il est juste qu’un pécheur, qui a vécu dans le désordre pendant toute sa vie, qui se convertit cependant à la mort, et qui est rétabli dans l’état de grâce par une pénitence sincère, soit aussi abondamment récompensé et jouisse aussi promptement du bonheur éternel, qu’un juste, qui a persévéré toute sa vie dans la pratique de la vertu et qui meurt dans les sentiments d’un parfait amour pour Dieu. Jamais ce plan de justice divine n’entra dans un esprit sensé. Ajoutons que, si l’erreur ne fut jamais utile, le dogme du Purgatoire est certainement une grande vérité. En effet, le Sauveur, en confirmant, et l’Église, en conservant avec tant de soin ce dogme précieux et le touchant usage de prier pour les morts, a contribué plus qu’on ne pense à entretenir parmi les vivants la charité, garantie de toutes les vertus et base de la paix publique. Il est bien digne de remarque que la charité, qui est l’âme du Christianisme, diminue parmi les vivants à mesure qu’elle s’éteint à l’égard des morts. L’usage de prier pour eux nous rappelle un tendre souvenir de nos parents et de nos bienfaiteurs, nous inspire du respect pour leurs dernières volontés. Il contribue à l’union des familles, il en rappelle les membres dispersés sur le tombeau de leurs pères, leur remet en mémoire des faits et des leçons qui intéressent leur bonheur. Souvent il les réconcilie, on est bien près de s’aimer quand on pleure ensemble ; enfin, il amortit en nous la fièvre des passions, en nous rappelant le néant de tout ce qui n’est pas Dieu. Résister au penchant le plus sacré de la nature, méconnaître l’esprit du Christianisme, fouler aux pieds la tradition la plus universelle et la plus respectable : voilà ce qu’ont fait les hérétiques et les impies, en combattant, en détruisant ce pieux usage.

Abbé Grégoire Célier, L’immortalité de l’âme

Le Purgatoire, qui échoit à ceux qui, ayant voulu aimer Dieu, n’ont pas payé sur la terre toutes leurs dettes envers sa justice, est un lieu transitoire d’expiation. Ceux qui y séjournent sont définitivement destinés au Ciel et, après une certaine purification, y entrent pour toujours.

Ernest Hello, Physionomie de saints (Pages 74-75)

Le feu du purgatoire est très différent du feu de l’enfer. Sainte Françoise Romaine voit le feu de l’enfer noir, celui du purgatoire clair, avec une teinte rouge. Elle voit, non pas dans le purgatoire, mais en dehors, l’ange gardien de la personne morte qui se tient du côté droit, et le démon tentateur qui se tient du côté gauche. L’ange gardien présente à Dieu les prières des vivants, offertes pour l’âme qu’il assiste en purgatoire. Quant aux prières faites pour des âmes qu’on croit en purgatoire et qui n’y sont pas, voici, d’après sainte Françoise, comment se fait l’application. Si l’âme qu’on croit en purgatoire est déjà au ciel et n’a plus besoin de prières, la prière faite pour elle s’applique aux autres âmes du purgatoire et aussi au vivant qui a fait cette prière. Si l’âme qu’on croit en purgatoire est en enfer, le mérite et l’efficacité de sa prière retombent tout entiers sur celui qui a prié et ne se partagent pas, comme dans l’hypothèse précédente.

Bibliographie

  • Abbé Louvet, Le Purgatoire d’après les révélations des Saints
  • Sainte Catherine de Gênes, Traité du purgatoire
  • Abbé Martin Berlioux, Un mois avec nos amies les âmes du purgatoire
  • Abbé Théodore Perrin, Le purgatoire : traité historique, dogmatique et moral (Lien tome 1)
  • R.P. Rumble et Carty, La vérité sur le Purgatoire
  • Abbé François-Xavier Schouppe, Le dogme du Purgatoire