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Fideon

Récits de guerre

Unknown author

Le général de Grandmaison, frère de deux éminents religieux, était un de nos grands chefs d’avenir. Colonel au début de la guerre, il avait vite, grâce à sa brillante conduite, brûlé les étapes jusqu’au grade de commandant de corps d’armée. Il allait monter encore, lorsqu’un éclat d’obus mit fin à sa carrière. Il n’avait qu’un défaut : il était trop brave. Blessé sept fois, pendant la retraite de Morhange, il était vite reparti au feu, à peine cicatrisé. Lorsqu’il tomba, son officier d’ordonnance, s’agenouillant près de lui, lui dit qu’il allait chercher du secours : « Non, lui répondit le général, restez là et disons ensemble une prière. » Lui-même commença et récita jusqu’au bout l’Ave Maria. Transporté dans une maison voisine, il reçut un prêtre auquel il se confessa de nouveau et demanda l’Extrême-Onction en pleine connaissance. Le prêtre lui demandant ensuite s’il faisait le sacrifice de sa vie, il répondit : « Oh ! bien volontiers ! » et quand arriva près de lui son général d’armée, il l’accueillit en lui disant : « C’est pour le pays, mon général ! » Et durant son agonie, on le vit bien souvent tracer le signe de la croix sur sa poitrine.

Unknown author

J’ai hâte d’ajouter que mon devoir de sergent ne me soucie pas moins que mon ministère de prêtre. Un sergent est celui qui doit se rendre compte par lui-même du danger, avant d’exposer ses hommes. Épargnent la vie de soldats qui ne sont peut-être pas en amitié avec Dieu, fermer l’enfer à ces âmes, et s’exposer pour cela soi-même, il n’y a pas de réflexion qui donne plus de courage, et quand je pars seul en avant, le fusil chargé, tout naturellement ma pensée monte vers Dieu ! « Épargnez-les, Seigneur, épargnez surtout les pêcheurs pour qui la mort peut être irréparable ! »

Unknown author

Un brancardier breton, l’abbé J.-B. Hamon, raconte sa messe tragique à Mgr l’archevêque de Rennes : « Dans l’immense salle d’une brasserie belge, je célébrais la messe devant une trentaine d’assistants. Arrive le moment solennel de la consécration. J’avais élevé la sainte hostie et la reposais sur le corporal, quand un obus allemand de 130 tombe sur le pavé de la cour, à cinq mètres environ de la large fenêtre en face de laquelle était dressé l’autel. La détonation est épouvantable. Tous les carreaux volent en éclats sur les assistants qui courent se réfugier dans les caves. Je crus bien que ma dernière heure était arrivée et que j’allais mourir à l’autel. Instinctivement, – car on ne se maîtrise pas facilement dans des circonstances aussi tragiques ! – je jette un coup d’œil rapide sur le lieu de l’explosion, quand j’aperçois, tout près de moi, entouré de plusieurs officiers, notre vieux commandant, qui reste impassible comme le roc de nos côtes bretonnes… C’en est assez pour me rassurer. Je saisis le calice, le consacre et continue la sainte messe… Peu à peu les fuyards sortent de leurs garennes et, tout étonnés de nous trouver encore vivants, unissent leurs prières aux nôtres pour remercier la sainte Vierge de nous avoir ainsi protégés de la mort. Nous devions, en effet, à cette faible distance, en face de cette large ouverture, être littéralement broyés par les éclats de cet obus ; personne n’a été touché. »

Unknown author

Un fait s’est passé dans un petit village d’Alsace. Un jeune Basque d’Urrugne, voit le curé se lamenter devant son presbytère incendié par les obus, où il a laissé une hostie dans un ciboire. Le soldat se fait indiquer l’endroit, laisse s’effondrer une poutre enflammée et s’élance dans le brasier. Un instant après, il ressort portant le vase sacré et il le remet au curé en lui disant : « Je voulais faire la grande génuflexion, mais je n’en ai pas eu le temps. J’ai fait quand même la petite. »

Unknown author

Un soldat consacre à son frère cette petite oraison funèbre : « Mon frère, qui, dimanche dernier, communiait auprès de moi, a eu le lendemain la plus belle mort que puisse rêver un chrétien et un soldat. Il a été frappé au front d’une balle. Pleurez-le comme je l’ai fait moi-même, car il avait grand cœur, mais remerciez Dieu de lui avoir accordé une mort pure comme un éclair et belle comme une victoire, au lendemain de la résurrection du Christ. Pour moi, je ferai mon devoir. Le jour où Dieu voudra me rappeler à lui, je suis prêt. »

Unknown author

À ce moment on vint m’appeler pour deux de mes hommes qui mourraient à l’extrémité de la ligne. À l’endroit où je me trouvais, collé contre le paraclet, je jouissais d’une sécurité relative. Me déplacer sous la mitraille, c’était probablement la mort. J’eus un moment d’hésitation. Que le bon Dieu me pardonne cette faiblesse ! Mais la pensée d’une âme à sauver me fit triompher du danger. Je fonçai à travers les balles. Maintenant je suis heureux de l’avoir fait. Là, à côté de plusieurs morts, gisait un brave homme mortellement atteint. C’était un ancien élève de Saint-Eugène, mais qui ne pratiquait plus depuis longtemps. Il était criblé de blessures, et sa dernière heure était venue. Intérieurement je fis une petite prière au bon Dieu et à la Sainte Vierge, et en avant pour l’assaut spirituel ! Je lui parlai de ses jeunes années au petit séminaire, de sa première communion… et je ne sais pas, mais il semble que la Sainte Vierge me rendait éloquent. Ensemble nous récitâmes l’acte de contrition et l’acte de charité. Je lui fis embrasser mon crucifix et il mourut en invoquant Marie. Sa dernière parole fut : « Mon Dieu, je vous aime ! Mon Dieu sauvez-moi ! papa…maman… »

Unknown author

Le sergent Philibert annonce à ses parents qu’il veut reprendre ses galons : « Chaque nuit, je rêve à mon cher 79. En chrétien je partirai ; en chrétien je me conduirai, en chrétien je tomberai. Que cette pensée vous console. Pour Dieu, pour la France et de bon cœur ! » C’est là sa devise. Il la répète eu allant mourir aux Dardanelles, où son corps attend dans les flots la résurrection des braves.

Unknown author

Philippe d’Elbée, sous-lieutenant, digne descendant du héros vendéen, est une belle intelligence et un grand cœur. Savant, lettré, il a devant lui un brillant avenir, et cependant il est détaché de tout et ne pense qu’au sacrifice pour Dieu et pour la France. Blessé deux fois, deux fois il repart pour le front, sur ses instances, avant d’être guéri. Le 8 septembre 1915, il écrit ces nobles paroles : « J’aime la France ; et, quand on aime quelqu’un, on éprouve de la joie à souffrir pour lui. Je travaille pour la grande cause qui mérite tous les sacrifices. » Toutes ses lettres respirent son amour de Dieu et de la pairie. Le 12 septembre, veille de sa mort, il communie avec ferveur et récite son chapelet à genoux devant l’autel de la sainte Vierge. Il meurt en héros, frappé par un obus dans une tranchée près d’Arias.

Unknown author

Vers le milieu de la nuit, mon camarade se mit à délirer : « Maman, plaignait-il, sur un ton tellement misérable que mon âme en était brisée ; maman, ne m’abandonne pas, viens, viens vite ; je suis ton petit, tu le sais bien… Ce sera trop tard, ne me laisse pas mourir comme cela… » Je lui parlais doucement. Puis je l’entendais murmurer les paroles du Pater ; il hésitait parfois ; je lui aidais, il me suivait avec joie. Je dis encore avec lui l’Ave Maria, puis l’acte de contrition. Il priait avec ferveur. Dès lors, il fut très calme, et je crois qu’il dormit ; il m’avait serré la main avec effusion.

Unknown author

Jean d’Angladc vient de finir sa philosophie à Saint-Elme, à Arcachon, quand la guerre éclate. Il a dix-huit ans, il s’engage, il part. La Flandre lui rappelle de glorieux souvenirs de famille : un de ses ancêtres servait à Hesdin, un autre faisait partie de la maison du roi à Fontenoy. Le patriotisme lui monte du coeur à la tête ; il s’exalte : « Je viens, deux jours durant, de traverser presque toute la France. Quel admirable pays ! Jamais je n’ai été aussi décidé à mourir pour ma patrie ! Ici, la vie est à peu près ce que je me la figurais : très dure au point de vue physique, très captivante, très passionnante. Quand on a du sang français dans les veines, la question de vie ou de mort importe peu. Dès le premier soir, les balles se sont amusées à trouer mon képi et à déchirer mes pans de capote ; des obus m’ont couvert de terre et des éclats m’ont légèrement contusionné. Je ne connais rien de plus enivrant que ces charges au grand jour, tête haute, poitrine en avant. Voilà qui est français, et non point cette guerre de lapins ou de renards, où l’on se cache dans la boue. J’ai à venger ma patrie. J’irai jusqu’au bout, jusqu’à la dernière goutte de mon sang. Je n’ai jamais été plus exalté que le jour où j’ai reçu le baptême du feu. Cet enthousiasme dure et durera. » Il dure en effet un an, soutenu par l’Eucharistie que Jean reçoit constamment. Le 22 juin le jeune caporal est blessé à Neuville-Saint-Vaast et meurt après deux amputations. Au milieu de ses tortures, il disait : « Parlez-moi, mon lieutenant, de la France ; parlez-m’en souvent et longtemps, cela me fera oublier mes souffrances. »

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Il est bien vrai que j’ai eu l’honneur et la joie de verser déjà quelques gouttes de sang pour Dieu et pour notre chère France. Le 23 septembre dernier, en effet, aux environs de Toul, j’ai reçu une balle dans l’avant-bras gauche. Il a été percé de part en part, et, chose étonnante, le projectile a bien voulu ne toucher ni l’os, ni aucun nerf. « Vous avez de la chance ! » me disent nos médecins : mais pour moi cette chance n’est autre que la main maternelle de Notre-Dame qui a bien voulu protéger son ancien et indigne serviteur.

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Le 15 septembre, c’est l’escadron des hussards qui défile sur le parvis du Rosaire à Lourdes au milieu d’une foule immense. L’évêque, entouré de son clergé, se tient devant l’église. Le commandant de La Croix-Laval s’avance à cheval, et, après avoir salué le prélat, se tourne vers la Vierge couronnée, vis-à-vis de ses hommes. Tout le monde fait silence. À cet instant, le coup d’oeil est merveilleux, dans le cadre des montagnes qu’irradie un soleil éblouissant. D’une voix vibrante, le chef chrétien adresse à ses hommes une merveilleuse allocution souvent applaudie, tandis que tous les yeux se remplissent de larmes. Voici quelques-unes de ces phrases sonores comme des coups de clairon. « Avant de quitter ces superbes Pyrénées, ce beau pays où nous sommes venus achever notre préparation à la guerre, nous avons voulu, vous et moi, voir ou revoir cette terre bénie des miracles, la cité des apparitions. Votre chef compte sur vous, hussards. Entre lui et vous, la confiance est le foyer où se forgera le faisceau de notre commune force. Ayez donc les yeux sur votre chef et donnez-vous à lui. Hussards, donnez-moi vos yeux, afin que nos regards se croisent et s’enflamment et qu’un éclair en jaillisse comme éclate une étincelle au cliquetis des épées. Hussards, mes hussards, donnez-moi vos bras, afin que, sur les champs de bataille, nous puissions faucher ensemble la gerbe ensanglantée des moissons triomphantes. Hussards, mes hussards, donnez-moi le sang de vos veines, afin qu’en empourprant le sol il y fasse germer des lauriers pour les survivants et des palmes pour les morts. Donnez-vous tout entiers, hussards ! Donnez-moi vos cœurs, afin qu’unis au mien, je les offre en holocauste au Dieu des armées, pour le salut de la patrie ! Voyez, Seigneur, voyez s’incliner devant vous ceux qui vont combattre et qui sauront mourir pour la patrie ! Soyez propice aux fils de votre Fille aînée, car ils ont mis en vous toutes leurs espérances ! Et maintenant, ministre du Christ toujours vivant, faites descendre sur nous la bénédiction du Tout-Puissant ! Qu’elle soit sur nos fronts, sur toutes les têtes qui nous sont chères ! Qu’elle soit aussi et surtout sur nos épées, qu’elle y demeure et les rende victorieuses ! Sabre en main ! » Et le cliquetis de trois cents sabres sortant du fourreau fait courir un frémissement dans l’assistance, tandis que, d’une voix émue et sonore, Mgr Schoepfer entonne le Sit nomen Domini benedictum. Et les hussards s’inclinent comme la foule sous la main qui bénit. »

Unknown author

Le 19 septembre 1914, un soldat marseillais rappelle un épisode dans la Haute-Meuse : « L’église commence à flamber, et j’apprends que le bon Dieu est encore au tabernacle. Je le dis au capitaine. « Emportons-le » me dit-il aussitôt. Et prenant la nappe de l’autel pour l’entourer, au milieu de la fumée, de la pluie de décombres et d’éclats d’obus de toutes sortes, nous emportons le bon Dieu. Nous l’avons gardé un jour et demi. Le bon curé de campagne est alors arrivé ; il nous l’a pris et l’a emporté à Verdun. »

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Une voix s’écrira : « Zut ! je suis fichu, je le sais : c’est la fatalité. Tant pis pour moi. » Je ne pus m’empêcher de répondre : « Mourir ou vivre ne vous regarde pas. » La réplique ne se fit pas attendre : « Ne me regarde pas, ma peau ? Alors qu’est-ce qui me regarde ? » – « De faire votre devoir, d’obéir et de vous battre le mieux que vous pourrez. Votre vie est à Dieu. Vous n’éviterez pas le sort qu’il vous destine ici. Mais, si vous mourez en brave, vous aurez rempli la loi divine, si vous mourez dans la peur stupide, vous aurez manqué votre destinée. »

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Un prêtre brancardier, l’abbé Ferlay, du diocèse de Lyon, raconte que dans la nuit du 6 au 7 septembre 1914, à la bataille de la Marne, ayant appris que le lieutenant Goutard était tombé grièvement blessé fort en avant, il le chercha vainement sur le champ de bataille. La nuit suivante, écrit-il, je partis renouveler ma tentative. J’eus le bonheur de le trouver. – Mais, mon lieutenant, lui dis-je, pourquoi ne m’avez-vous pas répondu hier ? J’ai tourné tout autour de vous à dix pas au plus ? – Je me suis endormi, me répondit-il, en faisant ma prière du soir ! S’endormir tranquillement en priant, au milieu des cadavres, sous une pluie de fer et de feu, comme sur un lit de fleurs : quelle sérénité donne la foi !

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Marie-Lucien Gaillard, vingt-deux ans, git dans son sang sur l’un des grands champs de bataille de la Marne. Il est tombé le 8 septembre au matin, il y est encore le lendemain soir, et voici le mol sublime qu’il écrit alors au crayon à ses parents : « 9 septembre 1914, 5 heures du soir. Quand vous recevrez cette lettre, votre Daudou sera parti pour le ciel, ou bien c’est que des Allemands charitables l’auront ramassé sur le champ de bataille. Hier matin 8 septembre, vers 6 heures et demie, quand vous étiez à la messe, par une attention de la très sainte Providence, j’ai été atteint, en plein champ de bataille, par une balle qui m’a traversé la cuisse, et je suis tombé ; et à l’endroit même je suis encore, car, par une ressemblance dont je suis très indigne avec mon doux Sauveur Jésus sur la croix, je suis vraiment cloué à ma croix, n’ayant pu bouger la jambe d’un seul millimètre. Ma blessure me fait à peine souffrir quand je ne bouge pas, mais je souffre beaucoup de la soif. Mon moral est très bon, je n’ai aucune angoisse. Mon crucifix devant moi, je prie el j’attends la volonté du bon Dieu. Vous savez qu’avant de partir j’avais fait le sacrifice de ma vie ; je l’ai renouvelé bien des fois depuis hier malin. Je le renouvelle encore une fois avec tout ce qu’il plaira au bon Dieu d’y ajouter ou d’en retrancher. Je ne redoute pas la mort ; je l’ai vue et je la vois encore de trop près en ce moment. Elle n’a rien d’horrible, puisqu’elle apporte le bonheur. Vous-mêmes, je vous en prie, que votre chagrin soit silencieux, résigné et presque joyeux. Ma grande peine est de vous quitter, mais je sais vous retrouver bientôt. »

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Le soir, nous revenons en deuxième ligne sous les obus. Sur la plaine les blessés achèvent de mourir. Je m’étonne encore de n’être pas resté là-bas, et j’ai presque honte de n’être ni tué ni blessé. Vraiment le bon Dieu ne veut pas de moi et c’est bien humiliant. Priez du moins pour moi afin que bientôt, si Dieu le permet, je donne moi aussi ma vie pour la France un beau jour de pleine victoire.

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Parce que le crucifix est une source de courage, parce qu’il apprend à mépriser la mort, il est digne d’être notre étendard. Il porte ce nom dans le Vexilla Regis. Il lui est arrivé un jour de remplacer le drapeau de la France et de conduire nos hommes à la victoire. Il s’agissait de prendre une tranchée ennemie. Au commandement : « Baïonnette au canon ! » les zouaves bondissent ; mais, balayés par un ouragan de balles, les uns tombent et les autres se replient. L’officier répète l’ordre. Pas un ne bouge. Il insiste. Alors un grand zouave s’élance, un crucifix à la main, au plus fort de la mitraille, criant : « En avant, camarades ! ». Une seconde de stupeur. Un cri terrible. Puis les zouaves électrisés se ruent au galop sur l’ennemi. Mitrailleuses, infanterie, tout est culbuté, la tranchée est prise ; et le grand zouave, un prêtre-soldat, qui aurait dû mourir cent fois, est là, rayonnant, superbe, élevant toujours son cher drapeau, son crucifix victorieux.

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Un sous-lieutenant raconte à M. le curé de Boulogne-sur-Gesse comment, cerné avec ses hommes par l’ennemi, il leur recommanda d’invoquer la sainte Vierge, et s’élança avec eux sous une rafale de balles. Arrivé dans la forêt, il les compte. Aucun ne manque. Aucun n’a été touché. Quand il rejoint sa compagnie, il répond à son lieutenant qui le félicite les larmes aux yeux : « Mon lieutenant, c’est la sainte Vierge qui nous a sauvés. » Un sergent lui prit la main et lui dit : « Je n’étais pas croyant, mais désormais je le serai. »

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C’était dans la tranchée. On était arrosé copieusement par les obus. Le péril était indéniable, imminent. Malgré la présence d’un officier notoirement incroyant, quelqu’un propose de recourir à la prière. On commence la récitation du chapelet. Elle n’est pas achevée que la pluie d’obus a cessé. Il y eut un vaincu pourtant. Il courbait la tête le lendemain sous la main du prêtre qui l’absolvait. C’était l’officier incrédule terrassé par la grâce.

Unknown author

Ceux qui apportent tant de ferveur à la communion, ceux qui l’ont reçue sous la mitraille, sont bien résolus à s’en montrer dignes. Revenus parfois de très loin, ils renoncent à leurs vieilles habitudes. C’est bien ainsi que l’entendent un caporal et un soldat, tous deux repris de justice d’un bataillon disciplinaire d’Afrique. Un jour, apprenant qu’il y a un prêtre mobilisé à plusieurs kilomètres de leur campement, ils sortent sans bruit pendant la nuit, évitant les sentinelles amies et ennemies, escaladant les haies et les barbelés, et, à 2 heures du matin, tombent comme des bombes chez l’abbé. « Vite, nous voulons faire nos Pâques. » Et l’abbé les entraîne à l’église déserte, les confesse, leur dit la messe et leur donne la communion. Les deux enfants prodigues pleurent de joie en recevant l’hostie, et le bon prêtre lui aussi en la leur donnant. En sortant de l’église, le caporal lui dit en s’assénant un vigoureux coup de poing sur la poitrine : « Maintenant qu’il est là, il faudra monter la garde et le conserver coûte que coûte. » Eh oui, caporal, il faudra veiller, car il y a un vieil ennemi, furieux d’avoir été délogé de la tranchée de ton cœur, et qui va tenter des contre-attaques enragées pour la reprendre et en chasser le Sauveur. Il est là, ton Sauveur, ton chef ; il faut le conserver à tout prix ! Monte la garde !

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Journellement nous recevons les expéditions des obus boches ; cela nous fait faire, quand on est dehors, la petite manœuvre du « plat ventre » ; et, quand on est à l’abri, cela n’empêche ni de rire, ni de déjeuner, ni de prendre le thé. La vie en devient vraiment intéressant. Pour moi, j’ai là l’occasion de me rappeler à chaque instant que Notre Seigneur est le Maitre de la vie, et un mobile pour l’offrande que je lui en fais chaque jour : la vie cesse ainsi d’être plate : elle monte dans l’âme et l’on sent ce que c’est que « vivre dans la foi ».

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II y avait parmi eux un grand brun qui me parut affreusement accablé. Le régiment venait de loin ; il était poudreux et la fatigue pouvait expliquer cette apparente consternation. J’engageai une causerie, visant de suite au point sensible : « Combien avez-vous laissé d’enfants ? – Deux et une mioche d’un mois. » Les paupières de l’homme battirent, il rougit et pleura. « Voyons, courage ; vous les retrouverez. – Ah ! » La pause se prolongeant, il descendit de sa bête et s’approchant tout près de moi, tournant la tête, dans des sanglots qu’il contenait malaisément, il me dit des paroles que je comprenais à peine mais dont j’entendis très distinctement l’une d’elles : « … Mon chapelet. – Eh bien, votre chapelet ? – Je n’en ai plus, je l’ai laissé à ma femme. » Cette fois, il pleura tout de bon. C’était comme s’il eût commis une faute irréparable mais plus forte que lui, comme s’il s’en allait avec, sur les épaules, une fatalité de mauvais augure. « Il ne faut pas pleurer, mon ami ; le chapelet gardera la maison. »

Unknown author

À peine le premier cavalier m’eut-il aperçu, qu’il me cria, sans plus de vergogne : « Une médaille, monsieur l’Abbé ! » J’en avais, par bonheur et par prévision. M’approchant du cheval, je tendis une médaille que mon homme baisa d’abord et puis mit dans sa poche. Un geste appelle un geste. Voici qu’à la file, quantité de soldats me demandent mon aumône. J’étais là, le long de la ligne des voitures, planté comme un officier qui passerait le mot d’ordre et je distribuais. Un mot d’ordre, lui aussi, que cette médaille, le mot du ralliement de l’âme à la Vierge à l’heure des dangers du corps. La foule regardait les mains prendre et enfouir les petites pièces de monnaie pour l’entrée dans le paradis ; et les regards étaient respectueux : il lui était évident que je faisais là une chose utile dans cette guerre… Est-ce toi, mon premier mendiant, pieux soldat, que l’on a retrouvé l’autre jour, le front traversé d’une balle, étendu mort, la médaille entre tes doigts serrés ?

Bibliographie

  • Chanoine Coubé, Du champ de bataille au ciel (Lien)
  • Joseph-Papin Archambault, Le prêtre sur le champ de bataille