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Enfer

Pape Grégoire X, Deuxième concile de Lyon

Pour les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel ou avec le seul péché originel, elles descendent immédiatement en enfer, où elles reçoivent cependant des peines inégales.

Apocalypse XXI, 8

Mais pour les lâches, les incrédules, les abominables, les meurtriers, les impudiques, les magiciens, les idolâtres et tous les menteurs, leur part est dans l’étang ardent de feu et de soufre : c’est la seconde mort.

Adolphe Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique (Page 290-291)

Si malheureusement le pécheur s’obstine jusqu’au bout dans la résistance à la grâce, c’est l’enfer avec toutes ses horreurs. A) La peine du dam d’abord, peine justement méritée. La grâce n’avait cessé de poursuivre le coupable ; mais lui est mort volontairement dans son péché, c’est à dire volontairement séparé de Dieu ; et, comme ses dispositions ne peuvent plus changer, il demeurera pendant toute l’éternité séparé de Dieu. Tant qu’il vivait sur terre, absorbé par ses affaires et ses plaisirs, il n’avait pas le temps de s’arrêter à l’horreur de sa situation. Mais, maintenant qu’il n’y a plus pour lui ni affaires, ni plaisirs, il se trouve constamment en face de l’épouvantable réalité. Par le fond même de sa nature, par les aspirations de son esprit et de son cœur, de son être tout entier il se sent irrésistiblement attiré vers Celui qui est son premier principe et sa dernière fin, la source unique de sa perfection et de son bonheur, vers ce Père si aimable et si aimant qui l’avait adopté pour enfant, vers ce Rédempteur qui l’avait aimé jusqu’à mourir pour lui sur la croix ; et d’un autre côté, il se sent impitoyablement repoussé par une force insurmontable, et cette force n’est autre que son péché. La mort l’a figé, l’a immobilisé dans ses dispositions, et, parce qu’au moment même de la mort il a rejeté Dieu, éternellement il sera séparé de lui. Plus de bonheur, plus de perfection ; il demeure attaché à son péché, et par lui à tout ce qu’il y a d’ignoble et de dégradant. B) À cette peine du dam, de beaucoup la plus terrible, vient s’ajouter la peine du sens. Le corps ayant été le complice de l’âme participera à son supplice ; déjà le désespoir éternel qui torture l’âme du réprouvé produit en son corps une fièvre intense, une soif inextinguible que rien ne peut désaltérer. Mais de plus il y aura un feu réel, bien que différent du feu matériel que nous voyons sur terre, qui sera l’instrument de la justice divine pour châtier notre corps et nos sens, il est juste en effet qu’on soit puni par où on a péché (Sg 11:16) ; et, puisque le réprouvé a voulu jouir d’une façon désordonnée des créatures, il trouvera en elles un instrument de supplice. Ce feu, allumé et dirigé par une main intelligente, torturera d’autant plus ses victimes qu’elles auront voulu jouir d’une façon plus intense des plaisirs mauvais. C) L’une et l’autre peine ne finira jamais, et c’est là ce qui porte à son comble le châtiment des réprouvés. Car, si les moindres souffrances, par le fait même de leur continuité, deviennent presque intolérables, que dire de ces peines, déjà si intenses en elles-mêmes, qui, après des millions de siècles, ne feront que recommencer ? Et cependant Dieu est juste, Dieu est bon jusque dans les châtiments qu’il est obligé d’infliger aux damnés ! Il faut donc que le péché mortel soit un mal abominable pour être puni de la sorte, le seul véritable et unique mal. Donc plutôt mourir que de se souiller d’un seul péché mortel ; et, pour mieux réussir à l’éviter, ayons horreur aussi du péché véniel.

Monseigneur de Ségur, L’Enfer

Outre le feu et les ténèbres, il y a dans l’enfer d’autres châtiments, d’autres peines et d’autres manières de souffrir. La justice divine le requiert ainsi ; les réprouvés ayant commis le mal en beaucoup de manières, et chacun de leurs sens ayant participé plus ou moins à leurs péchés, et par conséquent à leur damnation, il est juste qu’ils soient punis davantage du côté par où ils auront péché davantage, suivant cette parole de l’Ecriture : « Chacun sera puni par où il aura péché ». C’est principalement encore le feu, ce feu terrible et surnaturel dont nous venons de parler, qui sera l’instrument de ces châtiments multiples ; il punira par une action spéciale tel ou tel sens qui aura spécialement servi à l’iniquité ; et c’est aussi par rapport à chacun de ses vices, à chacun de ses péchés, que le damné, jeté dans le feu et dans les ténèbres extérieures, comme dit l’Évangile, pleurera amèrement sur un passé irréparable, et grincera des dents, dans l’excès du désespoir. « Là il y aura des pleurs et des grincements de dents, fletus et stridor dentium ». Ce sont les paroles de Dieu même. Ces pleurs des réprouvés seront plus spirituels que corporels, dit saint Thomas ; et cela, même après la résurrection, où les corps des réprouvés, tout en demeurant de vrais corps humains avec tous leurs sens, tous leurs organes et toutes leurs propriétés essentielles, ne seront cependant plus susceptibles de certains actes ni de certaines fonctions. Les larmes, en particulier, supposent un principe physique de sécrétion qui n’existera plus. Ô mon bon lecteur, figurez-vous donc ce que seront et ce que souffriront sous les diverses influences de ce feu et de ces ténèbres, de ces affreux remords et de ces désespoirs inutiles, les yeux d’un damné, ces yeux qui auront tant de fois et pendant de si longues années servi à contenter son orgueil, sa vanité, sa cupidité, toutes les recherches de sa luxure. Et ses oreilles ouvertes aux discours impudiques, aux mensonges, aux calomnies, aux moqueries de l’impiété ! Et sa langue, ses lèvres, sa bouche, instruments de tant de sensualités, de tant de discours impies et obscènes, de tant de gourmandises ! Et ses mains, qui ont cherché, qui ont écrit, qui ont répandu tant de choses détestables ; qui ont fait tant de mauvaises actions ! Et son cerveau, organe de tant de millions de coupables pensées de tout genre ! Et son cœur, siège de sa volonté dépravée, et de toutes ses mauvaises affections, évanouies pour toujours ! Et son corps tout entier, sa chair pour laquelle il a vécu, dont il a satisfait tous les désirs, toutes les passions, toutes les concupiscences ! Tout en lui aura son châtiment, son tourment spécial, en outre de la peine générale de la damnation, et de la malédiction divine, et du feu vengeur. Quelle horreur ! Et ce n’est pas tout. Saint Thomas ajoute, en effet, avec les saints Pères : Dans la purification dernière du monde, il se fera dans les éléments une séparation radicale ; tout ce qui est pur et noble subsistera dans le ciel pour la gloire des Bienheureux ; tandis que tout ce qui est ignoble et souillé sera précipité dans l’enfer pour le tourment des damnés. Et ainsi, de même que toute créature sera une cause de joie pour les élus, de même les damnés trouveront dans toutes les créatures une cause de tourments. Et ce sera l’accomplissement de l’oracle des Livres saints : « L’univers entier combattra avec le Seigneur contre les insensés, c’est-à-dire les réprouvés ». Enfin, et pour compléter l’exposition de ce lugubre état de l’âme réprouvée, ajoutons ce que Notre-Seigneur a déclaré lui-même dans la formule de la sentence à venir du jugement dernier, à savoir que les maudits, les damnés, iront brûler en enfer, « dans le feu qui a été préparé pour le démon et pour ses anges ». Dans les abîmes embrasés de l’enfer, les réprouvés auront donc le supplice de l’exécrable compagnie de Satan et de tous les démons. En ce monde on trouve parfois une sorte de soulagement à ne pas être seul à souffrir : mais, dans l’éternité, cette association du damné avec tous les mauvais anges et avec les autres réprouvés sera au contraire une aggravation du désespoir, de la haine, de la rage, des souffrances de l’âme et des douleurs physiques. Voilà le peu que nous savons, par la révélation divine et par les enseignements de l’Eglise, sur la multiplicité des tourments qui seront, dans l’autre vie, le châtiment des impies, des blasphémateurs, des impudiques, des orgueilleux, des hypocrites, et en général de tous les pécheurs obstinés et impénitents. Mais ce qui, plus que tout le reste, rend épouvantables toutes ces peines, c’est leur éternité.

Saint Alphonse de Liguori, Sermon pour le dimanche dans l’octave de Noël

Les pécheurs ne s’occupent que du présent, peu soucieux du but pour lequel ils ont été créés. Mais qu’importent leurs succès dans tout le reste, s’ils ne peuvent atteindre la fin qui seule peut les rendre heureux ? Arriver à ce but doit être notre unique affaire, celle-là manquée, tout est perdu avec elle. Et quel est ce but : obtenir la vie éternelle. Les pécheurs vivent sans s’inquiéter nullement de la conquérir ; en attendant, la mort approche et l’éternité s’avance, et ils ne savent où ils vont. Si, interrogé sur la route qu’il fait, et sur sa destination, le pilote d’un navire répondait qu’il n’en sait rien, qui ne dirait point, écrit St.-Augustin, que cet homme va faire perdre le vaisseau. Telle est cette fausse sagesse du monde, qui n’est propre qu’à nous damner, qui nous conduit aux honneurs, nous comble de vaines jouissances, mais ne peut rien pour le salut de notre âme. Pauvre Epulon ! Il sut acquérir des trésors, et vivre au sein de la splendeur, mais il mourut et fut précipité dans les gouffres de l’enfer ! Pauvre Alexandre-le-grand qui sut conquérant de royaumes, mais qui fut, après sa mort, condamné à des tourments éternels ! Pauvre Henri Arrigo VIII, qui, après avoir trahi Jésus-Christ et l’Église, sentant à l’agonie que son âme allait être damnée, s’écria désespéré : Amis, nous avons tout perdu ! Ô Dieu ! Et combien d’autres gémissent également dans l’enfer. Voici, disent-ils, que dans le monde nous faisions une belle figure, nous étions comblés de richesses et d’honneurs, mais aujourd’hui tout cela a passé comme une ombre, et il ne nous reste plus que des plaintes et des tourments éternels. En somme, à tous ceux qui ne prennent aucun soin de leur âme, arrive ce que dit Salomon : La joie se termine par le deuil. Tous leurs plaisirs, leurs honneurs et leurs grandeurs vont aboutir à une douleur et à des larmes sans fin. Au moment qu’ils ourdissent la toile de leurs espérances, et qu’ils s’occupent des moyens de faire leur fortune, vient la mort qui tranche le fil de leur vie, leur enlève tout et les envoie brûler dans l’abîme immense du feu. Et quelle plus grande folie peut-on commettre, que de se faire, d’ami de Dieu, esclave de Lucifer ? D’héritier du paradis, devenir, par le péché, la proie de l’enfer ? Car aussitôt que quelqu’un commet un péché, il est immédiatement inscrit au nombre des damnés. St-François de Sales prétend que si les anges pouvaient pleurer sur le sort d’une âme qui vient de tomber en péché mortel, ils ne feraient jamais autre chose que de gémir.

Sainte Thérèse d’Avila, Vision de l’enfer

L’entrée me parut semblable à une ruelle très longue et très étroite, ou encore à un four extrêmement bas, obscur et resserré. Le fond était comme une eau fangeuse, très sales, infecte et remplie de reptiles venimeux. A l’extrémité se trouvait une cavité creusée dans une muraille en forme d’alcôve où je me vis placer très à l’étroit. Quant à la souffrance que j’endurai dans ce réduit, il me semble impossible d’en donner la moindre idée ; on ne saurait jamais la comprendre. Je sentis dans mon âme un feu dont je suis impuissante à décrire la nature, tandis que mon corps passait par des tourments intolérables. J’avais cependant enduré dans ma vie des souffrances bien cruelles ; et, de l’aveu des médecins, ce sont les plus grandes dont on puisse être affligés ici-bas, car tous mes nerfs s’étaient contractés quand je fus percluse de mes membres. J’avais eu aussi à supporter toutes sortes d’autres maux dont quelques-uns, je l’ai dit, venaient du démon. Mais tout cela n’est rien en comparaison de ce que je souffris dans ce cachot. De plus, je voyais que ce tourment devait être sans fin et sans relâche. Et cependant toutes ces souffrances ne sont rien encore auprès de l’agonie de l’âme. Elle éprouve une oppression, une angoisse, une affliction si sensible, une peine si désespérée et si profonde, que je ne saurais l’exprimer. Si je dis que l’on vous arrache continuellement l’âme, c’est peu, car, dans ce cas, c’est un autre qui semble vous ôter la vie. Mais ici, c’est l’âme elle-même qui se met en pièces. Je ne saurais, je l’avoue, donner une idée de ce feu intérieur et de ce désespoir qui s’ajoutent à des tourments et à des douleurs si terribles. Je ne voyais pas qui me les faisait endurer, mais je me sentais, ce semble, brûler et hacher en morceaux. Je le répète, ce qu’il y a de plus affreux, c’est ce feu intérieur et ce désespoir de l’âme.

Pape Benoît XII, Benedictus Deus (Constitution apostolique)

Selon la disposition générale de Dieu, les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel descendent aussitôt après leur mort en enfer.

Concile de Florence

Pour les âmes de ceux qui meurent en état de péché mortel actuel, elles descendent immédiatement en enfer où elles reçoivent des peines inégales.

Saint Alphonse de Liguori, Instructions pratiques sur les exercices de la mission

Qu’est-ce que l’enfer ? c’est un lieu obscur où l’on ne voir que monstres horribles, où l’on n’entend que des hurlements et des cris, où l’on n’éprouve que des supplices. Mais toutes ces souffrances, combien de temps durent-elles ? Toute l’éternité, toujours, toujours. Quand finiront-elles ? Jamais, jamais. Sors de l’enfer, malheureux Judas, toi qui depuis dix-huit cents ans y es enfoncé, dis-nous combien de temps dureront tes souffrances ? Judas nous répond : Toujours, toujours. Et toi, Caïn, parle à ton tour ; dis-nous depuis combien d’années tu brûles dans ce feu ! Caïn nous répond : Ah ! malheureux que je suis, depuis plus de cinq mille ans. – Quand donc finira ton enfer? – Quoi, finir ? jamais, jamais !

Saint Antoine Marie Claret, Autobiographie

Je me dis souvent : il est de foi qu’il y a un ciel pour les bons et un enfer pour les mauvais ; il est de foi que les peines de l’enfer sont éternelles ; il est de foi qu’il suffit d’un seul péché mortel pour offenser un Dieu infini. Me rendant compte que ces principes sont très sûrs, voyant la facilité avec laquelle on pèche – aussi facilement que si l’on buvait un verre d’eau, comme pour rire ou par diversion -, voyant la multitude qui est continuellement en état de péché mortel et va ainsi à la mort et en enfer, je ne puis rester en repos, je sens que je dois courir et crier et je me dis : « Si je voyais quelqu’un tomber dans un puits ou dans un brasier, je courrais certainement et je crierais pour l’avertir et l’empêcher de tomber ? Pourquoi n’en ferai-je pas autant pour empêcher quelqu’un de tomber dans le puits et le brasier de l’enfer ? » Je ne puis comprendre comment les autres prêtres qui croient aux mêmes vérités que moi – vérités que tous doivent croire – ne font ni prêches ni exhortations pour empêcher les gens de tomber en enfer. Je m’étonne même que les laïques, hommes et femmes, qui ont la foi ne crient pas, et je me dis : si une maison se mettait à brûler de nuit, ses habitants et les autres habitants du quartier étant endormis et ne voyant pas le péril, le premier qui s’en apercevrait ne courrait-il pas dans les rues en criant : au feu ! au feu ! Dans telle maison ? Alors, pourquoi ne pas crier au feu de l’enfer pour réveiller tant de dormeurs assoupis dans le sommeil du péché et qui, au réveil, se trouveront dans les flammes du feu éternel ?

Denis Clabaine, Le Yoga face à la Croix

Le problème le plus difficile pour la sensibilité des pauvres hommes que nous sommes est certes celui de l’enfer éternel. On veut bien tout admettre, même l’enfer, mais pas son éternité, qui paraît bien disproportionnée à notre petitesse. Mais notre grande erreur, en cela, est de chercher en nous un étalon de mesure et un critère de jugement qu’il faut chercher en Dieu. Même en nous, d’ailleurs, nous trouvons des exemples aptes à faire réfléchir. Quelle proportion y a-t-il entre une allumette et une forêt ? Celle du feu et non celle du poids ! De même, entre notre âme et Dieu existe une proportion non pas de poids – nous ne sommes rien en face de Dieu – mais de feu : feu du « oui » ou feu du « non ». Le feu a pour nature de ne s’arrêter que quand il n’y a plus rien à brûler. Or notre âme est immortelle, comme Dieu est éternel : le feu de leurs rapports ne peut donc s’arrêter, ils ne peuvent que « s’éterniser » de toute la fixité de l’immortalité des deux partenaires, et surtout de l’éternité du principal, Dieu, qui donne à ce feu et à sa durée la mesure que la forêt donne à l’incendie né dans l’allumette – sauf que c’est Dieu qui a l’initiative, et que l’allumette que nous sommes n’a que celle du oui ou du non. Nous sommes une « allumette » qui n’allume pas la forêt, mais qui ne s’allume qu’elle-même : du feu de la forêt, toutefois, et d’un feu qui ne peut mourir ni dans l’une ni dans l’autre. Si nous acceptons le feu divin, nous devenons un seul feu d’amour avec Dieu, éternellement ; si nous le refusons, nous devenons un feu de haine contre Dieu, éternellement. Épousailles éternelles ou divorce éternel. Consommation éternelle dans l’unité-amour du feu divin, qui est lumière et béatitude, ou dans la déchirure-haine du feu de l’enfer, qui est ténèbre et supplice, face au feu divin inaccessible à cette déchirure. À celui qui s’insurge péremptoirement contre l’éternité de l’enfer, on ne peut que répondre : comment pouvez-vous comparer des grandeurs que vous ne voyez pas ? Il ne s’agit plus, ici, de logique seule, mais d’appréciation de proportions. La proportion corrélative à celle de l’enfer et de son éternité, c’est la mesure même de Dieu : de Son amour, infini et éternel, de Son rôle inéluctablement central et normatif dans toute l’activité spirituelle de Ses créatures, des conséquences infinies que le poids de Son Infini donne inévitablement aux relations qu’on a avec Lui, en oui ou en non… Il faudrait, notamment, pouvoir mesurer la gravité du péché, qui n’est pas une simple incartade par rapport à une loi impersonnelle, « karma » ou autre, mais une réelle offense personnelle à Dieu.

Monseigneur de Ségur, L’Enfer

On se demande souvent ce que c’est que le feu de l’enfer ; quelle est sa nature ; si c’est un feu matériel, ou bien s’il n’est pas uniquement spirituel, et quantité de gens inclinent pour cette dernière opinion, parce qu’au fond elle les effraye moins. Saint Thomas n’est pas de leur avis, non plus que la théologie catholique. Comme nous le disions tout à l’heure, il est de foi que le feu de l’enfer est un feu réel et véritable, un feu inextinguible, un feu éternel, qui brûle sans consumer, qui pénètre les esprits aussi bien que les corps. Voilà ce qui est révélé de Dieu, et enseigné comme article de foi par l’Église de Dieu. Le nier, serait non seulement une erreur, mais une impiété et une hérésie proprement dite. Mais encore une fois, de quelle nature est ce feu qui brûle dans l’enfer ? Est-ce un feu corporel ? Est-il de la même espèce que le nôtre ? C’est le prince de la théologie, c’est saint Thomas qui va nous répondre, avec sa clarté et sa profondeur ordinaires. Il remarque d’abord que les philosophes païens, qui ne croyaient pas à la résurrection de la chair, et qui cependant admettaient, avec la tradition entière du genre humain, un feu vengeur dans l’autre vie, devaient enseigner et enseignaient en effet que ce feu était spirituel, de même nature que les âmes. Le rationalisme moderne, qui tend à envahir toutes les intelligences et qui diminue les données de la foi tant qu’il le peut, a fait incliner vers ce sentiment un grand nombre d’esprits, peu instruits des enseignements catholiques. Mais le grand Docteur, après avoir exposé ce premier sentiment, déclare carrément, que « le feu de l’enfer sera corporel ». Et la raison qu’il en donne est péremptoire : « Puisque, après la résurrection, les réprouvés doivent y être précipités, et puisque le corps ne peut subir qu’une peine corporelle, le feu de l’enfer sera corporel. Une peine ne saurait être appliquée au corps qu’autant qu’elle est corporelle ». Et saint Thomas appuie son enseignement de celui de saint Grégoire le Grand et de saint Augustin, qui disent la même chose et dans les mêmes termes. Néanmoins on peut dire, ajoute le grand Docteur, que ce feu corporel a quelque chose de spirituel, non point quant à sa substance, mais quant à ses effets ; car, tout en punissant les corps, il ne les consume pas, il ne les détruit pas, il ne les réduit point en cendres ; et en outre, il exerce son action vengeresse jusque sur les âmes. En ce sens, le feu de l’enfer se distingue du feu matériel, qui brûle et consume les corps.

Abbé Barthélemy Baudrand, L’âme élevée à Dieu (Pages 164-165)

Deux grandes pensées m’étonnent, me pénètrent, m’alarment, ô mon Dieu ! C’est de considérer, de voir une âme dans le péché, et une âme dans les enfers ; une âme dans le péché, couverte de la lèpre du péché, objet d’exécration et d’horreur aux yeux de son Dieu, victime dévouée aux supplices éternels, si elle vient à quitter son corps dans cet état ; mais surtout une âme dans les enfers, à jamais éloignée de Dieu, condamnée à ne jamais voir l’auteur de son être, livrée aux fureurs de la rage, à l’amertume du désespoir, pouvant et devant se dire à jamais : Je pouvais me sauver et je suis condamnée. Or, il y a actuellement une infinité d’âmes dans l’horreur de cet état funeste et dans la profondeur de cet abîme désespérant. Hélas ! que serai-je moi-même un jour, et quel sera le sort de mon âme dans l’éternité ?

Ernest Hello, Physionomie de saints (Pages 71-73)

Les visions les plus singulières, les plus étonnantes, les plus caractéristiques de sainte Françoise, sont les visions de l’Enfer. D’innombrables supplices, variés comme les crimes, lui furent montrés dans leur ensemble et dans leurs détails. Elle vit l’or et l’argent, fondus, entassés par les démons dans la gorge des avares. Elle vit des choses nombreuses, singulières, détaillées, épouvantables. Elle vit les hiérarchies des démons, leurs fonctions, leurs supplices, les crimes divers auxquels ils président. Elle vit Lucifer, consacré à l’orgueil, chef général des orgueilleux, roi de tous les démons et de tous les damnés. Et ce roi est beaucoup plus malheureux que ses sujets. L’enfer est divisé en trois partie : l’enfer supérieur, l’enfer mitoyen, l’enfer inférieur. Lucifer est au fond de l’enfer inférieur. Sous Lucifer, chef universel, se trouvent trois chefs subordonnés à lui et préposés à tous les autres. Asmodée, qui préside aux péchés de la chair : c’était un chérubin ; Mammon, qui préside aux péchés de l’avarice : il était un trône. Il est intéressant de voir que l’argent fournit à lui seul une des trois grandes catégories : Belzébuth préside aux péchés de l’idolâtrie. Tout crime qui tient aux pratiques de la magie, du spiritisme, etc., relève de Belzébuth. Belzébuth est particulièrement et spécialement le prince des ténèbres. Il est torturé par les ténèbres ; et c’est au moyen des ténèbres qu’il torture ses victimes. Une partie des démons reste en enfer ; une autre partie réside en l’air ; une autre partie réside au milieu des hommes, cherchant qui dévorer. Ceux qui restent en enfer donnent leurs ordres et envoie leurs députés ; ceux qui résident dans l’air agissent physiquement sur les perturbations atmosphériques et telluriques, lancent partout leurs influences mauvaises, empestent l’air physiquement et moralement. Leur but est spécialement de débiliter l’âme. Quand les démons chargés de la terre voient une âme débilitée par l’influence des démons de l’air, ils l’attaquent dans sa défaillance, pour la vaincre plus facilement. Ils l’attaquent au moment où elle se défie de la Providence. Cette défiance, dont les démons de l’air sont spécialement les inspirateurs, préparent l’âme à la chute que les démons de la terre vont solliciter d’elle. Et d’abord, dès qu’elle est affaiblie par la défiance, ils lui inspirent l’orgueil, où elle tombe d’autant plus facilement qu’elle est plus débile. Quand l’orgueil a augmenté sa faiblesse, arrivent les démons de la chair, qui lui soufflent leur esprit ; quand les démons de la chair l’ont encore affaiblie, arrivent les démons chargés des crimes de l’argent ; et quand ceux-ci ont encore diminué en elles les ressources de la résistance, arrivent les démons de l’idolâtrie, qui accomplissent et achèvent ce que les autres ont commencé. Tous s’entendent pour le mal ; et voici la loi de la chute : Tout péché que l’on garde entraîne dans un autre péché. Ainsi l’idolâtrie, la magie, le spiritisme attendent au fond de l’abîme ceux qui, de précipices en précipices, ont glissé dans leurs environs. Toutes les choses de la hiérarchie céleste sont parodiées dans la hiérarchie infernale. Nul démon ne peut tenter une âme sans une permission de Lucifer. Les démons qui sont à poste fixe dans les enfers souffrent la peine du feu. Les démons qui sont dans l’air ou sous la terre ne souffrent pas actuellement la peine du feu ; mais ils endurent d’autres supplices terribles, et particulièrement la vue du bien que font les Saints. L’homme qui fait le bien inflige aux démons une torture épouvantable. Quand sainte Françoise était tentée, elle savait, à la nature et à la violence de la tentation, de quelle hauteur était tombé l’ange tentateur, et à quelle hiérarchie il avait appartenu.

Jacques-Bénigne Bossuet, Élévations sur les Mystères, méditations et autres textes

Mais la grande peine du péché, celle qui est seule proportionnée, c’est la mort éternelle ; et cette peine du péché est enfermée dans le péché même. Car le péché n’étant autre chose que la séparation volontaire de l’homme qui se retire de Dieu, il s’ensuit de là que Dieu se retire aussi de l’homme, et s’en retire pour jamais, l’homme n’ayant rien par où il puisse s’y rejoindre de lui-même, de sorte que par ce seul coup que se donne le pécheur, il demeure éternellement séparé de Dieu, et Dieu, forcé par conséquent à se retirer de lui, jusqu’à ce que, par un retour de sa pure miséricorde, il lui plaise de revenir à son infidèle créature. Ce qui n’arrivant que par une pure bonté que Dieu ne doit point au pécheur, il s’ensuit qu’il ne lui doit autre chose qu’une éternelle séparation et soustraction de sa bonté, de sa grâce et de sa présence ; mais dès là son malheur est aussi immense qu’il est éternel. Car, que peut-il arriver à la créature privée de Dieu, c’est-à-dire de tout bien ? Que lui peut-il arriver, sinon tout mal ? « Allez, maudits, au feu éternel » : et où iront-ils, ces malheureux repoussés loin de la lumière, sinon dans les ténèbres éternelles ? Où iront-ils, éloignés de la paix, sinon au trouble, au désespoir, au « grincement de dents » ? Où iront-ils, en un mot, éloignés de Dieu, sinon en toute l’horreur que causera l’absence et la privation de tout le bien qui est en lui, comme dans la source ? « Je te montrerai tout le bien », dit-il à Moïse, en me montrant moi-même. Que pourra-t-il donc arriver à ceux à qui il refusera sa face et sa présence désirable, sinon qu’il leur montrera tout le mal ; et qu’il le leur montrera non seulement pour le voir, ce qui est affreux ; mais, ce qui est beaucoup plus terrible, pour le sentir par une triste expérience ? Et c’est là le juste supplice du pécheur qui se retire de Dieu, que Dieu aussi se retire de lui, et, par cette soustraction, le prive de tout le bien, et l’investisse irrémédiablement et inexorablement de tout le mal. Ô Dieu ! ô Dieu ! je tremble ; je suis saisi de frayeur à cette vue. Consolez-moi par l’espérance de votre bonté : rafraîchissez mes entrailles, et soulagez mes os brisés, par Jésus-Christ votre Fils, qui a porté la mort pour me délivrer de ses terreurs, et de toutes ses affreuses suites, dont la plus inévitable est l’enfer.

Abbé Pierre, Mon Dieu… pourquoi ?

Contrairement à ce que croient beaucoup de chrétiens, aucun concile n’a jamais affirmé l’existence de l’enfer. La prédication chrétienne a souvent utilisé la peur de l’enfer pour convertir les âmes, ce qui me paraît d’ailleurs une très mauvaise méthode, mais rien ne permet d’affirmer que l’enfer existe, ou bien, ce qui revient au même, qu’il y ait un seul damné dedans.

Bibliographie

  • José Ricart Torrens, Du nombre des élus
  • R.P. Drexelius, L’Enfer ou l’Eternité Malheureuse
  • Abbé François Chazal, L’Enfer éternel