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Juan Donoso Cortés, Théologie de l’histoire et crise de civilisation

Suivez avec moi les pas du Sauveur, depuis la crèche jusqu’à la croix sur laquelle il meurt. Que signifie ce nuage de tristesse qui couvre perpétuellement sa face sacrée ? Les peuples de Galilée l’ont vu pleurer, la famille de Lazare l’a vu pleurer, ses disciples l’ont vu pleurer, Jérusalem l’a vu inondé de larmes. Tous, tous ont vu des larmes dans ses yeux ; qui a vu le rire sur ses lèvres ? Et que voyaient ces yeux troublés devant qui étaient toutes choses, celles du passé, celles du présent, celles de l’avenir ? Voyaient-ils le genre humain naviguant sur une mer calme et heureuse ? Non, non, ils voyaient Jérusalem tombant sur Dieu, les Romains tombant sur Jérusalem, les Barbares tombant sur les Romains, le protestantisme tombant sur l’Église, les révolutions allaitées par le protestantisme tombant sur les sociétés, les socialistes tombant sur les civilisations, et le Dieu terrible, le Dieu de justice, tombant sur tous. Voilà ce qu’il voyait, et voilà pourquoi les yeux du Sauveur eurent des larmes jusqu’au moment où ils se fermèrent : voilà pourquoi son âme fut triste jusqu’à la mort.

Joseph Mérel, Fascisme et Monarchie

Nous entendons par communauté ethnique une communauté fondée sur une identité de mœurs, à tout le moins une similitude de manières complémentaires de sentir et de penser, induisant la conscience plus ou moins réfléchie d’une communauté de destin. Une communauté de destin est une vocation politique consistant à incarner collectivement dans l’histoire un corpus de valeurs et d’idées, d’éléments culturels en général expressifs d’une manière d’être homme qui se veut, dans l’esprit de ses acteurs qui en sont aussi les promoteurs, la manière d’être homme la plus adéquate aux réquisits de la nature humaine dans des conditions d’existence historiques et géographiques données. Plus simplement, une communauté ethnique est la matière d’un destin politique entendu comme la promotion d’une certaine idée de la nature humaine.

Augusto Turati, Reflets de l’âme fasciste

Si le fascisme est une conscience nouvelle, plutôt qu’un parti dans le vieux sens du mot, cela signifie qu’il existe un état d’esprit collectif, une règle de vie, un style, un tour d’esprit, plutôt qu’un cadre rigide et un protocole. En effet, la discipline ne doit pas être confondue avec la rigidité. Quand un geste, une pensée ou une œuvre est l’expression claire du nouvel esprit, on ne peut, à mon avis, en faire une question purement formelle. Et, en revanche, on ne saurait considérer comme parfaitement orthodoxe tout ce qui revêt les manifestations extérieures de la discipline, si la réalité intime ne répond pas à l’esprit et à la conscience fascistes. L’intransigeance, comprise en ce sens, est certainement plus difficile, mais elle est aussi plus rigoureuse qu’une intransigeance purement formelle. Tel un inquisiteur dominicain, j’estime qu’il faut être impitoyable à l’égard de tous ceux qui, même s’ils se parent d’aventure des dehors du fascisme, révèlent un esprit maçonnique et démocratique.

Jean-Claude Michéa, Le complexe d’Orphée

Le basculement inévitable du libéralisme culturel dans le libéralisme économique possède, bien entendu, son pendant symétrique. Si la logique du capitalisme de consommation est de vendre n’importe quoi à n’importe qui (business is business), il lui est en effet indispensable d’éliminer un à un tous les obstacles culturels et moraux (tous les “tabous” dans la novlangue libérale et médiatique) qui pourraient s’opposer à la marchandisation d’un bien ou d’un service (sous un capitalisme digne de ce nom, il doit être évidemment possible de louer à tout moment le ventre d’une “mère porteuse” ou de commander sur catalogue une épouse ukrainienne ou un enfant haïtien). Le libéralisme économique intégral (officiellement défendu par la droite) porte donc en lui la révolution permanente des mœurs (officiellement défendue par la gauche), tout comme cette dernière exige, à son tour, la libération totale du marché.

Saint Jean Chrysostome, Homélie

Tous vous êtes pleins de joie aujourd’hui, et je suis seul à être plongé dans la tristesse : car je pense à cet océan qu’est l’Esprit, je songe aux richesses immenses qu’offre l’Église, et je me dis qu’après cette fête, votre foule va s’éloigner et se disperser une fois encore ; alors, je sens mon cœur déchiré par le chagrin à l’idée que l’Église, qui a mis au monde tant d’enfants, ne peut goûter le bonheur de leur présence à tous les offices et ne les a pour elle que les jours de fête. Quel bonheur tout spirituel, quelle joie, quelle gloire pour Dieu, quel profit pour les âmes, n’apporterait pas le spectacle de l’Église remplie, à chaque cérémonie, comme elle l’est aujourd’hui ? Marins et pilotes font tout pour franchir la mer au plus vite et atteindre le port. Nous, au contraire, nous recherchons les houles du large, et, sans cesse roulés au gré des tempêtes du Monde, ballotés sur les places publiques et dans les tribunaux, c’est à peine si nous nous montrons dans ces murs une ou deux fois l’an.

René Quiton, Maximes sur la guerre

L’humilité, la pauvreté, la chasteté, la foi, l’espérance, la charité, la mortification, les vertus chrétiennes, pourquoi peu d’hommes peuvent-ils y atteindre dans l’existence ordinaire, alors que tous s’y élèvent sans effort et avec béatitude à la guerre ?

Gilbert Keith Chesterton, Orthodoxie

C’est pourquoi les gens ordinaires s’amusent beaucoup plus, alors que les gens bizarres se plaignent sans cesse de la monotonie de la vie. C’est aussi la raison pour laquelle les romans nouveaux meurent si vite, alors que les contes de fées sont éternels. Dans un conte de fées, le héros est un garçon normal ; ce sont ses aventures qui sont étonnantes, et elles l’étonnent parce qu’il est normal. Dans le roman psychologique moderne, en revanche, le héros est anormal, et le centre n’est pas central. Ainsi les aventures les plus abracadabrantes échouent toujours à l’affecter comme elles le devraient, et le livre est ennuyeux. On peut inventer l’histoire d’un héros entouré de dragons, mais non pas celle d’un dragon entouré de dragons. Le conte de fées envisage ce qu’un homme sain d’esprit ferait dans un monde de fous. Le roman réaliste et prudent d’aujourd’hui envisage ce qu’un homme essentiellement fou ferai dans un monde insignifiant.

Henri Suso, L’horloge de la Sagesse

L’adversité donne une vigueur incorruptible. Comme l’étoile du matin annonce au monde le lever prochain du du soleil, ainsi fait le tourment pour l’homme. Il atteste que le soleil supracéleste lui-même est proche et veut visiter l’âme en souffrance, il témoigne de la consolation qui va suivre. Et comme la nuit ténébreuse précède le jour lumineux, et l’hiver âpre l’été charmant, ainsi la souffrance précède d’habitude la consolation intérieure et éternelle des âmes bonnes. Comme l’arc-en-ciel qui brille dans les nuées lumineuses est un signe de la paix divine pour le genre humain, ainsi le sort qui frappe est le signe que Dieu est propice à l’âme contrite. L’adversité est avant-coureuse de la grâce, compagne de l’espérance, génératrice d’amour. Elle protège la vie active par ses retranchements et aiguise subtilement l’œil de la contemplation. C’est elle qui fait d’un homme charnel un spirituel et qui change une âme terrestre en céleste, car l’homme empêché de se répandre autour de soi est forcé de tendre vers le haut. Elle fait déserter ce monde et rend familier avec Dieu. Elle a coutume d’amoindrir le nombre des amis, mais elle a coutume d’augmenter la grâce. Car le monde rejette souvent comme vil l’élu du souverain Bien, qui a mérité d’être décoré de l’amour qui lui est réservé. Elle est la voie étroite, mais sûre, le raccourci qui mène à la vie. Que tout homme sensé suppute maintenant combien serait fou quiconque, après avoir réfléchi fréquemment à l’utilité de l’adversité, voudrait en être épargné. Quelle multitude innombrable d’hommes se sont endormis du sommeil très profond des péchés, ont péri de mort spirituelle, engloutis par la malheureuse iniquité et qui, la verge de la correction divine survenant, ont été comme réveillés du lourd sommeil et de l’empire de la mort, ont corrigé leur vie et, rejetant les oeuvres de ténèbres, ont revêtu les armes de lumière ! Ô combien y a-t-il au monde de captifs, animaux indomptés et oiselets farouches, tenus enfermés par la main du Très-Haut dans les tourments oppressants qui, si la faculté leur était laissée, se relâchant dans le repos, fuiraient l’état de leur salut ? Combien en est-il qui auraient commis de très graves péchés, se seraient précipités dans de nombreux crimes si la souffrance, par une disposition divine, ne les en eût préservés ! Car qu’est-ce qui apprend au cœur enflé, à l’esprit superbe et à l’homme ambitieux à mieux se connaitre, à ne pas aspirer à ce qui est élevé, mais à s’arrêter humblement en soi et craindre ? Qu’est-ce qui lui enseigne à venir en aide à son prochain qui souffre ? C’est l’adversité, nourrice de l’humilité, maîtresse de la patience, gardienne de la virginité, pourvoyeuse de félicité éternelle. Le tourment est si salutaire qu’à peine quelqu’un échappe-t-il aux effusions de sa bonté, qu’il soit du nombre des commençants, des progressants ou même des parfaits. Elle enlève la rouille des péchés, procure l’accroissement des vertus, confère l’abondance des grâces. Quoi de plus utile que ce précieux trésor ? Elle ôte les péchés, diminue le purgatoire, repousse les tentations, éteint les ardeurs de la chair, rénove l’esprit, fortifie l’espérance. Elle rend le visage joyeux, apporte à la conscience la sérénité et lui procure une continuelle abondance de joies intérieures. C’est une potion qui guérit, une herbe plus salutaire que toute herbe du paradis terrestre. Elle châtie, certes, le corps corruptible, mais elle fait vivre l’âme immortelle. L’âme pieuse est engraissée par le tourment comme les roses et les lis sont fécondés par la rosée céleste. Elle accorde la sagesse, produit la circonspection et rend l’homme inexpert plus exercé. Celui qui n’a pas souffert des coups du sort, que sait-il ? Que sait-il, celui qui n’a pas été éprouvé ?

Gustave Thibon, L’ignorance étoilée

Rien de grand ne se fait sans la foi. Mais quelle foi ? « La foi sauve, donc elle ment » disait Nietzsche. La vraie foi n’est ni un refuge ni un bouclier, c’est un élan intérieur, une confiance nue qui nous donne le courage d’affronter, sans vêtement et sans armure, le mystère de notre origine et de notre fin. Ce n’est pas la négation, c’est le dépassement du doute. Le fanatique va de l’avant grâce aux œillères de ses convictions étroites qui le préservent du doute ; le sceptique n’a pas d’illusions mais, doutant de tout, il n’avance pas ; le vrai croyant doute et il avance quand même : il marche sur son propre doute. La foi n’est pas un stupéfiant qui nous rend insensibles aux morsures du doute, c’est un tonique qui nous les fait à la fois éprouver plus vivement et dominer. La foi et le doute se prêtent mutuellement des forces : la foi creuse le doute et le doute purifie la foi.

Paul Bourget, Pages de critique et de doctrine

Le nationalisme n’est pas un parti. C’est une doctrine. Elle dérive de cette observation tout expérimentale, à savoir que notre individu ne peut trouver son ampleur, sa force, son épanouissement que dans le groupe naturel dont il est issu. Le jeune homme regarde autour de lui. Il étudie l’histoire et il constate que l’individu est d’autant plus riche en émotions, d’autant plus abondant en forces sentimentales, qu’il est moins individualiste, plus complètement, plus intimement baigné, noyé dans l’âme collective dont il est une des pensées, dans l’action générale dont il est un des moments. Mais qu’est cette âme collective ? C’est l’œuvre de la Terre natale et des morts. Ce sont les façons de sentir que celle-ci a élaborées chez ceux-là. Qu’est cette action générale ? La besogne accomplie par notre race. L ’organe local de cette race est la nation, plus profondément la région, et plus profondément encore la famille. Ou plutôt nation, région, famille ne font qu’un. Ce qui enrichit ou appauvrit l’un, appauvrit ou enrichit l ’autre. Quand la nation souffre, la ville souffre, et les familles de la ville et les individus qui composent ces familles. La culture du moi aboutit donc à un acte de foi envers les antiques disciplines qui subordonnaient le développement de la personne au développement de la Cité.

Gilbert Keith Chesterton, Orthodoxie

Les hommes qui se mettent à combattre l’Église au nom de la liberté et de l’humanité finissent par liquider liberté et humanité pourvu qu’ils puissent combattre l’Église.

Philipp Haeuser, Discours (14 décembre 1930)

Jésus était de nature combattante, une nature résolument tournée vers le combat, et même la plus noble des natures combattantes. Serait-Il entré dans les conflits les plus rudes de Sa vie s’Il avait été pacifiste ? Jamais ! Personne ne L’aurait persécuté, aucun Juif ne Lui aurait fait le moindre mal. Jésus voulait le combat. Sans combat, Il n’aurait jamais pu proclamer la Vérité. Car la Vérité ne s’impose que dans le combat. Jésus ne fuit pas Ses ennemis, Il ne conclut aucun compromis avec eux. Il va les chercher dans leur quartier général à Jérusalem pour les défier au combat. C’est uniquement en raison de cette volonté de lutte, de ce courage combatif, que le destin s’est abattu sur Lui, qu’Il fut flagellé et crucifié. Il aurait pu l’éviter, s’Il avait méprisé le monde et S’était retiré dans la solitude ou dans une vie privée paisible. Le reproche extrêmement sévère qu’Il adressa un jour à Pierre, lorsque celui-ci voulut L’empêcher de s’engager dans le combat et d’en subir les souffrances, montre à quel point Jésus prenait au sérieux le devoir de combattre. Les paroles rapportées par l’Évangile — mais souvent tues par les pacifistes — « Arrière, Satan ! », furent alors prononcées par Jésus le combattant à l’intention de Pierre, réticent à se battre. Ces paroles amères soulignent aussi fortement que possible le devoir de combattre inscrit dans la loi naturelle. Et si Jésus apparaissait aujourd’hui en Allemagne, Il se présenterait à nouveau comme un combattant. On Lui interdirait bien sûr de parler, mais Il continuerait à prendre la parole. On Lui interdirait d’organiser des rassemblements, mais Il continuerait à rassembler le peuple autour de Lui. Il connaîtrait dans notre pays le même sort que tant d’hommes allemands droits, honnêtes et courageux dans le combat. Oui, Jésus est l’homme de la paix, mais c’est justement pour cela qu’Il est aussi l’homme du combat. Celui qui ignore cela ne comprend rien au christianisme.

Juan Donoso Cortés, Théologie de l’histoire et crise de civilisation

Je ne sais, Messieurs, si votre attention a été frappée comme la mienne de la ressemblance, de la presque identité que l’on trouve entre les deux personnes au premier abord le plus distinctes et le plus contraires, de la ressemblance entre le prêtre et le soldat ? Ni le prêtre ni le soldat ne vit pour soi ; ni l’un ni l’autre ne vit pour sa famille ; pour l’un et pour l’autre la gloire est dans l’abnégation, dans le sacrifice. La charge du soldat est de veiller à l’indépendance de la société civile. La charge du prêtre est de veiller à l’indépendance de la société religieuse. Le devoir du prêtre est de mourir, de donner sa vie, comme le bon Pasteur, pour ses brebis. Le devoir du soldat est de donner, comme un bon frère, sa vie pour ses frères. Si vous considérez tout ce qu’a de laborieux et de pénible la vie sacerdotale, le sacerdoce vous paraîtra, et il l’est en effet, une véritable milice. Si vous considérez la sainteté du ministère du soldat, la milice vous paraîtra comme un véritable sacerdoce. Que deviendraient l’Europe, le monde, la civilisation, s’il n’y avait ni prêtres ni soldats ?

Léonce de Grandmaison, Impressions de guerre de prêtres soldats

Ce n’est pas seulement la perspective de la mort qui opère des conversions sur le front : c’est bien davantage la pratique du devoir. Qui s’oublie pour ses frères, pour le service de la patrie, est bien près du royaume de Dieu. Ce n’est pas tant la peur que l’habitude de bien vivre qui rend les soldats plus chrétiens sur le front.

William Luther Pierce, Fierté blanche

Tout ce dont nous avons besoin pour résoudre ces problèmes raciaux, c’est de la volonté de survivre en tant que peuple, de la volonté de construire les bases d’un avenir de progrès pour notre race, de la volonté d’éviter de finir comme Haïti ou le Rwanda d’ici deux siècles. Évidemment, nous savons tous que cette volonté est une chose que les accros à la télé n’ont pas. Des gens qui ont été élevés devant la télévision, qui ont grandi avec une attitude de spectateurs à l’égard du monde qui les entoure, ne vont assurément pas se remuer pour assurer un avenir à leurs petits-enfants. Ils préfèrent juste avoir le paquet de chips à portée de main pour continuer de regarder la télé. Mais les spectateurs ne comptent pas. Les individus qui comptent se répartissent en deux groupes relativement réduits. Dans le premier groupe il y a vous et moi et ceux qui se soucient suffisamment de l’avenir de leur peuple pour faire quelque chose à ce sujet : en réalité, pour faire tout ce qu’il faut. Dans l’autre groupe il y a les gens qui contrôlent les médias, plus leurs collaborateurs au gouvernement, dans les principales Églises, les universités, la finance et l’industrie, et dans les autres institutions de notre société.

Ernst von Salomon, Les Réprouvés

C’était des êtres rudes, des indomptés, des hommes rejetés du monde des normes bourgeoises, des dispersés qui, à présent, se rassemblaient par petites bandes pour chercher un sens à leur combat.

René François Rohrbacher, Histoire universelle de l’Église catholique

En entendant parler de contemplation, de religieux contemplatifs, certains hommes de nos jours, qui se piquent de philosophie et se croient philosophes, souriront peut-être de pitié. C’est qu’ils ignorent de quoi il est question. La philosophie est la science des vérités générales dans l’ordre naturel : science, connaissance raisonnée, méditée, approfondie ; science des vérités générales qui constituent le bon sens, la raison humaine, non des vérités particulières qui constituent les sciences spéciales ; science dans l’ordre naturel ou de la nature, distingue d’avec l’ordre de la grâce ou l’ordre surnaturel ; le premier se bornant à l’homme tel que l’homme est en lui-même, comme intelligence incarnée ; le second élevant l’homme au-dessus de sa nature par la grâce, et le disposant à voir Dieu tel que Dieu est en lui-même, et non seulement tel qu’il se montre à travers les créatures. En d’autres mots, la philosophie est la contemplation des vérités générales dans l’ordre naturel, et les philosophes sont les religieux contemplatifs de cet ordre. Mais, au-dessus de la philosophie ainsi entendue, s’élève la théologie, science des vérités religieuses, tant dans l’ordre naturel que dans l’ordre surnaturel, mais principalement dans ce dernier. Elle embrasse ainsi le ciel et la terre, le temps et l’éternité, Dieu et l’homme ; Dieu et ses œuvres, Dieu considéré, non seulement à travers ses créatures, mais en lui-même ; l’homme avec ses destinées présentes et futures. Elle présente ainsi à l’intelligence du chrétien un ensemble immense de vérités, mais de vérités vivantes et vivifiantes, que l’éternité tout entière ne suffira point à connaître, à contempler, à aimer. Au milieu de cet océan immense de vérité, de lumière, l’esprit du chrétien vit et agit librement comme le poisson au milieu de l’onde. Voyez, en effet, le poisson dans l’océan sans bornes. Il vit, il s’y promène, il s’y repose ; il s’élève jusqu’à la surface, il se plonge jusque dans les abymes, il s’élance avec impétuosité, il repose et dort immobile, toujours dans son élément, qui est sa vie et son bonheur : son malheur et sa mort seraient d’en sortir. Ainsi en est-il de l’âme chrétienne dans cet océan incommensurable des vérités religieuses.

Ernesto Che Guevara, Voyage à motocyclette

Les Noirs, ces représentants de la splendide race africaine qui ont gardé leur pureté raciale grâce à leur manque de goût pour le bain, ont vu leur territoire envahi par un nouveau type d’esclaves : les Portugais. Et ces deux vieilles races ont commencé leur dure vie commune, émaillée de querelles et de mesquineries de toutes sortes. Le mépris et la pauvreté les unit dans leur lutte quotidienne, mais la façon différente dont ils envisagent la vie les sépare complètement. Le Noir, indolent et rêveur, dépense ses sous en frivolités ou en « coups à boire », l’Européen a hérité d’une tradition de travail et d’économies qui le poursuit jusque dans ce coin d’Amérique et le pousse à progresser, même au détriment de ses aspirations individuelles.

Adrien Rouquette, La Thébaïde en Amérique

Ah ! Si quelque chose manque, ce n’est pas du côté de la nature, mais du côté de l’homme ; ce n’est pas du côté de la grâce, mais du côté de la volonté ; ce n’est pas du côté de Dieu, mais du côté du chrétien, devenu lâche et sans amour, égoïste et incapable d’héroïques sacrifices !

Joseph Mérel, Pour une contre-révolution révolutionnaire

Il est parfaitement oiseux d’entreprendre aujourd’hui de lancer un mouvement contre-révolutionnaire si ce dernier commence par se désolidariser du national-socialisme et des fascismes. L’ennemi est plus malin que nous, nos pauvres ruses le font sourire de commisération. Seule, avec l’aide de Dieu et de circonstances providentiellement favorables, une extrême brutalité dans la franchise candide, sans ruse aucune, est capable de déconcerter l’ennemi, voire de l’ébranler. Quand la Providence pourra compter sur seulement dix-mille personnes en France socialement assez influentes et honorables pour qu’il ne soit pas possible d’imputer leur engagement à l’ignorance, à la naïveté, à la passion obscure ou au désir du scandale – capables de risquer leur peau, leur carrière, leur honorabilité, leurs biens matériels, leur vie sociale, pour affirmer haut et fort, calmement mais de manière argumentée et résolue, que la Shoah est un mensonge, alors seulement peut-être les prétentions de la vraie droite cesseront d’être dérisoires ; la lucidité franche sur la question de la « Shoah » est comme un Schibboleth permettant de démasquer les Éphraïmites de la contre-révolution. Il ne convient pas d’être suicidaire : il serait vain de commencer par là, parce que l’entreprise contre-révolutionnaire serait mort-née ; mais cette démarche de dénonciation publique doit expressément faire partie de ces programmes d’action à réaliser quand les circonstances permettront d’espérer raisonnablement, avec la part de risque que comporte toute supputation pratique, que le temps de l’action est venu, c’est-à-dire quand l’État se décomposera sous la pression des effets de ses propres décisions létales parce qu’antinaturelles, en particulier dans la forme d’une crise économique ravageuse. Quant au national-socialisme lui-même, considéré dans ce qu’il peut avoir de sommaire, d’inachevé, voire de franchement contestable (mais qui ne doit pas faire oublier ce qu’il a d’éminemment salvateur dans sa prétention révolutionnaire à réactualiser le traditionnel), il n’est qu’une seule façon d’en finir avec lui, c’est de le dépasser, ce qui suppose qu’il soit assumé – ainsi revendiqué – avec courage et sans complexes, en rappelant que ce qu’il peut y avoir d’excessif en lui est plus lié aux circonstances historiques de sa genèse qu’à son essence.

Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote

L’âme qui monte du péché à la dévotion est comparée à l’aube, laquelle s’élevant ne chasse pas les ténèbres en un instant, mais petit à petit. L’exercice de la purgation de l’âme ne se peut ni doit finir qu’avec notre vie : ne nous troublons donc point de nos imperfections, car notre perfection consiste à les combattre, et nous ne saurions les combattre sans les voir, ni les vaincre sans les rencontrer. Notre victoire ne gît pas à ne les sentir point, mais à ne point leur consentir.

Jacques-Bénigne Bossuet, Sermon sur les causes de la haine des hommes contre la vérité, pour le dimanche de la Passion

Et en effet, chrétiens, lorsque nous formons tant de doutes et tant d’incidents, que nous réduisons l’Évangile et la doctrine des mœurs à tant de questions artificieuses, que faisons-nous autre chose, sinon de chercher des déguisements ? Et que servent tant de questions, sinon à nous faire perdre parmi des détours infinis la trace toute droite de la vérité ? Ne faisons ici la guerre à personne, sinon à nous-mêmes et à nos vices ; mais disons hautement dans cette chaire que ces pécheurs subtils et ingénieux, qui tournent l’Évangile de tant de côtés, qui trouvent des raisons de douter sur l’exécution de tous les préceptes, qui fatiguent les casuistes par leurs consultations infinies, ne travaillent ordinairement qu’à nous envelopper la règle des mœurs. « Ce sont des hommes, dit saint Augustin, qui se tourmentent beaucoup pour ne trouver pas ce qu’ils cherchent ». Ou plutôt ce sont ceux dont parle l’Apôtre, qui n’ont jamais de maximes fixes ni de conduite certaine ; « qui apprennent toujours, et cependant n’arrivent jamais à la science de la vérité ». Ce n’est pas ainsi, chrétiens, que doivent être les enfants de Dieu. À Dieu ne plaise que nous croyions que la doctrine chrétienne soit toute en questions et en incidents ! L’Évangile nous a donné quelques principes, Jésus-Christ nous a appris quelque chose ; son école n’est pas une académie où chacun dispute ainsi qu’il lui plaît. Qu’il puisse se rencontrer quelquefois des difficultés extraordinaires, je ne m’y veux pas opposer ; mais je ne crains point de vous assurer que pour régler notre conscience sur la plupart des devoirs du christianisme, la simplicité et la bonne foi sont deux grands docteurs qui laissent peu de choses indécises.

Gilbert Keith Chesterton, Pourquoi je suis catholique

La Chute est une vision de la vie. C’est non seulement l’unique vision éclairante de la vie, c’est aussi la seule qui soit encourageante. Elle maintient, contre les seules philosophies réelles alternatives que sont celles du bouddhiste, du pessimiste et du prométhéen, que nous avons fait un mauvais usage d’un monde bon et non simplement été pris au piège dans un monde mauvais. Elle renvoie le mal à un mauvais usage de la volonté et, par conséquent, implique qu’il peut être réparé grâce à un bon usage de la volonté. Toute autre croyance est une forme de reddition à la fatalité.

Abbé Alexis Pelletier, Du modérantisme ou de la fausse modération

Quant aux esprits médiocres, il n’y a presque pas moyen de les amener à voir clair, une fois qu’ils ont été prévenus. Ils deviennent tellement épris des opinions qui ont constamment un cours dans le milieu où ils ont vécu et chez les personnes avec lesquelles ils sont en rapport qu’ils ne peuvent pas s’imaginer qu’on puisse raisonnablement ne pas professer ces opinions. Les attaquer, c’est à leurs yeux un crime aussi grand que de vouloir anéantir la loi et les prophètes. Les fausses idées sont tellement enracinées chez eux quelles semblent faire partie de leur nature même. Ils sont convaincus qu’une idée est vraie par cela seul qu’ils l’ont toujours eue et qu’ils l’ont toujours vue partagé par d’autres. Quant à se rendre compte de l’adhésion qu’ils y donnent, c’est la dernière des choses du monde à laquelle ils pensent.

Jacques-Bénigne Bossuet, Sermon sur l’amour des plaisirs pour le troisième dimanche de Carême

Qui ne craindra donc, chrétiens, que notre âme fugitive ne se retourne tout à coup en ce dernier jour à ce qui lui a plu dans le monde désordonnément ; que notre dernier soupir ne soit un gémissement secret de perdre tant de plaisir, et que ce regret amer d’abandonner tout ne confirme pour ainsi dire par un dernier acte tout ce qui s’est passé dans la vie ? Ô regret funeste et déplorable, qui renouvelle en un moment tous les crimes, qui efface tous les regrets de la pénitence, et qui livre notre âme malheureuse et captive à une suite éternelle de regrets furieux et désespérants qui ne recevront jamais d’adoucissement ni de remède ! Au contraire un homme de bien que les douleurs de la pénitence ont détaché de bonne foi des joies sensuelles, n’aura rien à perdre en ce jour. Le détachement des plaisirs le désaccoutume du corps ; et ayant depuis fort longtemps ou dénoué ou rompu ces liens délicats qui nous y attachent, il aura peu de peine à s’en séparer. Un tel homme dégagé du siècle, qui a mis toute son espérance en la vie future, voyant approcher la mort, ne la nomme ni cruelle ni inexorable ; au contraire il lui tend les bras, il lui montre lui même l’endroit où elle doit frapper son dernier coup. Ô mort, lui dit-il d’un visage ferme, tu ne me feras aucun mal, tu ne m’ôteras rien de ce qui m’est cher : tu me sépareras de ce corps mortel ; ô mort, je t’en remercie : j’ai travaillé toute ma vie à m’en détacher. J’ai tâché durant tout son cours de mortifier mes appétits sensuels : ton secours, ô mort, m’était nécessaire pour en arracher jusqu’à la racine. Ainsi bien loin d’interrompre le cours de mes desseins, tu ne fais que mettre la dernière main à l’ouvrage que j’ai commencé ; tu ne détruis pas ce que je prétends, mais tu l’achèves. Achève donc, ô mort favorable, et rends-moi bientôt à celui que j’aime.

Carl Schmitt, La Notion de politique

L’ennemi ne saurait être qu’un ennemi public, parce que tout ce qui est relatif à une collectivité, et particulièrement à un peuple tout entier, devient de ce fait affaire publique. Ennemi signifie hostis et non inimicus au sens plus large ; πολέμιος et non ἐχθρός. À l’instar de certaines autres langues, la langue allemande ne fait pas de distinction entre l’ennemi privé et l’ennemi politique, ce qui rend possibles bien des malentendus et des falsifications. Le passage bien connu : « Aimez vos ennemis » (Matth. 5, 44 ; Luc 6, 27), signifie diligite inimicos vestros, ἀγαπᾶτε τοὺς ἐχθροὺς ὑμῶν et non : diligite hostes vestros ; il n’y est pas question d’ennemi politique. Et dans la lutte millénaire entre le christianisme et l’Islam, il ne serait venu à l’idée d’aucun chrétien qu’il fallait, par amour pour les Sarrasins ou pour les Turcs, livrer l’Europe à l’Islam au lieu de la défendre. L’ennemi au sens politique du terme n’implique pas une haine personnelle, et c’est dans la sphère du privé seulement que cela a un sens d’aimer son ennemi, c’est-à-dire son adversaire. La citation biblique ci-dessus fait encore moins allusion à l’antagonisme politique qu’elle ne tend, par exemple, à faire disparaître l’opposition du bien et du mal ou celle du beau et du laid. Elle ne signifie surtout pas que l’on aimera les ennemis de son peuple et qu’on les soutiendra contre son propre peuple.

Adolphe Tanquerey, Précis de théologie ascétique et mystique

Les Stoïciens prétendaient que les passions sont radicalement mauvaises et doivent être supprimées ; les Épicuriens déifient les passions et proclament bien haut qu’il faut les suivre : c’est ce que nos épicuriens modernes appellent : vivre sa vie. Le christianisme tient le milieu entre ces deux excès : rien de ce que Dieu a mis dans la nature humaine n’est mauvais ; Jésus lui-même a eu des passions bien réglées : il a aimé, non seulement par la volonté, mais par le cœur, et a pleuré sur Lazare et sur Jérusalem infidèle ; il s’est laissé aller à une sainte colère, a subi la crainte, la tristesse, l’ennui ; mais il a su tenir ces passions sous l’empire de la volonté et les subordonner à Dieu. Quand les passions sont au contraire déréglées, elles produisent les plus pernicieux effets ; il faut donc les mortifier et les discipliner.

Corneliu Zelea Codreanu, La Garde de Fer

Ce pays périt faute d’hommes et non de programmes. Telle est notre opinion. Nous ne devons pas créer de nouveaux programmes, mais de nouveaux hommes. Parce que les hommes d’aujourd’hui, élevés dans un esprit de basse politique et infectés par le judaïsme, compromettront les plus brillants programmes.

Jean-Jacques Stormay, Le combat d’aujourd’hui et l’État de demain

On doit se souvenir de la présence, intériorisée dans l’inconscient collectif de l’homme occidental contemporain, d’un postulat si passionnément plébiscité qu’il en est devenu, à vue d’homme, comme proprement indéracinable. Il s’agit de ce que les utilitaristes, disciples de Stuart Mill, nomment « the harm principle », principe de non-nuisance, selon lequel la subjectivité individuelle serait tellement souveraine que le pouvoir de contrainte opéré par l’État ou par toute autre autorité doit se limiter à ce que l’individu ne nuise pas à autrui : en dehors de cet impératif, tout doit être permis. L’homme commun contemporain, en cela fidèle à ses ignobles élites, ne conçoit pas que la liberté puisse avoir d’autre fin et d’autres lois que celles qu’elle se donne, parce que telle serait la nature de la liberté que d’être absolue ou de n’être pas ; aussi, aveuglé par la fausse évidence d’un tel postulat, a-t-il le sentiment de satisfaire aux réquisits de la justice en reconnaissant à autrui les mêmes droits que lui, et c’est ce sentiment de justice qui en retour produit en lui un sentiment de légitimité dans son insurrection revendicatrice élevée contre toute forme d’autorité immédiatement identifiée à un acte tyrannique. On reconnaît en ce tour d’esprit devenu seconde nature un écho de cette mentalité jacobine égalitaire (seule l’égalité est possible entre petits dieux), bien personnifiée par la trogne vultueuse et brutale du sans-culotte vinassier qui subsiste en chaque consommateur attaché aux congés payés, aux « droits acquis », à la pratique délirante de l’idée qu’il se fait de la liberté. L’homme moderne ne consent à vivre en société que parce qu’il y trouve son intérêt privé, et le contrat (social) tacite qu’il est supposé avoir passé avec elle doit lui être avantageux, comme il en est de toute transaction commerciale. La plèbe acceptera n’importe quoi dès lors que ce principe sera préservé, et ceux qui la manipulent, ceux qui veulent sa déchéance le savent, qui renchérissent dans ce faux droit en insistant sur la « dignité de la personne humaine », sur les vertus du « penser par soi-même » etc. Le plus attristant est que cette plèbe sait qu’elle est manipulée, mais elle l’accepte, parce qu’elle a compris que cette honteuse servitude est le prix à payer pour qu’il lui soit loisible de « vivre sans entraves », selon la manière la plus triviale qui soit – bestiale – de sa prétention à se déifier. En d’autres termes, le peuple a globalement ce qu’il veut : la différence entre pays réel et pays légal est illusoire, la plèbe consent tacitement à sa décadence, à ses maladies mortifères, à ses maîtres corrupteurs ; aussi est-il parfaitement vain d’essayer de la convertir à l’héroïsme aussi longtemps qu’elle peut s’enivrer, en crevant à petit feu, de jouissances basses ; un coup d’État suppose un appui populaire qui, en temps de prospérité, est inexistant.

C.S.Lewis, Les Fondements du Christianisme

Or, dans quel pétrin l’homme s’est-il mis ? Il a essayé de se rendre autonome, de se comporter comme étant son propre maître. En d’autres termes, l’homme déchu n’est pas simplement une créature imparfaite qui a besoin d’amélioration mais un rebelle qui doit déposer les armes. Déposer les armes, se livrer, dire que l’on regrette, se rendre compte que l’on a suivi la mauvaise voie, être prêt à recommencer sa vie à zéro, c’est la seule manière de sortir du pétrin. Ce processus de capitulation, les chrétiens l’appellent la repentance. Or, se repentir n’est pas drôle. C’est oublier toute l’obstination et la suffisance que nous cultivons depuis des milliers d’années, détruire une partie de soi-même et subir une sorte de mort.

Léon Degrelle, Les âmes qui brûlent

Seule l’âme compte et doit dominer tout le reste. Courte ou longue, la vie ne vaut que si nous n’avons pas à rougir d’elle à l’instant où il faudra la rendre.

Joseph Mérel, Pour une contre-révolution révolutionnaire

Le protestantisme, le judaïsme et l’islam sont irrationnels, intentionnellement soustraits aux réquisits de la raison. Par voie de conséquence obligée, le protestantisme développera spontanément les vertus pratiques de la raison au détriment de sa vocation spéculative, ses capacités techniciennes et marchandes, d’où la genèse de l’esprit libéral. Le judaïsme et l’islam ont en commun de nier la Trinité, par là d’exclure que Dieu puisse s’incarner, se faire le Médiateur entre Lui-même et l’homme. Or le concept de religion exige, que Dieu se fasse religion pour qu’il y ait religion révélée indubitable. Donc, en tant qu’elles se veulent révélées, ces religions que sont le judaïsme et l’islam restent exigitives d’une médiation mais, parce que leur conception de Dieu exclut qu’il soit capable de s’incarner, alors, invinciblement, l’âme de ces fausses religions induira deux positions extrêmes complices dans leur opposition : Tantôt c’est l’homme, pris collectivement, qui tendra à s’imposer comme médiateur – nécessairement médiateur divin – entre lui et l’homme : le peuple juif, cette partie de l’humanité supposée en représenter la quintessence, se voudra pour lui-même son propre messie, le « messie » personnel attendu par les Juifs ne sera que la conscience de soi du peuple juif, et en retour les goïm seront nécessairement des sous-hommes : s’il faut être Dieu pour être pleinement homme, il faut être sous-homme pour être seulement homme. Le judaïsme, considéré dans sa différence d’avec le christianisme dont il procède proleptiquement, c’est-à-dire considéré dans sa spécificité de judaïsme non chrétien et nécessairement anti-chrétien, c’est la chrysalide en tant qu’elle s’insurge contre sa vocation à s’achever – aux deux sens du terme – en papillon ; le judaïsme moderne, c’est-à-dire le judaïsme, est né avec la destruction du voile du Temple. Mais parce qu’il est dans la vocation d’une chrysalide insurgée contre sa fin qui l’achève, de s’insurger contre elle-même (elle s’insurge contre sa fin qui la supprime, mais, ce faisant, elle s’insurge contre sa fin qui l’accomplit), ce même judaïsme se verra contraint de faire se renier ses adeptes en tant qu’hommes, lesquels se voudront tels autant de surhommes. Mais cette prétention à la surhumanité ne sera que l’envers d’une haine de soi – comme l’a bien montré Otto Weininger – qui ne veut pas se savoir telle et qui, pour cette raison, s’exercera sur autrui. La haine judaïque du genre humain, son instinct corrupteur, n’est qu’une projection, en forme d’inversion accusatoire, de la haine que le juif porte à lui-même : la chrysalide est intrinsèquement contradictoire, qui veut son accomplissement dans le papillon qui la supprime, sans cesser de prétendre à subsister en tant que chrysalide, et, comme contradictoire, elle est insurgée contre elle-même. Tantôt le refus de toute médiation se soldera par une exténuation de l’un des termes de la relation ; en supprimant son terme divin, on obtient – à moins qu’on ne dispose d’une idéologie, tel le communisme en acte, permettant à l’homme en général de croire à sa déification – l’athéisme trivial, lequel laisse sur sa faim l’appétit de transcendance. C’est pourquoi il est plus efficace, pour qui entend refuser la médiation christique sans exténuer le désir de transcendance, de supprimer le terme humain, à tout le moins de le réduire à presque rien. Il s’agira d’affirmer le monde afin de donner consistance à la négation du monde, afin de signifier par cette négation même l’affirmation d’un Dieu unilatéralement transcendant et réputé impensable au nom de sa transcendance même : Dieu est le tout-autre de ce que nous pouvons connaître, il n’est ni ceci, ni cela, etc. Mais on ne peut en rester là, parce que l’apophatisme strict en vient à se résoudre en athéisme : si l’on ne sait strictement rien de Dieu dont la perfection serait tellement exclusive de notre finitude qu’elle nous échapperait absolument, on ne doit pas même savoir que Dieu est de l’être, on doit ignorer qu’il est. En effet, quand on ne sait rien de Dieu, On ne sait même pas qu’il est de l’être ; quand on le réduit à l’autre de ce qui est connaissable, on en vient à le réduire à l’autre de ce qui est, ainsi au néant, parce que pour déclarer quelque chose strictement inconnaissable, il faut le distinguer de la sphère du connaissable, mais par là il faut le comparer à elle, et de ce fait il faut le connaitre, de telle sorte que pour maintenir l’affirmation de son inintelligibilité sans se contredire, l’esprit est condamné à le réduire au néant. Aussi donc, afin de ne pas tomber dans la contradiction de l’apophatisme bien intentionné mais menant malgré lui à l’athéisme, il faudra corrélativement nier la consistance du monde afin de signifier que la consistance ontologique est tout entière du côté de Dieu ; si Dieu ne pouvait être affirmé que comme négation du monde en sa finitude constitutive, alors, toute négation étant relative à ce qu’elle conteste, Dieu se révélerait relatif au monde, ce qui est contradictoire. II s’agira donc d’exténuer autant que possible la consistance du monde, tout en lui laissant le minimum de densité ontologique requis pour que sa négation ait encore le sens de l’affirmation d’un tout-autre que lui, qui sera le parfait ou le divin. Il s’agira par là de ne voir dans l’organisation naturelle du monde qu’un effet contingent de l’arbitraire divin, un ordre précaire toujours menacé par la tendance à se défaire, une ombre d’intelligibilité ; non seulement le monde, mais la personne humaine, pour l’islam (car c’est bien de lui qu’il est question ici), n’a pas grande valeur intrinsèque, elle ne vaut que par et pour la foi qu’elle professe : et le Dieu de l’islam est une force pure par-delà toute raison, toute intelligibilité, dans la ligne d’un apophatisme irrationaliste qui, comme tout apophatisme, se résoudrait logiquement en athéisme s’il consentait à se laisser penser. Puis donc que l’islam, comme apophatisme radical, entend ne pas se réduire à l’athéisme, il est condamné à refuser de se penser lui-même, ainsi à refuser toute intelligence de la foi. La croyance se fera un mérite de n’avoir aucune raison de croire, elle y verra la preuve de sa pureté. La volonté de croire sera pour elle-même son unique raison de croire, de telle sorte qu’elle ne sera jamais suffisante et jamais assez arbitraire, et elle tendra mécaniquement à nourrir sa puissance de son absence de raison. Cela dit, pour que le « vouloir croire » sans raison de croire ne se convertisse pas, à cause de cette absence de raisons, en « croire qu’on veut », ainsi en imaginaire, la volonté de croire aveuglément doit conserver un certain rapport avec la réalité, mais, puisque cette réalité doit être exténuée en son intelligibilité, un tel rapport à la réalité se lui-même négatif ; c’est pourquoi il prendra la forme d’une négation pratique de l’intelligibilité du monde. L’univers ne sera connu que comme le négatif de l’Inconnu, et ne sera pure- ment et simplement que pour donner prise à cette connaissance négative, laquelle s’exercera sur le mode d’une négation pratique de toute organisation (parce que l’organisation dit l’intelligibilité) ; le monde – et a fortiori les œuvres humaines techniques, artistiques ou politiques, en leur prétention « impie » à incarner de manière pérenne quelque chose de sensé – ne sera que pour être contesté, d’où la fascination de la mentalité mahométane pour le désert, l’informe, le contingent, la destruction et le pillage, tel un nihilisme pratique exercé au nom d’une transcendance. Au reste, cette solidarité conceptuelle entre les deux formes contraires du refus de la médiation divine est illustrée par une solidarité historique : l’islam est né en milieu ébionite, judéo-chrétien, et assez nombreux sont les chercheurs libres à laisser entendre que l’islam est une invention juive, concoctée par les Juifs pour forger une puissance antichrétienne. Ainsi que le professe ouvertement le rabbin Touitou par exemple, le rabbinisme actuel prépare depuis longtemps la chute d’Édom (la Chrétienté, l’Europe et Rome) par l’invasion islamique, afin d’accélérer l’avènement de ce « messie » qui sera en vérité l’antéchrist : « Moi je suis venu au nom de mon Père et vous ne me recevez pas. Si un autre vient en son propre nom, vous le recevrez » (Jn, 5, 43).

Robert Brasillach, Je Suis Partout (17 juin 1937)

C’est avec les nourritures terrestres et les œuvres terrestres qu’on défend les biens spirituels. Sans armée, les missionnaires sont massacrés, sans croisade, le christianisme dépérit, et les fondateurs d’ordre au Moyen Âge le savaient bien qui faisaient de leurs couvents des châteaux forts. Sous je ne sais quel prétexte d’idéalisme niais, on a voulu oublier tout cela aujourd’hui.

Francis Parker Yockey, Imperium

Si le pessimisme est du désespoir, l’optimisme est de la lâcheté et de la stupidité. Est-on obligé de choisir entre les deux ? Ce sont des maladies de l’âme jumelles. Entre les deux se trouve le réalisme, qui veut savoir ce qui est, ce qui doit être fait, comment cela peut être fait. Le réalisme est la pensée historique, et c’est aussi la pensée politique. Le réalisme n’approche pas le monde avec un principe préconçu auquel les choses doivent se soumettre – c’est cette première stupidité qui engendre le pessimisme tout comme l’optimisme. S’il considère que les choses ne marcheront pas, c’est du pessimisme. Au contraire, l’optimisme continue à prétendre qu’elles marcheront, en dépit de tout le cours de l’Histoire. Des deux maladies, l’optimisme est le plus dangereux pour l’âme, car il est plus aveugle. Le pessimisme, ne craignant pas d’affirmer ce qui est déplaisant, est au moins capable de vision, et pourrait permettre une résurgence des instincts sains.

Barthélemy Baudrand, L’âme élevée à Dieu

L’âme du chrétien élève au-dessus des tourments, des tyrans, de la mort. Quand on ne vit que de sacrifices, il en coûte peu de mourir : et n’est-ce pas là ce que les païens mêmes admiraient dans les premiers chrétiens, dignes de ce grand nom ? Quel genre d’hommes est donc celui-ci, s’écriaient-ils : Quod genus hoc hominum est ? Si on les défère à notre tribunal, ils s’y présentent d’eux-mêmes : si on les condamne à la mort, ils en rendent grâces comme d’un bienfait : si on les conduit au supplice, ils y vont en triomphe. Les menace-t-on de leur faire essuyer toute l’horreur des tourments : Vous le pouvez, disaient-ils ; nous ne sommes hommes que pour mourir, mais nous ne sommes chrétiens que pour mourir en saints ; nous avons un corps qui succombe, mais une foi qui triomphe. Frappez, brûlez, déchirez, immolez ; vous croyez nous donner la mort, vous ne faites que nous rendre à une vie plus heureuse : pour nous, ce n’est pas le temps qui finit, c’est l’éternité qui commence. Quels hommes ! Quels sentiments ! Ce n’étaient, après tout, que de vrais chrétiens.

Gustave Thibon, L’ignorance étoilée

Le doute s’oppose à la conviction et non à la foi. Car la conviction porte sur une « vérité » réduite et refaite à notre image, tandis que la foi est une participation à une réalité « qui nous remplit sans prendre notre forme ». Or le doute qui vient de moi, qui est un état psychologique, s’attaque directement à une croyance qui, venant également de moi, est un état non moins psychologique : les deux adversaires luttent sur le même terrain (limité), avec les mêmes armes, et l’un ne peut grandir qu’aux dépens de l’autre. En fait, on ne doute jamais que de soi-même et on doute de Dieu dans la mesure où on le réduit à soi-même. Je doute d’un Dieu que j’ai créé à mon image, mais je ne peux pas douter de Dieu lui-même et pas même de moi en tant qu’image de Dieu.

Tertullien, Apologétique

Tel est donc notre grief, l’injustice de votre haine pour le nom chrétien. Votre ignorance même, qui semblerait au premier coup d’œil excuser cette injustice, la prouve et l’aggrave. Quoi de plus injuste que de haïr ce que l’on ne connaît pas ? Quand même l’objet serait digne de haine, elle n’est encourue qu’autant qu’elle est reconnue méritée ; et comment la justifier, tant que l’objet demeure inconnu ? C’est par les qualités et non par les impressions que la haine se justifie. Puisque vous haïssez par la raison que vous ne connaissez pas, pourquoi ne vous arriverait-il pas de haïr ce que vous ne devriez pas haïr ? De là double conclusion : vous ne nous connaissez pas tant que vous nous persécutez ; vous nous persécutez injustement tant que vous ne nous connaissez pas.

Pierre Drieu La Rochelle, Journal d’un délicat

L’homme moderne est un affreux décadent. Il ne peut plus faire la guerre, mais il y a bien d’autres choses qu’il ne peut plus faire. Cependant, avec son infatuation, son arrogance d’ignorant, il condamne ce qu’il ne peut plus faire, ce qu’il ne peut plus supporter.

Gilbert Keith Chesterton, Pourquoi je suis catholique

Ce qu’il nous faut désormais enfoncer vraiment dans les crânes de tous ces gens, en quelque sorte, c’est qu’un homme qui pense peut se penser de plus en plus profondément dans le catholicisme, mais non pas de plus en plus profondément dans les difficultés soulevées à propos du catholicisme. Nous devons leur faire voir que la conversion est le début d’une vie active, progressive, fructueuse et même aventureuse de l’intellect. Car c’est la chose qu’ils ne peuvent, aujourd’hui encore, en venir à croire. Ils se demandent avec une honnêteté scrupuleuse : « À quoi peut-il penser, s’il ne pense pas aux erreurs de Moïse, telles qu’elles ont été pointées par M. Miggles de Pudsey, ou s’il n’est pas en train de jeter courageusement un défi à toutes les terreurs de l’Inquisition qui ont existé pendant deux cents ans en Espagne ? ». Nous devons, d’une manière ou d’une autre, expliquer que les grands mystères que sont la Sainte Trinité et le Saint-Sacrement, par exemple, sont les points de départ de suites de pensées bien plus stimulantes encore, subtiles et même individuées, en comparaison desquelles toute cette démangeaison sceptique est aussi mince, superficielle et poussiéreuse qu’une sale affaire de commérage dans un village de Nouvelle-Angleterre. Par conséquent, accepter le Logos en tant que vérité, c’est être dans l’atmosphère de l’absolu, pas seulement avec saint Jean l’Évangéliste, mais aussi avec Platon et tous les grands mystiques du monde. Accepter le Logos comme un « texte » ou une « Interpolation », ou encore un « développement », ou bien comme un mot mort dans un document mort, utilisé uniquement pour donner, en rapide succession, six dates différentes à ce document, c’est se retrouver, tout compte fait, à un niveau inférieur de la vie humaine. Il s’agit de la chamaillerie et de la pinaillerie en vue d’un succès purement négatif, à supposer que c’en soit un. Exalter la messe, c’est entrer dans un monde magnifique d’idées métaphysiques, illuminant toutes les relations de la matière et de l’esprit, du charnel et du spirituel, les abstractions les plus impersonnelles comme les affections les plus personnelles. Se disposer à rabaisser et à minorer la messe en se livrant au petit syncrétisme crétinisant et éphémère qui consiste à la rapprocher des Mithra et ses initiations, c’est se retrouver en fin de compte dans une atmosphère plus mesquine et plus pédante, non seulement au-dessous du catholicisme, mais au-dessous du mithracisme aussi.

Maurice Barrès, Scènes et doctrines du nationalisme

Les juifs n’ont pas de patrie au sens où nous l’entendons. Pour nous, la patrie, c’est le sol et les ancêtres, c’est la terre de nos morts. Pour eux, c’est l’endroit où ils trouvent leur plus grand intérêt. Leurs “intellectuels” arrivent ainsi à leur fameuse définition : “La patrie, c’est une idée.” Mais quelle idée ? Celle qui leur est la plus utile et, par exemple, l’idée que tous les hommes sont frères, que la nationalité est un préjugé à détruire, que l’honneur militaire pue le sang, qu’il faut désarmer (et ne laisser d’autre force que l’argent), etc.

Jean Baudrillard, La Société de consommation

L’aliénation du loisir est profonde : elle ne tient pas à sa subordination directe au temps de travail, elle est liée à l’impossibilité même de perdre son temps. […] Le loisir n’est donc pas tellement une fonction de jouissance du temps libre, de satisfaction et de repos fonctionnel. Sa définition est celle d’une consommation de temps improductive.

Gilbert Keith Chesterton, Pourquoi je suis catholique

Le rédacteur en chef d’un journal du soir a publié récemment ce qu’il a annoncé comme étant « un article inhabituel », ce dont il s’est immédiatement excusé. Avec une certaine inquiétude, il se gardait bien d’exprimer la moindre opinion sur les vues horribles et dangereuses que l’article inhabituel défendait. Inutile de dire que, avant même d’être parvenu à la cinquième ligne de l’article inhabituel, je savais que ce serait un échantillon parfaitement satisfaisant de l’article habituel. C’était même soigneusement et correctement copié sur un article habituel ; une sorte d’article exemplaire, comme si une chose pouvait être exceptionnellement habituelle. J’avais lu l’article auparavant, bien entendu – des milliers et des milliers de fois (c’est mon impression) – et j’avais toujours trouvé que c’était le même ; mais, d’une certaine façon, jamais auparavant il ne m’avait paru aussi exactement identique. […] Il est décrit de manière adéquate comme « Le cri d’une femme lancé aux Églises ». Et je dois annoncer que, bien qu’étant d’un tempérament placide et pondéré, bien qu’on ne m’ait jamais imputé des grâces féminines comme l’hystérie par exemple, je vais me mettre à hurler si je dois lire cet article encore trois fois. Mon article sera intitulé : « Le cri d’un homme lancé aux journaux. » Je vais répéter de manière quelque peu accélérée ce que la dame en question a crié, parce que le lecteur connaît déjà tout ça par cœur. Le message du Christ était parfaitement « simple » : l’Amour est le remède pour tout ; mais dans la mesure où Il a été tué (je ne sais pas très bien pourquoi) pour avoir fait cette remarque, de grands temples Lui ont été consacrés et des gens horribles, appelés prêtres, n’ont transmis au monde que « des pierres, des amulettes, des formules, des principes. » Ils se sont aussi « querellés éternellement entre eux sur la question de savoir où placer un bouton ou bien comment fléchir un genou ». Tout cela n’apporte aucun réconfort au chrétien malheureux, qui ne souhaite apparemment être réconforté que par un seul commandement, celui de son devoir envers son prochain. « Combien d’hommes, au moment où ils vont mourir, trouvent-ils le réconfort en pensant aux Trente-Neuf Articles, à la Prédestination, à la Transsubstantiation, à la doctrine du châtiment éternel et à la croyance selon laquelle le Christ est revenu le Septième Jour ? » Ces éléments forment un curieux catalogue, le dernier étant tout particulièrement mystérieux pour moi. […] J’évoque rapidement et avec réticence ces exemples parce qu’ils illustrent une question bien plus vaste concernant cette façon de parler interminable. Elle consiste à parler comme si le problème moral de l’homme était parfaitement simple, alors que tout le monde sait qu’il ne l’est pas ; et puis à déprécier les tentatives de le résoudre en citant de longs mots techniques et à parler de cérémonies absurdes sans chercher à comprendre leur sens. En d’autres termes, c’est exactement comme si quelqu’un disait à propos de la science de la médecine : « Tout ce que je demande, c’est la Santé ; que pourrait-il y avoir de plus simple que le don merveilleux de la Santé ? Pourquoi ne pas se contenter de se réjouir inlassablement de l’éclat de la jeunesse et de la joie toujours fraîche d’être en forme ? Pourquoi étudier ces sciences austères et lugubres que sont l’anatomie et la physiologie ? Pourquoi s’enquérir de la place d’obscurs organes dans le corps humain ? Pourquoi faire des distinctions pédantes entre ce qui est étiqueté poison et ce qui est étiqueté antidote, quand il est si simple de profiter de la Santé ? Pourquoi compter avec une exactitude absolue le nombre de gouttes de laudanum ou mesurer la puissance d’une dose de chloral, quand il est si agréable d’être en bonne santé ? Au diable, vous et vos appareils de prêtre, stéthoscopes et thermomètres, vous et vos mimodrames rituels pour prendre le pouls, faire tirer la langue, examiner les dents et le reste ! Le dieu Esculape n’est venu sur la terre que pour nous informer du fait que la Vie est tout compte fait préférable à la Mort. Cette pensée consolera de nombreuses personnes à l’agonie, sans être suivies par des médecins. » En d’autres termes, l’Article Habituel, qui a été publié aujourd’hui pour la dix millième fois, a toujours été pompeux et absurde même quand il était nouveau. Il y a peut-être et il y a eu de la pédanterie dans la profession médicale. Il y a peut-être et il y a eu une théologie peu convaincante ou austère, ou d’une bien faible consolation pour les hommes. Mais se mettre à parler comme s’il était possible pour une science quelconque de s’attaquer à n’importe quel problème sans développer un langage technique et une méthode toujours méthodique et souvent détaillée, signifie simplement que vous êtes un fou et que vous ne vous êtes jamais attaqué à un problème.

Saint Augustin, Les Confessions

Les hommes, dont la vie terrestre est courte, ne sont pas capables d’accorder par la pensée les raisons des choses, dans les siècles passés et dans d’autres pays dont ils n’ont pas l’expérience, avec leur expérience particulière. Cependant, dans un même corps, dans une même journée, dans une même maison, ils peuvent facilement se rendre compte de ce qui convient à tel membre, à tel moment, à tel endroit, ou à telle personne. C’est pourquoi ils se scandalisent dans un cas et se soumettent dans l’autre.

Louis de Bonald, Pensées sur divers sujets

Une preuve de plus que le Décalogue a été donné par Dieu même à la première société, est qu’il n’y a d’injonctions que pour les inférieurs, pour les enfants et non pour les pères, et par conséquent, comme l’entendent tous les interprètes, pour les sujets et non pour les rois. Dieu, source et règle de tous les pouvoirs, et dont les pères et les rois ne sont que les délégués, n’avait garde de se donner des lois à lui-même. Les hommes n’auraient pas agi ainsi ; ils n’auraient pas manqué, en endoctrinant les chefs, de flatter les subalternes, et de placer dans leurs lois les droits de l’homme, la responsabilité des agents de l’autorité et la souveraineté du peuple ; et au lieu de commencer leur Code par ces mots : “Enfant, honore ton père et ta mère,” ils auraient dit : “Pères et mères, prenez soin de vos enfants.”

Jacques-Bénigne Bossuet, Sermon sur la justice, pour le dimanche des Rameaux

Ainsi nous ne devons pas nous persuader que les sceptres mêmes, ni les couronnes, soient les plus illustres présents du Ciel. Car jetez les yeux sur tout l’univers et sur tous les siècles ; voyez avec quelle facilité Dieu a prodigué de tels présents indifféremment à ses ennemis et à ses amis. Regardez les superbes monarchies des Orientaux infidèles ; voyez que Jésus-Christ regarde du plus haut des cieux l’ennemi le plus déclaré du christianisme, assis en la place du grand Constantin, d’où il menace si impunément les restes de la chrétienté qu’il a si cruellement ravagée. Que si Dieu fait si peu d’état de ce que le monde admire le plus, apprenons donc, chrétiens, à ne lui demander rien de mortel ; demandons-lui des choses qu’il soit digne de ses enfants de demander à un tel père, et digne d’un tel père de les donner à ses enfants. C’est insulter à la misère que de demander aux petits de grandes choses ; c’est ravilir la majesté que de demander au Très Grand de petites choses. C’est son trône, c’est sa grandeur, c’est sa propre félicité qu’il veut nous donner ; et nous soupirons encore après des biens périssables ! Non, mes frères, ne demandons à Dieu rien de médiocre ; ne lui demandons rien moins que lui-même. Nous éprouverons qu’il est bon autant qu’il est juste, et qu’il est infiniment l’un et l’autre.

Gilbert Keith Chesterton, Orthodoxie

On pourrait définir la tradition comme une extension du droit de vote au passé. Elle consiste à accorder le droit de suffrage à la plus obscure de toutes les classes, celle de nos ancêtres. C’est la démocratie des morts. La tradition refuse de se soumettre à la petite oligarchie arrogante de ceux qui ne font que se trouver par hasard sur terre.

Michel Clouscard, Critique du libéralisme libertaire

Le sociologisme parachève le jeu idéologique du libéralisme. D’abord les médias conditionnent. Puis le sociologisme “découvre” scientifiquement, comme expression “spontanée”, la réalité imposée par l’idéologie dominante […]. Le libéralisme peut ainsi se camoufler derrière le sociologisme. En même temps que l’opinion devient libérale elle est habilitée par la connaissance scientifique. Tout se passe comme si le fait de connaître scientifiquement l’opinion rendait l’opinion scientifique.

Julius Evola, Chevaucher le tigre

Venons-en maintenant au domaine social proprement dit. On ne peut pas, ici, ne pas tirer les conséquences du fait que toutes les unités organiques se sont dissoutes ou sont en voie de l’être : caste, lignage, nation, patrie, famille même. Là où ces unités n’ont pas, presque ouvertement, cessé d’exister, elles ne reposent plus sur une force vive rattachée à une signification, mais bien sur la simple force d’inerties. Nous l’avons déjà vu à propos de la personne : ce qui existe aujourd’hui, c’est essentiellement la masse instable des “individus” privés de liens organiques, masse contenue par des structures extérieures ou mue par des courants collectifs informes et changeants.

Juan Donoso Cortés, Théologie de l’histoire et crise de civilisation

L’homme a voulu être libre ? Il le sera. Il abhorre les liens ? Ils tomberont tous en poussière à ses pieds. Un jour, pour essayer sa liberté, il a voulu tuer son Dieu. Ne l’a-t-il pas fait ? Ne l’a-t-il pas crucifié entre deux voleurs ? Des légions d’anges sont-elles descendues du ciel pour défendre le juste mourant sur la terre ? Eh bien, pourquoi descendraient-elles aujourd’hui qu’il s’agit, non pas du crucifiement de Dieu, mais du crucifiement de l’homme par l’homme ? Pourquoi descendraient-elles aujourd’hui quand notre conscience nous crie si haut que, dans cette grande tragédie, personne ne mérite leur intervention, ni ceux qui doivent être les victimes, ni ceux qui doivent être les bourreaux ?

Ernest Hello, Le Jour du Seigneur

Après un tremblement de terre, les survivants se regardent avec étonnement. Mille sentiments, très serrés les uns contre les autres, surgissent en un instant sur le même point du temps et de l’espace. Voici l’une des expressions confuses, indéterminées, rapides et ardentes qui se font jour, dès que le jour devient possible, dans les âmes épouvantées : Comment vivrons-nous désormais ? Une immense catastrophe exige et promet quelque immense rénovation. Il semble impossible de suivre, après l’abîme, la route ancienne qui a mené à l’abîme. Les discours ont été inutiles. L’autorité des faits semble imposer une rénovation. L’esprit s’ouvre à la fois aux désespoirs les plus profonds et aux espérances les plus audacieuses. Tout est perdu, à moins que tout ne soit sauvé. Une seule chose paraît impossible, c’est la continuation du passé. Cette chose est précisément la seule qui se soit réalisée. Examinez les âmes ; examinez les livres ; examinez les journaux. Chacun pense ce qu’il pensait, chacun dit ce qu’il disait, chacun est ce qu’il était. Comme l’eau qui se referme, après l’immersion d’une pierre lancée et engloutie, la foule s’est refermée sur les événements avec indifférence. Elle n’a rien appris et rien oublié.

Ernst Jünger, Rivarol et autres essais

Le mot “conservateur” ne fait pas partie des vocables les plus heureux. Il recèle un caractère axé sur le temps et se propose de restaurer des formes et des situations devenues impossibles à maintenir. Aujourd’hui, le plus faible est a priori celui qui veut encore maintenir quelque chose. Voilà pourquoi il est bon de chercher à dissocier le mot de la tradition. Il s’agit plutôt de trouver, voire de retrouver ce qui fut et sera de tout temps à la base d’un ordre sain. Mais c’est là quelque chose d’extratemporel, auquel nulle régression ni progression ne mène. Les divers mouvements ne font que tourner autour. Seuls changent les moyen et les noms. En ce sens, il convient d’approuver la définition d’Albrecht Günther qui comprend pas l’esprit conservateur comme un “attachement à ce qui fut hier, mais comme une vie faite de ce qui à jamais valable”. Or seul peut être valable à jamais ce qui a été affranchi du temps. L’extratemporel revendique aussi son dû. Et alors, d’une façon néfaste, même quand on n’en tient pas compte. La volonté de maintenir ce qui est advenu inadmissible rend stérile la critique conservatrice qui est souvent alliée à la beauté et à l’acuité spirituelle. On pénètre dans les palais à demi écroulés, devenus inhabitables.

Thomas Molnar, La Contre-révolution

La psychanalyse, le marxisme, l’existentialisme, le structuralisme, ou bien réduisent l’homme à des éléments dans lesquels il ne se reconnaît plus lui-même, vers lesquels le sens du moi, la conscience, ne peuvent jeter aucun pont ou bien diminuent l’homme jusqu’à le dissoudre dans une structure indépendante de lui et qui le dépasse. L’entreprise radicalement terroriste dont il s’agit a commencé avec le marquis de Sade qui, incapable de s’attaquer à Dieu, a tenté de détruire son image dans ses créatures ; les descendants modernes de Sade ne font plus à Dieu ce compliment de l’attaquer directement, mais, toujours incapables de détruire l’homme, ils se rabattent sur les propres créations de l’homme, celles de sa raison : la philosophie, l’histoire, l’art et la littérature.

Antoine Blanc de Saint-Bonnet, De la Restauration française

Le mal est religieux, la révolution est religieuse, le remède est religieux, nous ne guérirons que religieusement.

Stepinac, Politique et religion, immanence et transcendance

La cause efficiente de la société est la nature politique de l’homme, intérieure à chaque membre de la cité, et s’actualisant d’une manière particulière, comme tenant lieu de volonté de tous les autres membres, dans les fondateurs de cités : le peuple reconnaît, dans le chef ou grand homme inspiré par un puissant charisme, l’actualisation et la conscience de soi, ou encore la personnification de la nature de la volonté commune à tous les hommes. La cause matérielle d’une société est l’existence d’un peuple, doté d’une identité nationale qui signe en lui la vocation d’une communauté de destin. Sa cause formelle est le régime qui la structure, ou encore l’immanence de l’institution étatique à toutes ses parties, immanence assurée par le fonctionnement des organes administratifs et par les lois.

Philippe Muray, Le XIXe siècle à travers les âges

Voilà la crise dans son ensemble et en détail : la volonté de chacun d’avoir des opinions, la décision de chaque sujet de se montrer indépendant, la libre pensée ne faisant jamais rien d’autre dans sa recherche de la liberté que remplacer l’ancienne religion par la superstition, c’est-à-dire des bouts de croyance choisis pour leur commodité subjective et remontés dans un ordre qui paraît naturel.

José Ortega y Gasset, La Révolte des masses

J’ai tenté d’esquisser un nouveau type d’homme qui prédomine aujourd’hui dans le monde ; je l’ai appelé l’homme-masse, et j’ai fait remarquer que sa principale caractéristique consiste en ce que, se sachant vulgaire, il proclame le droit à la vulgarité, et se défend de se reconnaître des instances supérieures.

Saint Jean Chrysostome, Homélie

Triste spectacle que celui de Jésus sur la croix ; pour vous en détourner et vous faire connaître la puissance du Crucifié, sur la croix même il fait ce miracle qui, plus que tout autre, était fait pour montrer l’étendue de sa puissance. Ce n’est pas en ressuscitant un mort, en commandant aux vents et à la mer, en chassant les démons, mais c’est crucifié, percé de clous, couvert d’outrages, de crachats, d’insultes et de honte, qu’il peut révoquer le jugement qui accablait le voleur. Afin que de toutes parts on vît sa puissance, il ébranla en même temps toute la création, il brisa les rochers, et l’âme du bon voleur, plus dure que la pierre, il l’attira, il la remplit d’honneur en lui disant : Aujourd’hui tu seras avec moi dans le paradis. Les chérubins sans doute gardaient le paradis, mais il est le maître des chérubins ; ils y faisaient tournoyer le glaive de feu, mais il a tout pouvoir sur le feu et sur l’enfer, sur la vie et sur la mort. Sans doute aucun roi n’a jamais permis à un voleur ou à l’un de ses serviteurs de s’asseoir à ses côtés lorsqu’il fait son entrée dans sa capitale. Mais le Christ l’a fait : en entrant dans la sainte Patrie, il y introduit un voleur à ses côtés, et ce n’est pas déshonorer le paradis ni le souiller, c’est l’honorer, car c’est une gloire pour le paradis d’avoir un maître qui puisse rendre un voleur digne du bonheur qu’on y goûte. Lorsqu’il introduisait les publicains et les prostituées dans le royaume des cieux, ce n’était pas non plus un déshonneur, c’était une gloire pour le royaume, car il montrait ainsi que le maître du royaume des cieux était si puissant qu’il pouvait changer les publicains et les pécheresses au point de les rendre dignes d’une telle gloire et d’une telle récompense. Nous admirons surtout un médecin lorsque nous le voyons rendre la santé à des hommes souffrant de maladies incurables. Il est donc juste d’admirer le Christ quand il guérit des plaies incurables, quand il ramène le publicain et la prostituée à une telle santé spirituelle qu’alors ils paraissent dignes du ciel.

Carl Schmitt, La Notion de politique

Ce serait une stupidité de croire qu’un peuple sans défense n’aurait que des amis, et il serait bas et malhonnête de compter que l’ennemi se laisserait peut-être attendrir par la non-résistance. Personne n’ira croire que les hommes puissent, par exemple, changer le monde et y créer une situation de moralité pure en renonçant à toute productivité esthétique ou économique ; combien moins encore un peuple renonçant à toute décision politique saurait-il placer l’humanité dans une situation où régnerait la moralité pure ou l’économie pure. Qu’un peuple n’ait plus la force ou la volonté de se maintenir dans la sphère du politique ce n’est pas la fin du politique dans le monde. C’est seulement la fin d’un peuple faible.

Georges Sorel, Réflexions sur la violence

Les socialistes ont longtemps eu de grands préjugés contre la morale, en raison de ces institutions catholiques que de grands industriels établissaient chez eux ; il leur semblait que la morale n’était, dans notre société capitaliste, qu’un moyen d’assurer la docilité des travailleurs maintenus dans l’effroi que crée la superstition. La littérature dont raffole la bourgeoisie depuis longtemps décrit des mœurs si déraisonnables, ou même si scandaleuses, qu’il est difficile de croire que les classes riches puissent être sincères quand elles parlent de moraliser le peuple.

Andreï Tarkovski, Le Temps scellé

La fonction de l’art n’est pas, comme le croient même certains artistes, d’imposer des idées ou de servir d’exemple. Elle est de préparer l’homme à sa mort, de labourer et d’irriguer son âme, et de la rendre capable de se retourner vers le bien.

Abbé Victor-Augustin Vié, Panégyrique (8 Mai 1886)

Quand une âme doit s’élever au-dessus du vulgaire, Dieu lui donne d’abord, comme deux ailes, la simplicité et la pureté : c’est le premier trait qu’il dessine, et déjà l’esquisse est digne de l’artiste divin. Pour faire un chef- d’œuvre, il prend d’abord ce que Bossuet appelle un cœur vierge, ce qu’il compare à une glace parfaitement nette, à un diamant sans tache, à une fontaine limpide, à un miroir qui réfléchit le ciel. Mais cette pureté n’est pas encore la beauté. Ce n’est pas le prisme qui est beau, c’est la lumière qui se décompose en le traversant ; ce n’est pas le lac, c’est le ciel sans nuage qui s’y reflète ; ce n’est pas le vase d’albâtre, c’est la flamme intérieure qui brille à travers ses parois transparentes. Quand une âme est pure, allumez en elle un grand amour qui l’embrase et la fasse resplendir, et vous aurez la première apparition de la beauté morale.

Tertullien, La Chair du Christ

Pourquoi le Fils de Dieu est-il né d’une Vierge ? Il fallait un mode tout nouveau de naissance à celui qui allait consacrer un nouvel ordre de naissance. Isaïe avait prophétisé que le Seigneur annoncerait cette merveille par un signe. Quel signe ? « Voici qu’une vierge va concevoir et enfanter un fils. » Oui, la Vierge a conçu et enfanté l’Emmanuel, Dieu avec-nous (Is 7,14 ; Mt 1,23). Le voilà, ce nouvel ordre de naissance : l’homme naît en Dieu parce que Dieu naît en l’homme ; Dieu se fait chair pour régénérer la chair par la semence nouvelle de l’Esprit et laver toutes ses souillures passées. Tout cet ordre nouveau a été préfiguré dans l’Ancien Testament, car dans le dessein divin le premier homme est né pour Dieu par l’intermédiaire d’une vierge. En effet, la terre était encore vierge, le travail de l’homme ne l’avait pas touchée, la semence n’y avait pas été jetée, quand Dieu la pris pour en façonner l’homme et en faire « un être vivant » (Gn 2,5-7). Si donc le premier Adam a été formé de la terre, il est juste que le second, celui que l’apôtre Paul appelle « le nouvel Adam » soit lui aussi tiré par Dieu d’une terre vierge, c’est-à-dire d’une chair dont la virginité demeurait inviolée, pour devenir « Esprit qui donne la vie » (1Co 15,45). Quand il a voulu recouvrer « son image et sa ressemblance » (Gn 1,26) tombée au pouvoir du démon, Dieu a agi de la même façon qu’au moment où il l’avait créé. Ève était encore vierge quand elle a accueilli la parole qui allait produire la mort ; c’était donc aussi dans une vierge que devait descendre la Parole de Dieu qui allait élever l’édifice de la Vie.

Georges Vacher de Lapouge, L’Aryen, son rôle social

Le Juif est de nature incapable de travail productif. Il est courtier, spéculateur, il n’est pas ouvrier, pas agriculteur. Organisé pour s’emparer habilement du fruit du travail d’autrui, le Juif ne peut exister sans une population bien plus nombreuse d’inférieurs qui sèment, récoltent, tissent et construisent pour lui. […] Chez nous plus que partout il faut comparer le nombre des Juifs à celui des bourgeois et non à celui de l’ensemble de la population. Ce qui tend sans cesse à faire exagérer encore l’importance si grande de l’élément juif, comme de l’élément protestant c’est qu’on oublie qu’ils représentent des état-majors sans soldats.

Max Weber, Le Savant et le Politique

Abraham ou les paysans d’autrefois sont morts “vieux et comblés par la vie” parce qu’ils étaient installés dans le cycle organique de la vie, parce que celle-ci leur avait apporté au déclin de leurs jours tout le sens qu’elle pouvait leur offrir et parce qu’il ne subsistait aucune énigme qu’ils auraient encore voulu résoudre. Ils pouvaient donc se dire “satisfaits” de la vie. L’homme civilisé au contraire, placé dans le mouvement d’une civilisation qui s’enrichit continuellement de pensées, de savoirs et de problèmes, peut se sentir “las” de la vie et non pas “comblé” par elle. En effet il ne peut jamais saisir qu’une infime partie de tout ce que la vie de l’esprit produit sans cesse de nouveau, il ne peut saisir que du provisoire et jamais du définitif. C’est pourquoi la mort est à ses yeux un événement qui n’a pas de sens.

Jacques-Bénigne Bossuet, Sermon pour le jour de Pâques

Faites-moi venir un philosophe, un Socrate, un Aristote, qui vous voudrez : il vous dira que la vertu ne consiste pas dans un sentiment passager, mais que c’est une habitude constante et un état permanent. Que nous ayons une moindre idée de la vertu chrétienne, et qu’à cause que Jésus-Christ nous a ouvert dans les sacrements une source inépuisable pour laver nos crimes ; plus aveugles que les philosophes qui ont cherché la stabilité dans la vertu, nous croyons être chrétiens lorsque nous passons toute notre vie dans une inconstance perpétuelle ; aujourd’hui dans les eaux de la pénitence et demain dans nos premières ordures ; aujourd’hui à la sainte table avec Jésus-Christ et demain avec Bélial et dans toute la corruption passée : peut-on déshonorer davantage le christianisme, et n’est ce pas faire de Jésus-Christ même, chose abominable, un défenseur des mauvaises habitudes ? Ce n’est pas ainsi qu’il a parlé des rechutes, lui qui trouvant l’arbre cultivé et toujours infructueux, s’étonne de le voir encore sur la terre et prononce qu’il n’est plus bon que pour le feu. Quel effet attendez-vous de vos confessions stériles ? Ne voyez-vous pas que vous vous trompez vous-mêmes ; et qu’ennemis non pas du péché, mais du reproche de vos consciences qui vous inquiète, c’est de cette inquiétude, et non du péché, que vous voulez vous défaire ; de sorte que le fruit de vos pénitences, c’est d’étouffer le remords et de vous faire trouver la tranquillité dans le crime ?

Jean-Jacques Stormay, Le combat d’aujourd’hui et l’État de demain

Nous n’oublions pas les injonctions de Pie VI qui, dans « Pastoralis sollicitudo », invitait les catholiques à obéir au Directoire ploutocratique et jacobin, en renonçant à la lutte héroïque des Vendéens et des Chouans. Nous n’oublions pas la mauvaise foi assumée, la duplicité profonde du cardinal Maglione (secrétaire d’État de Pie XII) chargé en 1941 par le Vatican – ainsi, sans aucun doute, par Pie XII lui-même – d’aller porter la « bonne » parole aux États-Unis afin de lever la réticence des catholiques états-uniens – non oublieux de la condamnation (« Divini Redemptoris » de 1937) du communisme intrinsèquement pervers – à lutter avec les Soviétiques contre l’Allemagne national-socialiste. Le mitré excipait, pour mener à bien son entreprise, du fait que les Américains lutteraient avec les Russes et non avec des Soviétiques, comme si la différence, en ces circonstances, était autre que verbale ; on doit donc comprendre que le Vatican tenait pour plus proche de la doctrine du Christ l’alliance des judéo-bolcheviques staliniens et des judéo-anglo-saxons francs-maçons que le national-socialisme qui jamais ne remit en cause la non-séparation, en Allemagne, de l’Église et de l’État, qui interdit l’avortement, ferma les loges maçonniques (même la « Thulegesellschaft »), dénonça les méfaits de l’esprit jacobin et de la démocratie par essence toujours ploutocratique, lutta efficacement contre la synagogue de Satan et faillit bien libérer le monde de l’emprise communiste. Interdire aux catholiques de faire de la politique sans demander leur avis aux clercs, c’était oublier l’enseignement de saint François-Xavier rappelant, avec l’autorité que donne l’expérience, qu’un prince chrétien est plus efficace qu’une cohorte de missionnaires en terre hostile. Les forces de l’Axe ont plus fait pour le catholicisme que toutes les manœuvres démocrates-chrétiennes réunies, parce qu’elles ont pour l’essentiel restauré l’ordre naturel, condition d’épanouissement du surnaturel. Le national-socialisme fut « la réponse chrétienne à 89 », comme le rappela Franz von Papen. Les fascismes (le national-socialisme pouvant être tenu pour un fascisme allemand) étaient anticommunistes, anti-francs-maçons et antijuifs – par là ennemis implacables du mondialisme satanique -, antidémocrates, antimatérialistes, antilibéraux ; leurs ennemis étaient ceux de l’Église. Ils demandaient seulement à l’Église de ne pas s’occuper de trop près des affaires politiques, et ainsi que fût rendu à César ce qui appartenait à César. Mais les hommes d’Église leur ont préféré les « Alliés » anglo-saxons, parce que ces derniers n’entretenaient pas avec le Vatican les relations tendues qui subsistaient entre lui et les forces de l’Axe. Depuis, on a eu la montée inexorable du mondialisme satanique cautionné religieusement par Vatican II. Mais les ecclésiastiques (même hostiles à Vatican II) ne font nullement amende honorable et continuent de prêcher dans la ligne d’une Action catholique théocratique. Le fascisme fut la dernière manifestation de vitalité de l’Europe chrétienne capable de restituer à l’Europe la place qui lui revient naturellement dans le monde, à savoir la première. On ne réforme pas l’État par une morale qui viendrait d’en bas, du peuple catéchisé, pour remonter vers les dirigeants ; on réforme la morale du peuple, la « Sittlichkeit », d’abord par l’autorité de l’État et par les lois qu’il promulgue ; il en est ainsi parce que, le bien commun étant raison du bien particulier, la Politique, science architectonique, est ratio essendi de la Morale ; telle est la doctrine d’Aristote assumée par celui dont l’Église fit le « docteur commun ».

Juan Donoso Cortès, Discours sur la Bible

Il y a dans l’homme trois sentiments poétiques par excellence : l’amour de Dieu, l’amour de la femme et l’amour de la patrie : le sentiment religieux, le sentiment humain, le sentiment politique. Partout où la connaissance de Dieu s’obscurcit, partout où le visage de la femme est couvert d’un voile, partout où les nations sont esclaves, la poésie est une flamme qui s’éteint faute d’aliment. Là, au contraire, où Dieu est connu, où la femme est respectée, où le peuple est libre, la poésie a de chastes roses pour la femme, des palmes glorieuses pour les nations, des ailes splendides pour s’élever aux plus hautes régions des cieux.

Tertullien, Apologétique

Mais enfin, dira-t-on, le Christianisme est-il bon par cela qu’il attire à lui la multitude ? Combien d’hommes se tournent vers le mal ! Que de transfuges de la vertu ! – Qui le conteste ? Mais cependant parmi ceux mêmes que le vice précipite, il n’en est pas un qui ose le donner pour la vertu. La nature a répandu sur toute espèce de mal la crainte ou la honte. Le méchant cherche les ténèbres ; découvert, il tremble ; accusé, il nie ; sous les instruments qui le torturent, il n’avoue ni facilement, ni toujours ; condamné, il s’attriste, il se tourne contre lui-même ; les emportements et les égarements des passions, il les impute à la fatalité, à son étoile, parce qu’il ne veut point accepter comme venant de lui le mal qu’il reconnaît. A-t-on jamais rien vu de semblable parmi les Chrétiens ? Pas un qui rougisse, pas un qui se repente, sinon de n’avoir pas toujours été Chrétien. Dénoncé, il s’en fait gloire ; accusé, il ne se défend pas ; interrogé, il confesse hautement ; condamné, il rend grâces. Étrange espèce de mal qui n’a aucun des caractères du mal, ni crainte, ni honte, ni détours, ni regret, ni repentir ; singulier crime, dont le prétendu coupable se réjouit, dont l’accusation est l’objet de ses vœux, le châtiment son bonheur.

Pierre Drieu la Rochelle, Notes pour comprendre le siècle

Quand la société s’éloigne de la guerre, toute passion et singulièrement tout amour meurt bientôt. Qu’est-ce qu’un amant qui ne peut plus tuer son rival et que son rival ne peut pas tuer ? Qu’est ce qu’un homme qui n’est pas plus fort que la femme, qui n’est pas promis à des épreuves plus fortes ? Comment une femme peut-elle supporter encore l’enfantement si son mari ne supporte pas le combat ? L’homme n’étant plus occupé par la guerre fait trop l’amour, il se fatigue, il devient passif. Inverti avec la femme, il peut aussi bien l’être avec l’homme. Et la femme caressant l’homme peut aussi bien caresser la femme. Si l’homme ne risque pas sa vie dans le combat, il ne risquera bientôt plus sa vie dans la paternité. Car faire un enfant, c’est à demi mourir, c’est à demi s’effacer, c’est mutiler à jamais son égoïsme. Rousseau, un des premiers égotistes, l’avait bien compris qui mit ses enfants à la fourrière. À partir du moment où l’homme ne risque plus la mort, il ne peut plus croire dans les dieux, car ils représentent le sentiment de la vie affrontant la mort et la surmontant. L’homme en perdant le sens de la gloire perd le sens de l’immortalité et en perdant le sens de l’immortalité il perd celui de la divinité. Mais si la divinité meurt, la nature ternit et la chose humaine imperceptiblement dépérissante devient fastidieuse.

Jean-Jacques Stormay, Abécédaire mal-pensant

Toute notre vie se passe à apprendre à mourir, à nous disposer à bien mourir, à apprendre à faire le bon choix dans l’instant de la mort. Si l’essentiel de la vie est dans l’acte de mourir, c’est, encore une fois, parce que la vie a en soi-même la structure d’une victoire sur la mort qu’à ce titre elle plébiscite. Mais mourir est renoncer à soi, se conquérir dans l’acte de se quitter, et cela s’apprend tout au long de la vie, et cet exercice s’appelle opportunément l’ascèse. Mais on ne s’arrache aux biens finis que si l’on est capable de les aimer, de sorte que le Paradis appartient aux Violents, aux grands amoureux de la vie, à ceux qui savent aimer le monde pour s’en détacher, car c’est à l’énergie investie dans les désirs du monde que le désir de le quitter puise sa vitalité, sa vertu de revenir sur soi pour s’élancer plus haut. Il faut bien aimer les choses terrestres ; les tressaillements de la chair, l’ambition et la gloire, la science et la joie de vaincre, l’ivresse du combat et le repos des guerriers pour savoir les offrir en les crucifiant. Cela dit, la Providence nous aide en nous ménageant des croix, parce que nous sommes trop enclins à nous reposer dans la réitération du désir du fini, et le grand art du souci d’être heureux, c’est évidemment de savoir les accepter. Chaque croix est comme une anticipation de la mort, une manière pour le voyage de relancer son désir d’avancer en faisant se préfigurer, dans les moments de la vie, le contenu de son terme. Et en cela il est permis de comprendre que la souffrance a un sens, une signification et une direction, une raison d’être qui la rend bienheureuse parce que rationnelle. La grande tentation de l’esprit humain, c’est de remettre en cause le bien-fondé de l’acte de vivre en s’achoppant à l’expérience du mal, non seulement du mal moral dont on sait au fond qu’il est notre fait et non celui de Dieu, mais du mal dont on peut se croire innocent, et dont on est parfois innocent en tant qu’individu. Et c’est cette tentation qui, en dernier ressort, constitue le principal obstacle au désir qui est un devoir d’être heureux.

Saint Augustin, Sermon

Ce n’est pas sans raison que Jésus, la Vie, est allée à la mort. Ce n’est pas sans raison que la Source de vie boit ce calice qu’elle ne méritait pas. Car le Christ ne méritait pas de mourir. D’où vient la mort ? Cherchons son origine. Le père de la mort, c’est le péché. Si le péché n’avait pas existé, personne ne mourrait. Lorsque le premier homme reçut la loi de Dieu, le commandement de Dieu, ce fut avec cette condition qu’il vivrait s’il l’observait, qu’il mourrait s’il le méprisait. Mais, s’imaginant qu’il ne mourrait pas, il fit ce qui méritait la mort, et il s’aperçut que Celui qui lui avait donné sa loi avait dit vrai. Ce fut l’origine de la mort, de notre condition mortelle, de nos peines, de notre misère, enfin de cette seconde mort qui suit la première, c’est-à-dire de la mort éternelle après la mort temporelle. Donc, tout homme qui vient au monde est déjà astreint à subir la mort, sujet des lois de l’enfer, mais pas tout homme, cependant ; il est une exception : Celui qui s’est fait homme afin que l’homme ne périsse pas. Celui-là, quand il vint au monde, n’était pas astreint à subir la mort. C’est pourquoi il est écrit dans le psaume : libre entre les morts. Celui-là fut conçu en dehors des désirs de la chair par une vierge, fut enfanté par une vierge qui resta vierge. Il vécut sans péché, il n’est pas mort à cause de son péché, car il a participé à notre châtiment, non à notre péché. Le châtiment du péché, c’est la mort. Le Seigneur Jésus-Christ est venu pour mourir, non pour pécher ; en prenant part, quoique innocent, à notre châtiment, il nous a délivrés à la fois du péché et du châtiment. De quel châtiment nous a-t-il délivrés ? De celui qui nous était dû après la vie présente. Il a donc été crucifié pour rendre manifeste, sur la croix, la destruction du vieil homme pécheur, ensuite il est ressuscité pour rendre manifeste par sa vie le renouvellement de notre vie. C’est ce que nous enseigne l’Apôtre : Il a été livré pour nos péchés et il est ressuscité pour notre justification.

Stepinac, Écrits de Paris (n°777, juillet 2014)

L’une des vraies raisons des mesures de laxisme moral (avortement généralisé, euthanasie, « mariage » entre invertis, libéralisation de certaines drogues, etc.) favorisées par les États aujourd’hui consiste peut-être en ceci : constatant que l’excitation consumériste est incapable désormais d’élever le niveau de vie matérielle du plus grand nombre, les États se savent impuissants à endormir la pulsion égalitaire insurrectionnelle qui couve dans les sociétés consuméristes, de sorte que ces États retardent les effets de cette pulsion égalitaire en tentant de la noyer dans des dispositions sociétales hédonistes non marchandes.

Maurice Bardèche, Défense de l’Occident (Février 1954)

Ceux que le train de ce monde ne satisfait pas, s’ils sont sincères et s’ils refusent de se taire, s’ils refusent aussi de s’affilier à quelque jésuitière tutélaire, il ne leur reste qu’à s’engager dans ces légions maudites qui furent de tous temps le dernier refuge de la liberté. Qu’ils sachent alors qu’ils parleront pour la justice et la vérité, mais qu’ils parleront devant des portes closes, comme des mendiants auxquels on n’ouvre pas. […] Qu’ils sachent qu’ils n’auront droit ni à la publicité polie qui récompense les carrières décentes, ni à cet avancement qu’on reçoit à l’ancienneté à force de modestie et de soumission. Qu’ils sachent qu’ils seront pauvres. Qu’ils sachent qu’ils seront seuls. […] Qu’ils sachent tout cela, et qu’ils se lèvent : car tout ce qui a été fait en ce monde a été fait par eux.

Martin Lings, Croyances anciennes et superstitions modernes

Le monde d’aujourd’hui est un chaos d’opinions et d’aspirations désordonnées : le soi-disant « monde libre » est un chaos fluide ; la partie totalitaire du monde moderne est un chaos rigide. Par opposition, le monde ancien constituait toujours un ordre, c’est-à-dire une hiérarchie de concepts, chacun au niveau qui lui est propre. Le chaos a été provoqué, nous l’avons vu, par le « télescopage » humaniste de la hiérarchie jusqu’au niveau psychique, et par l’intrusion, dans les considérations terrestres, d’aspirations vers l’autre monde, frustrées et perverties. L’homme, en raison de sa véritable nature, ne peut pas ne pas adorer ; si sa perspective est coupée du plan spirituel, il trouvera un « dieu » à adorer à un niveau inférieur, dotant ainsi quelque chose de relatif ce qui seul appartient à l’Absolu. D’où l’existence aujourd’hui de tant de « mots tout-puissants » comme « liberté », « égalité », « instruction », « science », « civilisation », mots qu’il suffit de prononcer pour qu’une multitude d’âmes se prosterne en une adoration infra-rationnelle. Les superstitions de la liberté et de l’égalité ne sont pas seulement le résultat mais aussi, en partie, la cause du désordre général, car chacune, à sa manière, est une révolte contre la hiérarchie ; et elles sont d’autant plus pernicieuses qu’elles sont des perversions de deux des élans les plus élevés de l’homme. Corruptio optimi pessima, la corruption du meilleur est la pire ; mais il suffit de rétablir l’ordre ancien, et les deux idoles en question s’évanouiront de ce monde (laissant ainsi la place aux aspirations terrestres légitimes vers la liberté et l’égalité) et, transformées, reprendront leur place au sommet même de la hiérarchie.

Louis Salleron, La nouvelle messe

On aurait pu penser que l’influence soviétique et l’influence américaine se neutraliseraient partiellement, tant apparemment sont opposées l’URSS et les USA. Mais l’opposition est plutôt une rivalité et qui porte sur les formes de la vie politique et économique. Certes on ne peut identifier les deux pays, mais leur philosophie profonde est la même, en ceci du moins que c’est un humanisme démocratique. Humanisme athée en URSS, humanisme déiste aux USA, mais Pascal déjà noté la ressemblance qui existe entre l’athéisme et un déisme sans dogme. En faite, entre le matérialisme proclamé de l’athéisme soviétique et le matérialisme latent du déisme américain, il y a des affinités profondes. Le commun dénominateur de leur religion respective est un anthropocentrisme (l’homme au centre de tout) caractérisé qui est, lui, en opposition radicale avec le théocentrisme (Dieu au centre de tout) du catholicisme. Une même doctrine de l’immanence sous-tend cet anthropocentrisme face au transcendantalisme chrétien. Teilhard de Chardin symbolise bien la convergence des courants soviétiques et américains. Son monisme immanentiste (le monde est un tout, chacun pense les choses comme il les ressent) s’accorde avec l’athéisme des un et le déisme des autres. Il suffit de changer l’étiquette du flacon pour que le contenu en soit acceptable aux et aux autres. Et ce contenu, à cause de l’étiquette originelle de l’auteur, semble convenir aux catholiques eux-mêmes. Telle est la confusion dans laquelle nous baignons.

Jaime Semprun, L’abîme se repeuple

Parmi les choses que les gens n’ont pas envie d’entendre, qu’ils ne veulent pas voir alors même qu’elles s’étalent sous leurs yeux, il y a celles-ci : que tous ces perfectionnements techniques, qui leur ont si bien simplifié la vie qu’il n’y reste presque plus rien de vivant, agencent quelque chose qui n’est déjà plus une civilisation ; que la barbarie jaillit comme de source de cette vie simplifiée, mécanisée, sans esprit ; et que parmi tous les résultats terrifiants de cette expérience de déshumanisation à laquelle ils se sont prêtés de si bon gré, le plus terrifiant est encore leur progéniture, parce que c’est celui qui en somme ratifie tous les autres. C’est pourquoi, quand le citoyen-écologiste prétend poser la question la plus dérangeante en demandant : « Quel monde allons-nous laisser à nos enfants ? » il évite de poser cette autre question, réellement inquiétante : « À quels enfants allons-nous laisser le monde ? »

Jean Baudrillard, Le crime parfait

Avec la Réalité Virtuelle et toutes ses conséquences, nous sommes passés dans l’extrême de la technique, dans la technique comme phénomène extrême. Au-delà de la fin, il n’y a plus de réversibilité, ni de traces, ni même de nostalgie du monde antérieur. Cette hypothèse est bien plus grave que celle de l’aliénation technique, ou de l’arraisonnement heideggerien. C’est celle d’un projet de disparition irréversible, dans la plus pure logique de l’espèce. Celle d’un monde absolument réel, où nous aurions succombé à la tentation de ne pas laisser de traces.

Maurice Barrès, Mes cahiers

J’aime : la beauté, la grâce, la sainteté, le génie, l’héroïsme, et comme je sais bien qu’ils ne naissent pas tout seuls, j’aime les ordres religieux, l’armée, les églises, ce qui est générateur, ce qui encadre.

Édouard Berth, Les Méfaits des intellectuels

Le peuple, comme l’aristocratie, est une réalité historique, une réalité charnelle ; ce n’est pas l’Idée pure qui le constitue, mais le sang, mais des traditions, mais la race, toutes choses physiques et non intellectuelles.

Gustave Thibon, L’ignorance étoilée

On m’accusera de pessimisme. Je répète que je suis un de ces attardés qui croient encore au péché originel. Je n’ai pas même besoin d’y croire : l’évidence dispense de la foi. Mais la rédemption ? J’y crois davantage encore, car si le péché vient de l’homme, la rédemption vient de Dieu. Mais là, j’ai vraiment besoin de me cramponner à la foi pour ne pas être emporté par le torrent de l’évidence. Car, au niveau des apparences, la balance n’est pas égale entre le péché et la rédemption. Le péché est un mal dont les ravages s’exercent sur tous les hommes et éclatent à tous les regards. Tandis que les bienfaits de la rédemption restent dans une large mesure virtuels pour la très simple raison que l’immense majorité des hommes néglige ou refuse de les recevoir. Il ne suffit pas qu’un remède soit infaillible et universel, il faut encore que les malades s’avisent d’y recourir. C’est dans ce sens que Léon Bloy parlait de la « faillite apparente de la rédemption ».

Stepinac, Politique et religion, immanence et transcendance

Nous croyons que les six millions de victimes juives, les chambres à gaz homicides, la supposée Shoah par balles et la décision d’exterminer le peuple juif relèvent du mythe savamment élaboré par les puissances politiques qui y avaient intérêt, à savoir d’abord le communisme international, à l’époque soutenu par l’Union soviétique, ensuite les stratèges états-uniens soucieux de se disculper de leurs propres crimes de guerre, enfin la cause sioniste et les mondialistes qui ne sont pas tous juifs mais qui, tous, ont stratégiquement intérêt à favoriser l’hégémonie internationale du judaïsme, fût-ce pour se le subordonner et, en dernier ressort, le trahir (ce qui n’arrachera de larmes à personne) ; nous croyons même que ce mythe est tellement en phase avec la théologie juive et la manière dont les Juifs définissent leur vocation planétaire que l’argumentaire révisionniste en gagne, pour le non-spécialiste, et en dehors des raisons intrinsèques en droit suffisantes de l’école révisionniste, une grande crédibilité. Les Juifs, constitués en peuple à partir d’Abraham à la descendance duquel s’agrégèrent maints rameaux divers, providentiellement destinés à préfigurer l’Église afin de préparer l’avènement du Sauveur, ont trahi leur vocation en Le crucifiant et n’ont eu de cesse d’attaquer l’Église qui, selon la théologie catholique de la substitution, les considère comme autant de chrysalides insurgées contre leur Vocation de papillons, ainsi insurgées contre elles-mêmes, par là contre le monde entier. Ce faisant, les Juifs en sont venus, se trahissant eux-mêmes, à se définir, intégrant une métaphysique gnostique à l’origine anti-judaïque mais adaptée aux besoins de leur cause, telle l’immanence de Dieu dans l’Histoire, la conscience de soi de Dieu dans l’homme, ainsi la conscience de soi du genre humain consubstantiel à Dieu, mais plus particulièrement, par ordre de priorité ontologique et chronologique, dans le Juif qui, sous la caution d’un tel privilège, se veut le grand activateur de la fin de l’Histoire qui verra, dans sa perspective, l’avènement du royaume de Dieu sur Terre. La chose était prévisible : une médiation entre Dieu et l’homme ne peut réussir qu’en étant initiée par Dieu, de sorte que le refus juif du Médiateur divin conduit, par une nécessité logique, soit à l’absence de toute médiation consommée en athéisme, soit à la déification des opérateurs de ce refus afin de faire d’eux les « vrais » médiateurs et c’est à cela qu’ils s’emploient depuis deux mille ans. La pauvreté culturelle intrinsèque et la faiblesse démographique des Juifs les condamnèrent, pour parvenir à dominer, à rompre de manière systématique les peuples chrétiens et tous les peuples païens dont le respect de l’ordre naturel les prédisposait à devenir chrétiens, à exciter leurs vices, à exacerber leurs contradictions. Le Juif est congénitalement le grand chambardeur de l’Histoire, le principe théologique de la déconstruction de tout ordre afin de lui substituer un ordre juif, le Messie collectif faisant advenir la déification du genre humain. Il est paraît-il aujourd’hui interdit de dire et même de penser ces choses toutes simples que tout le monde sait ou pressent, et que le Juif sait plus que tout autre. Le Juif meurt au Golgotha d’Auschwitz et ressuscite en Israël, ayant par sa « passion » (le mot est d’Emmanuel Levinas) racheté le genre humain désormais commis à l’adoration du Juif christique que le Goï a vocation à servir. Il nous paraît pour le moins vital de rappeler ces choses qui sont l’enseignement même du Juif et qui permettent de comprendre l’état du monde actuel, par là de discerner les raisons – à tout le moins certaines raisons – de ses dysfonctionnements létaux. Procéder à ces rappels relèverait de l’antisémitisme. Ainsi donc devons-nous confesser que, selon cette acception, nous sommes effectivement antisémite, en ce sens que nous réprouvons la vision juive du monde, et que nous tenons au moins certains Juifs pour responsables de la concrétisation historique de cette vision du monde ; et il nous parait à la fois juste moralement et opportun prudentiellement de tenir tous les Juifs se revendiquant tels pour objectivement solidaires des manœuvres de leurs représentants. […] En nous déclarant solidaire du révisionnisme historique et de l’antisémitisme catholique, nous ne faisons que souscrire à l’obligation morale de professer publiquement notre foi religieuse, selon les exigences de l’esprit apostolique auquel elle nous soumet. Et il nous semble que si tous les Réprouvés de notre temps, calmement, sans esprit de provocation, avaient la simplicité de confesser la vérité publiquement sur ce point – à commencer par les autorités ecclésiastiques dont nous dépendons et qui sont supposées enrayer les ravages du modernisme – cette confession aurait quelque chance de faire s’incarner politiquement nos idées dans l’Histoire.

Chanoine Lionel Groulx, Faites-nous des hommes

L’un des phénomènes les plus affligeants de notre monde chrétien, c’est le rétrécissement indéfini, le recul effroyable des frontières de la sainteté. Autrefois on la croyait accessible à tout le monde ; on la croyait le devoir, l’aspiration obligatoire de tout chrétien. Aujourd’hui l’on ne sait plus à qui la réserver. La sainteté n’est pas le privilège nobiliaire d’une caste chrétienne. Elle est la vocation normale de tout chrétien. Vous saurez donc ne la pas sous-estimer. Le saint est un héros, le plus grand des héros. L’homme qui a dit à tout son être, à toutes ses puissances, à toutes ses passions frémissantes : « Vous n’accepterez qu’une loi : la loi de l’ordre, de la raison, de la foi » ; l’homme qui a dit aux prestiges du monde : « Vous ne m’aurez pas ; vous ne m’arracherez aucune capitulation, aucune bassesse », celui-là est un héros sans égal. Le saint est aussi le héros le plus bienfaisant. Ouvrez l’histoire. Quand au fond des âmes, au fond d’une époque, vous apercevrez un sillage profond, lumineux, réconfortant, c’est qu’un saint a passé là.

Tertullien, Apologétique

Le Dieu que nous adorons est un Dieu unique, dont la parole qui commande, dont la sagesse qui dispose, dont la force qui produit, a tiré du néant le monde et les éléments, les corps et les esprits, pour être l’ornement de sa grandeur. Dieu est invisible, quoiqu’il se manifeste partout ; insaisissable, quoique sa grâce nous le représente ; incompréhensible, quoique l’intelligence humaine s’élève jusqu’à lui. Par là même se prouvent sa vérité et sa grandeur ; car ce qu’on peut voir à la manière ordinaire, ce qu’on peut comprendre et saisir, est inférieur à l’œil qui voit, à la main qui touche, à la raison qui comprend ; mais ce qui est immense ne peut être parfaitement connu que de soi-même. Rien ne donne une idée plus magnifique de Dieu que l’impuissance où nous sommes de le concevoir. Son essence, qui ne connaît point de bornes, le découvre et le cache tout à la fois aux regards des hommes ; aussi leur plus grand crime, c’est de ne pas vouloir reconnaître celui qu’il est impossible d’ignorer.

Joseph Goebbels, Combat pour Berlin

Le nationalisme est une question d’actes, non de mots. Les défenseurs spirituels de cette cause doivent se garder de dépérir dans les discussions académiques. Nous ne sommes pas là pour égaler le style brillant des sociologues juifs et leurs feux d’artifice verbaux. Le nationalisme peut utiliser ces méthodes en cas d’urgence et de besoin ; mais cela ne doit jamais devenir pour lui un but en soi.

Robert Aron et Arnaud Dandieu, La Révolution nécessaire

Quand l’ordre n’est plus dans l’ordre, il faut qu’il soit dans la révolution. Et la seule révolution que nous envisageons est la révolution de l’ordre.

Léon Bloy, L’invendable

Essayez de vous représenter un homme d’action, une espèce d’explorateur en partance. La force de sa parole a suscité quelques enthousiastes qui ont décidé de le suivre. Le commencement du voyage est un triomphe. Pluie de fleurs, acclamations, délire de la multitude. Dans les villes et dans les villages on pavoise, on illumine, on régale les audacieux. Les campagnes même sont en ribote sur leur passage. Pourtant l’allégresse diminue bientôt. On entre dans des pays nouveaux qui ne savent rien, qui ne comprennent rien et qui s’en fichent. Quelquefois aussi les voyageurs excitent la défiance. Le désir passionné du OUI ou du NON évangéliques, exclusifs de toute autre forme du discours, n’est certes pas une recommandation. Insensiblement les victuailles et les vins fins sont remplacés par les épluchures, et le contenu des pots de chambre succède aux fleurs. L’enthousiasme des compagnons est déjà tout à fait éteint. Plusieurs se sont éloignés sous divers prétextes et ne sont pas revenus. Les rares fidèles, à leur tour, cherchent le moyen de fuir, sans trop de déshonorer. On n’avait pas prévu qu’il y aurait à souffrir. Toutefois on se résigne encore par pudeur ou par orgueil. Aussi longtemps qu’il y aura des habitations humaines et des hommes bons ou mauvais, avec un peu d’énergie, le voyage pourra être supporté. Mais voici que les unes et les autres se clairsèment. On entre dans le désert, dans la solitude. Voici le Froid, les Ténèbres, la Faim, la Soif, la Fatigue immense, la tristesse épouvantable, l’Agonie, la Sueur de sang… Le téméraire cherche ses compagnons. Il comprend alors que c’est le bon plaisir de Dieu qu’il soit seul parmi les tourments et il va dans l’immensité noire, portant devant lui son cœur comme un flambeau.

Jean-Jacques Stormay, Le combat d’aujourd’hui et l’État de demain

Que celui qui n’avance pas recule : on ne peut stagner sans régresser, parce que ce qui n’est qu’à se rendre vainqueur de sa tendance native à tendre vers le bas et à se défaire ne se maintient seulement dans son être qu’en luttant et en faisant s’excéder l’état de lui-même en lequel, y accusant réception de soi, il est toujours tenté de se reposer ; la lutte pour la vie fait partie de la vie pour laquelle on lutte, le simple acte de vivre a congénitalement la forme d’une résurrection entendue comme victoire sur la mort ; on ne séjourne pas longtemps dans le bien si l’on ne vise pas toujours le meilleur, et c’est pourquoi l’héroïsme est, si l’on peut ainsi parler, la moindre des choses quand on a la prétention d’exister.

Adolf Hitler, Mein Kampf

Transformer un peuple en nation présuppose la création d’un milieu social sain, plateforme nécessaire pour l’éducation de l’individu. Seul, celui qui aura appris, dans sa famille et à l’école, à apprécier la grandeur intellectuelle, économique et surtout politique de son pays, pourra ressentir -et ressentira- l’orgueil de lui appartenir. On ne combat que pour ce que l’on aime ; on n’aime que ce qu’on estime ; et pour estimer, il faut au moins connaître.

Yuri Slezkine, Le siècle juif

L’Âge moderne est l’Âge des Juifs, et le XXème siècle est le Siècle des Juifs. La modernité signifie que chacun d’entre nous devient urbain, mobile, éduqué, professionnellement flexible. Il ne s’agit plus de cultiver les champs ou de veiller sur les troupeaux, mais de cultiver les hommes et de veiller sur les symboles. Le savoir devient un moyen d’accéder à la richesse, la richesse un moyen d’accéder au savoir, et tous deux sont désormais une fin en soi. Les princes et les paysans se transforment en marchands et en prêtres, le prestige acquis remplace les privilèges hérités et la société d’ordres cède la place à un univers composé d’individus, de familles nucléaires et de tribus alphabétisées (les nations). En d’autres termes, la modernité, c’est le fait que nous sommes tous devenus juifs. Il est des princes et des paysans plus habiles ou plus prospères que d’autres, mais on ne fait pas mieux que les Juifs pour jouer les Juifs. À l’ère du capital, ils sont les entrepreneurs les plus créatifs ; à l’ère de l’aliénation, ce sont eux qui ont le plus d’expérience de l’exil ; à l’ère de l’expertise, les professionnels les plus efficaces sont les Juifs. Certaines des plus anciennes spécialités des Juifs – le commerce, le droit, la médecine, l’interprétation des textes et l’intermédiation culturelle – sont devenues des fonctions fondamentales des temps modernes. C’est leur archaïsme exemplaire qui fait des Juifs des modèles de modernité.

Gilbert Keith Chesterton, Pourquoi je suis catholique

Les arts existent, comme nous le dirions de manière primitive, pour mettre en évidence la gloire de Dieu ; ou, pour dire la même chose dans les termes appropriés à notre psychologie, pour éveiller et maintenir vivant le sens de l’émerveillement chez l’homme. Le succès de toute œuvre d’art est complet lorsque nous disons de n’importe quel sujet, un arbre, un nuage, un personnage : « Je l’ai vu mille fois et c’est comme si je ne l’avais jamais vu auparavant. » Afin d’obtenir cet effet, une certaine variation du lieu semble naturelle et même nécessaire. Les artistes modifient ce qu’ils appellent leur angle d’attaque ; puisque, dans une certaine mesure, c’est leur métier que de lancer une attaque-surprise. Ils doivent projeter une lumière nouvelle sur les choses et il ne faut pas être étonné qu’il puisse parfois s’agir d’un rayon ultraviolet invisible, parfois d’un autre ressemblant plutôt au rayon noir de la folie ou de la mort.

Renaud Camus, Le Grand Remplacement

On connaît tous le succès de la psychiatrie dans l’arsenal répressif de la défunte (paraît-il) Union soviétique. Mais à mieux y réfléchir, la version française, démocratique et républicaine, du psychiatrisme soviétique c’est plutôt le pédagogisme. Quand une opinion décidément déplaît, que ce soit au quatrième pouvoir ou au premier, disons au complexe politico-médiatique, ce qu’il faut faire agir sur elle, bien doucement, c’est la pédagogie. Si le peuple vote mal, il n’y a que la pédagogie et toujours plus de pédagogie qui viendra à bout de ses erreurs et de sa mauvaise volonté. Inutile de vous rappeler l’étymologie du mot, et son sens. En Union soviétique l’opposant était un fou, en France il est un enfant mal élevé, insuffisamment instruit, et qu’on ne saurait assez rééduquer. Peut-être n’est-ce pas un hasard si le pédagogisme, qui, avec les fameux IUFM, est à peu près venu à bout de notre système d’éducation, s’occupe en même temps de tordre le cou à la liberté de pensée : c’est tout à fait le même combat.

Francis Parker Yockey, Imperium

Pour le darwinisme, une cathédrale gothique est un produit de l’évolution mécanique ; pour Marx, c’est un piège de la bourgeoisie pour tromper le prolétaire : pour Freud c’est une preuve de sexualité gelée.

Harold Covington, La brigade

Je peux vous faire le croquis d’une force armée révolutionnaire qui pourra menacer l’ennemi. Je peux vous expliquer la stratégie qui nous donnera notre nation, je peux vous décrire les tactiques qui nous permettront de rester vivants, libres et combattants tout en envoyant à tous les coups l’ennemi et ses affidés six pieds sous terre. En revanche, je ne peux pas faire de vous des braves. Je ne peux pas transformer des mâles blancs en hommes blancs, en hommes que nos ancêtres pourraient reconnaître. Cette tâche, c’est à chacun de la réaliser, en retrouvant au fond de soi la dernière étincelle mourante d’honneur et de courage, celle qui pendant des milliers d’années nous a toujours distingués. Elle est toujours là camarades, et celui ou celle d’entre nous qui veut changer le monde doit la chercher dans son cœur et dans son âme. On doit la chercher et la sentir, souffler dessus et la nourrir jusqu’à ce qu’elle se mue à nouveau en flamme.

Jean-Marie Augustin, L’Interdit vestimentaire du Moyen Âge au voile islamique

Le roi des Francs qui est sacré empereur romain d’Occident en l’an 800 a un instinct profond de la grandeur, mais il n’aime pas le luxe ostentatoire. […] Cependant, les nobles de la cour impériale abandonnent volontiers l’habit franc pour endosser des vêtements de soie et des riches pelleteries que les marchands italiens rapportaient du Levant. Notker le Bègue, moine de l’abbaye de Saint-Gall, dans ses Gesta Karoli Magni, raconte les faits suivants : Un jour de grand froid, Charlemagne, voyant ses courtisans ainsi vêtus, leur propose d’aller à la chasse, alors que lui, suivant son usage, est couvert d’une grosse peau de mouton. Leurs beaux vêtements sont bientôt déchirés par les ronces et les fourrures sont mouillées par la neige et la pluie. Au retour de la chasse, transis de froid, les chasseurs veulent se retirer, mais l’empereur les oblige à se sécher auprès du feu. Les bandes de pelleterie qui étaient trempées se rétractent et tout est gâté. Le lendemain, Charlemagne fait dire à ses courtisans de paraître devant lui avec les habits qu’ils portaient la veille à la chasse et lui-même reprend sa peau de mouton comme s’il voulait y retourner. Chacun se présente avec des habits tout déformés et tombant en lambeaux. Le spectacle est pitoyable et l’empereur, après s’être moqué d’eux, en profite pour leur donner une leçon : « Oh les plus fous des hommes ! quel est maintenant le plus précieux et le plus utile de nos habits ? Est-ce le mien que je n’ai acheté qu’un sou ou les vôtres qui vous ont coûté non seulement des livres pesant d’argent, mais plusieurs talents ? »

Barthélemy Baudrand, L’âme élevée à Dieu

Serviteur de Dieu, voilà mon nom, mon surnom, mes titres, mes espérances : je ne suis que cela dans le monde : les autres prendront des noms superbes, des titres pompeux. Parmi les hommes, les uns seront appelés grands, riches, puissants. Parmi les monarques, ceux-là prendront le nom de héros, de conquérants, de vainqueurs ; je ne le leur envie pas ; pour moi, tous mes titres se réduisent à celui-ci : Serviteur de Dieu.

Jean-Jacques Stormay, Le combat d’aujourd’hui et l’État de demain

Il en est des sectes maçonniques, des réseaux crypto-marxistes résiduels et des influences juives, et plus généralement de tout ce qui est socialement délétère, comme il en est des microbes par rapport à un corps sain. Les virus et bactéries n’affectent l’organisme qu’à partir du moment où celui-ci est déjà affaibli. Il est dans la nature d’un corps sain de lutter ; la lutte pour la préservation de la vie est l’exercice même de la vie, ou encore conjurer la mort est l’essence de la vie ; est vivant ce qui est autonome ; est autonome ce qui agit sur soi-même, ce qui coopère à la production de soi-même et ainsi s’anticipe dans ce dont il se fait procéder, par là il est ce qui se fait changer et ainsi ce qui se conteste et s’accomplit en se contestant, et qui, pour se faire advenir par négation de soi-même, requiert de contracter la configuration d’une négation de négation, qui ainsi se maintient identique à soi-même et se régénère dans l’acte de se contester, fait se réfléchir sa négativité constitutive à laquelle le vivant doit bien consentir afin de la faire se renier ou de la rendre victorieuse d’elle-même. Est vivant ce qui fait, du processus de sa position dans l’être, une détermination intrinsèque à cet être même qui, pour cette raison, ne vit que parce qu’il a la forme d’une résurrection ; Celui qui est la Vie est aussi la Résurrection de Lui-même ; et tout ce qui vit est une similitude participée de la Vie subsistante. Dès lors, si le vivre est victoire sur la mort, ce qui tend de l’extérieur à le faire mourir n’y parvient que si le vivant a déjà renoncé à vivre. Les sociétés ayant succombé à la peste maçonnique étaient déjà malades, et la puissance des sectes – ou de ces officines diverses évoquées par le conspirationnisme – est plus l’effet que la cause des maladies sociales. Nous leur reconnaissons le statut de causes instrumentales et non de causes principales des décadences. Leur conférer la dignité de causes principales procède du misérable calcul suivant : s’innocenter de ses propres responsabilités dans les processus de décadence. Et telle est dans l’ensemble l’étiologie monarchiste ou réactionnaire de la Révolution française. Cela dit, que le microbe ne soit pas la cause principale d’une maladie ne dispense pas le corps sain de s’efforcer à se débarrasser de ce qui entretient son mal ; on ne saurait tolérer des menaces permanentes qui affaiblissent vainement le corps sain des hommes et des sociétés, et qui leur font gaspiller en pure perte une énergie précieuse. Les sectes maçonniques et autres officines destructrices de l’ordre ont vocation à être éradiquées purement et simplement, selon des modalités diverses imposées par les circonstances et la nature particulière de chacune. La force des méchants n’est que la faiblesse des bons ; lutter contre les sectes est nécessaire, mais n’est excellent et fécond qu’à condition de ne pas voir en elles la cause première des périls à combattre. Dans le même esprit, de même que les hérésies qui sont en soi mauvaises finissent par servir la cause du bon combat en obligeant les dépositaires de la vérité à expliciter le contenu des dogmes, de même la naissance des erreurs peut servir par réaction à faire progresser la recherche de la vérité, dans tous les domaines du savoir ; c’est pourquoi une censure n’est efficace et fructueuse que si elle s’accompagne d’explications et de corrections publiques exaltant la vérité et dissipant dans la population cette suspicion compréhensible que suscite toute censure, et avec elle le désir incoercible de la transgresser. Ce n’est pas à dire pour autant que le principe de la censure ne serait pas légitime ; on doit préserver les organismes faibles des microbes, il est opportun d’éviter les agitations vaines et les curiosités stériles, et l’on doit de même protéger les intelligences influençables de la puissance corrosive des erreurs en leur apparente séduction, dans quelque domaine que ce soit.

Gustave Thibon, Ce que Dieu a uni

Ce tout que l’homme mendie, nous savons, nous chrétiens, que l’homme l’a d’abord perdu. L’essence du péché originel réside dans le retranchement de l’homme en lui-même, dans la rupture avec Dieu. Rompre avec Dieu : expression banale et ressassée. Qu’on veuille bien sortir un moment de l’abstraction et du verbalisme et prendre ce mot Dieu dans son sens intime et affectif : Dieu, c’est la chose qui comble et qui rassasie, c’est la réalité en qui l’homme s’épanouit et se repose parfaitement. Et tout individu qui ne sent pas vivre en lui, fût-ce au milieu des pires douleurs, une impression d’achèvement et de sécurité suprêmes est plus ou moins séparé de Dieu, séparé de sa fin, et, du même coup, divisé intérieurement. Celui qui refuse un maître hors de lui-même n’est plus le maître de lui-même. La fin de l’homme, en effet, fait bloc avec l’essence de l’homme, et il n’est pas possible de supprimer la première sans déchirer la seconde. Comment un être qui n’est plus un avec sa source pourrait-il rester un en lui-même ? Autant vaudrait demander à une plante privée de lumière et d’eau de jouir de son harmonie végétale ! La séparation d’avec Dieu se poursuit fatalement en séparation intérieure : l’homme n’est en guerre avec lui-même que parce qu’il est seul avec lui-même.

Pape Pie XII, Message radiophonique (23 mars 1952)

Les accusations de rigidité oppressive faites contre l’Église par la « nouvelle moralité », en réalité, attaquent, en premier lieu, l’adorable Personne du Christ Lui-même.

M.P. Sagot, Opinion générale sur l’origine et la nature des races humaines

On a reproché aux blancs des colonies d’avoir regardé la race noire comme subalterne ; nous croyons que les Arabes, les Chinois, les Indo-Américains, les Hindous ont d’eux la même opinion. Les nègres n’en ont pas moins des qualités ; en Afrique, au milieu de leurs mœurs grossières et violentes, ils montrent du bon sens, de la naïveté ; bien élevés et placés sous la tutelle ferme et paternelle des colons, ils devenaient laborieux, dévoués, et méritaient souvent l’estime et l’attachement.

Julien Langella, Catholiques et identitaires

La diversité des groupes humains est inacceptable pour l’idéologie dominante en Europe. Pourtant, d’autres vérités encore plus loufoques en apparence sont très bien admises de tous : par exemple, l’influence d’un prénom sur la personnalité de celui qui le porte, la transmission des défauts et des qualités des parents aux enfants, etc. Personne ne le nie, ce sont des réalités banales pour la plupart des gens. Il suffit d’ouvrir n’importe quel titre de la presse féminine à la rubrique Astro pour s’en convaincre : selon le magazine Elle, « François est rancunier », « Richard est un brin manipulateur », « Marie est orgueilleuse » et « suit la mode de très près », etc. Nous n’avons aucune preuve scientifique de ces lieux communs, nous y croyons uniquement par expérience et cela nous suffit. Le désastre de l’expérience multiculturelle en Europe nous en a également beaucoup appris sur les mœurs et le tempérament africain. Alors, pourquoi nier ce fruit-là de notre expérience collective ? Nous devrions ignorer la surreprésentation carcérale des Afro-musulmans mais croire que toutes les Marie sont accros au shopping ? Des caractéristiques morales peuvent être héréditaires, le choix d’un prénom aurait un impact sur le caractère d’un enfant, mais des aspects psychologiques ou culturels ne pourraient pas se transmettre par l’origine ? C’est ridicule. Cette contradiction grossière montre bien que le tabou ethnique n’a rien de rationnel, mais qu’il constitue un moyen de censure pur et simple. Le tabou ethnique est une arme politique pour culpabiliser les résistants au mondialisme et court-circuiter le réveil identitaire des Européens.

Joseph Mérel, Comme un Agneau muet

Si l’homme ne fait pas du bien commun politique sa raison d’être, quand bien même ce bien commun immanent et terrestre n’aurait pas raison de fin ultime, il se révèlera incapable de le servir avec assez de zèle pour repousser les assauts des ennemis de la patrie, intérieurs et extérieurs ; il se révèlera incapable de convoquer les passions belliqueuses nécessaires à remporter la victoire. […] Si le chrétien ne retient, de son souci de gagner la vie éternelle, que son devoir de renoncer à toutes choses terrestres, il aura tôt fait de se désinvestir de toute réussite temporelle, de toute victoire terrestre et, ce faisant, il en viendra, avec la meilleure bonne conscience, à laisser dépérir les conditions terrestres d’exercice et de diffusion de sa religion. Il finira par voir la volonté de Dieu dans ce consentement à la défaite induit en lui par une méconnaissance du rapport vrai entre nature et grâce.

Léon Degrelle, Appel aux jeunes européens

Pour opérer la rénovation des temps futurs, il ne suffit point que les volontés se tendent vers un puissant effort de rénovation matérielle. Ce n’est pas seulement l’économie mondiale qui est malade, ni la société politique ; C’est l’univers moral des peuples qui est atteint, empoisonné par une course folle vers le confort, apparemment aimable mais, souvent, tragiquement dévastateur. L’être humain de notre époque a laissé tomber les mille ans de Chrétienté et de religiosité ; Chacun a voulu « vivre », jouir surabondamment des aises et des plaisirs. Il est devenu, sans même s’en rendre compte, l’esclave de joies médiocres, limitées à un bien-être superficiel. Il ne se meut plus qu’au ras du sol.

Ernest Hello, La physionomie des saints

Un des caractères de l’Église catholique, c’est son invincible calme. Ce calme n’est pas la froideur. Elle aime les hommes, mais elle ne se laisse pas séduire par leurs faiblesses. Au milieu des tonnerres et des canons, elle célèbre l’invincible gloire des pacifiques, et elle la célèbre en chantant. Les montagnes du monde peuvent s’écrouler les une sur les autres. Si c’est ce jour-là la fête d’une petite bergère, de sainte Germaine, par exemple, elle célébrera la petite bergère avec le calme immuable qui lui vient de l’Éternité. Quelque bruit que fassent autour d’elle les peuples et les rois, elle n’oubliera pas un de ses pauvres, un de ses mendiants, un de ses martyrs. Les siècles n’y font rien, pas plus que les tonnerres. Pendant que les tonnerres grondent, elle remontera le cours des siècles pour célébrer la gloire immortelle de quelque jeune fille inconnue pendant sa vie, et morte il y a plus de mille ans. C’est en vain que le monde s’écroule. L’Église compte ses jours par ses fêtes. Elle n’oubliera pas un de ses vieillards, pas un de ses enfants, pas une de ses vierges, pas un de ses solitaires. Vous la maudissez, elle chante. Rien n’endormira et n’épouvantera son invincible mémoire.

Sainte-Beuve, Causerie du lundi

La plupart des erreurs des hommes viennent moins de ce qu’ils raisonnent mal en partant de principes vrais, que de ce qu’ils raisonnent bien en partant de jugements inexacts ou de principes faux.

Piero Misciattelli, Le fascisme et les catholiques

Le plus profond interprète du christianisme a posé ce fondement du droit public des pays chrétiens : l’obéissance active dans le bien et la résistance passive dans le mal. Au temps même où le christianisme éclaira les hommes sur la constitution du « pouvoir » et sur les devoirs des sujets, il leur enseigna la nature et les fonctions de la tâche sociale dans les termes suivants, qui n’ont jamais été compris : « Celui qui veut être le plus grand parmi les hommes doit commencer par être leur serviteur. » Paroles sublimes qui ont été appliquées au ministère politique comme au ministère religieux ; les fonctions les plus élevées : gouverner, rendre la justice, combattre, ont un nom dans la langue chrétienne : servir.

Antoine Dresse, Le réalisme politique

Les hommes animés par une pure volonté morale au point de refuser de se salir les mains sont certainement capables de grandes choses et d’être de véritables inspirations pour leurs semblables, mais ils n’ont pas de vocation politique. Ainsi que le notait Treitschke : « L’homme n’a pas le droit de se réchauffer les mains sur les ruines fumantes de sa patrie avec la confortable satisfaction de se dire : « je n’ai jamais menti » ; c’est une vertu de moine. » Et en effet, il n’en a pas le droit, car de ses actions dépend le destin de millions d’hommes. Le sort de ces derniers doit lui importer plus que la paix de son âme.

Ludolphe le Chartreux, Vie de Jésus-Christ

Jésus a voulu être tenté pour plusieurs raisons : – 1° Selon saint Grégoire (Hom. XVI), il voulait par sa tentation nous délivrer des nôtres, comme il nous a délivrés de la mort par la sienne. – 2º D’après saint Hilaire (Canon. V in Matth.), il voulait nous rendre circonspects, en nous apprenant que quelque saints que nous soyons, nous ne devons jamais présumer être exempts de tentations. Aussi voulut-il être tenté, après avoir reçu le baptême et l’Esprit-Saint, pour nous montrer que les personnes sanctifiées doivent s’attendre à de plus grandes luttes. – 3° Selon saint Augustin (Lib. III de mirabilibus Script. sacrae), il voulait être tout à la fois notre médiateur et notre modèle, en nous donnant le secours et l’exemple pour combattre nos ennemis. – 4° Selon saint Chrysostôme (Hom. V oper. imp.), il voulait nous encourager, afin que nous ne nous laissions point abattre en face des tentations imprévues, puisque lui-même a été tenté. – 5° Selon saint Léon (Serm. 1 de Quadrages.), il voulait vaincre le démon et par cette victoire mettre un frein à sa puissance et à son audace. – 6º Suivant l’Apôtre, il voulait mieux savoir compatir à ceux qui sont tentés, et leur inspirer plus de confiance en sa miséricorde ; parce que celui qui a été éprouvé, a plus facilement pitié de ceux qui sont également éprouvés. Il voulut encore être tenté pour nous consoler, lorsque nous le serions à notre tour. En effet, Jésus fut tenté aussitôt après son baptême, après avoir été appelé par le Père céleste : Mon Fils bien-aimé, après avoir vu le ciel ouvert, et le Saint-Esprit descendre sur sa tête en forme de colombe, après avoir jeûné quarante jours et quarante nuits ; il a été tenté après tous ces merveilleux événements, pour nous faire comprendre que si quelqu’un est tenté, il n’en est pas moins pur de péché, ni moins digne de la filiation divine, ni moins rempli du Saint-Esprit, qu’il n’en mérite pas moins le ciel, que sa pénitence n’en est pas moins agréable à Dieu. Ainsi, puisque le Seigneur a été tenté, ne nous étonnons point de l’être aussi ; et comme il a toujours triomphé, efforçons-nous de vaincre également en implorant son secours.

Gérard Menuhin, Dites la vérité et vous humilierez le diable

L’instabilité mentale a peut être joué un rôle utile dans la montée du communisme. Un fait évident étant le cerveau de Lénine, qui, après examen à la suite de son décès, s’est avéré être décoloré, rétréci et mou. Ainsi, il était vraiment « ramolli du cerveau ». Maurice Fishberg dit : « On sait aussi qu’il existe une proportion beaucoup plus grande de déficients mentaux, de fous, d’idiots, de déformations congénitales et d’individus physiquement faibles ou chétifs chez les juifs que dans tout autre groupe civilisé, religieux, social ou ethnique ». (Eugenic Factors in Jewish Life, American Hebrew, New York, 1917). La brutalité débile semble avoir été la marque du bolchevisme juif. Benjamin Harshav, érudit de littérature juif, basé aux États-Unis soutient la théorie révélatrice suivante : « Peut-être que les juifs ne se distinguent pas autant par leur grande intelligence que par leurs psychismes dérangés » (Allgemeine Jüdische, Bonn, 12 juillet 1990).

Pierre Piquemal, Pour Dieu et la Patrie – Des chantiers de jeunesse à la Waffen SS

Nous apprîmes à marcher au pas cadencé en chantant, faire des coupes de bois, assister à des conférences quand il pleuvait, créer un esprit d’équipe, ouvriers, paysans, étudiants, tous confondus. Certains n’y trouvèrent que raisons pour critiquer ; pour ma part je pensais que le principe avait au moins l’avantage d’essayer de redonner à la jeunesse dans une période d’incertitude, une raison supplémentaire, en s’occupant, d’espérer.

G.K.Chesterton, Saint Thomas d’Aquin – Le Boeuf muet

Les vieux manichéens enseignaient que Satan était a l’origine de l’œuvre de création communément attribuée à Dieu. Les calvinistes nouveaux enseignaient que Dieu était a l’origine de l’œuvre de damnation communément attribuée à Satan. Les uns se tournaient vers le passé, vers le jour premier où un diable agissait comme un dieu ; les autres se tournaient vers l’avenir, vers le jour dernier où un dieu agissait comme un diable. Mais les uns comme les les autres autres considéraient que le créateur de la terre était d’abord le créateur du mal, qu’on l’appelât diable ou dieu. […] La phrase  » Et Dieu vit tout ce qu’il avait fait ; et voici : cela était très bon  » contient une subtilité que le pessimiste populaire ne saisit pas, ou que dans sa hâte il ne remarque pas. Il s’agit de la thèse selon laquelle il n’existe pas de mauvaises choses, mais seulement de mauvais usages des choses. Si vous préférez, il n’existe pas de mauvaises choses, mais seulement de mauvaises pensées, et particulièrement de mauvaises intentions. Seuls les calvinistes peuvent vraiment croire que l’Enfer est pavé de bonnes intentions. C’est exactement la seule chose dont il ne peut pas être pavé. Mais il est possible d’avoir de mauvaises intentions à propos de bonnes choses ; et de bonnes choses comme le monde et la chair ont été tordues par la mauvaise intention qu’on appelle le Diable. Mais il ne peut pas rendre les choses mauvaises : elles demeurent comme au premier jour de la création. Seule l’œuvre du Ciel fut matérielle: ce fut la création d’un monde matériel. L’œuvre de l’Enfer est entièrement spirituelle.

C.S.Lewis, Les Fondements du Christianisme

Le christianisme demande aux gens de se repentir et leur promet le pardon. Il n’a donc rien à apporter à ceux qui n’ont pas conscience d’avoir à se repentir et n’éprouvent pas le besoin d’un pardon. Le christianisme ne peut opérer en vous que si vous comprenez qu’il existe une Loi Morale que vous avez violée et une Puissance derrière la Loi, que vous avez enfreint la Loi et vous trouvez en porte à faux face à cette Puissance. Quand on se sait malade, on écoute le médecin. De même c’est uniquement quand la situation d’une personne est désespérée qu’elle commence à comprendre ce dont parlent les chrétiens. Ils offrent une explication de votre état de contradiction actuel qui consiste tout à la fois à haïr et à aimer la bonté. Ils expliquent comment Dieu peut être cette intelligence impersonnelle derrière la Loi morale mais aussi une Personne. Ils vous disent comment les exigences de cette Loi, que vous et moi ne pouvons satisfaire, ont été remplies à notre place, comment Dieu lui-même est devenu homme pour sauver l’humanité de la réprobation divine. C’est une vieille histoire. Je me contente de demander aux gens d’affronter les faits, de comprendre les question auxquelles le christianisme affirme pouvoir répondre. Or, ce sont des faits vraiment terrifiants. Je voudrais pouvoir tenir des propos plus agréables mais j’ai le devoir d’annoncer ce que je crois vrai. Naturellement je reconnais que la religion chrétienne est, finalement, un réconfort ineffable, mais elle ne commence pas dans la quiétude. Elle débute dans l’effroi que j’ai décrit et il ne sert a rien d’essayer d’atteindre cette consolation sans préalablement subir cette épouvante. En religion, comme dans la guerre ou tout autre domaine, la quiétude est la seule chose que vous ne pouvez trouver en la cherchant. Si vous recherchez la vérité , il se peut que pour finir vous trouviez la sérénité ; si vous recherchez la quiétude, vous ne trouverez ni la sérénité ni la vérité – seulement des mièvreries et une réflexion très optimiste, pour sombrer finalement dans le désespoir. Pour la plupart, nous ne prenons plus nos désirs pour la réalité en matière de politique internationale, comme nous le faisions dans la période d’avant-guerre. Il est temps que nous fassions de même en matière de religion.

Dom Guéranger, L’explication de la Messe

La sainte Messe est le centre et le sommet du culte que nous devons à Dieu. L’adoration, par laquelle nous nous prosternons d’âme et de corps devant notre souverain Maître, l’action de grâces qui lui revient en tant que suprême bienfaiteur, l’impétration qui s’adresse à sa bonté infinie pour qu’elle nous accorde tout ce qui nous est nécessaire, et la demande de propitiation pour nos offenses, nous les exprimons au cours du Sacrifice de l’autel. Mais surtout c’est alors que nous accomplissons de façon éminente ces quatre parties intégrantes du culte, parce que nous les faisons par Jésus-Christ renouvelant son Sacrifice. La Messe, en effet, est d’abord un sacrifice, le même sacrifice que le Fils de Dieu fait homme a offert dans la souffrance sur le Calvaire, désormais sacrifice non sanglant, mais perpétuant celui de la Croix au nom et au profit des hommes qui se suivent dans le temps. Plus grand acte de religion peut-il se concevoir ? Mais aussi peut-on imaginer plus merveilleux don de Dieu aux hommes, qui nous permette, dans le sacrifice que notre nature doit à Dieu, de nous unir davantage à lui ?

Pape Pie XI, Mit brennender Sorge (Encyclique)

La Croix du Christ, encore que son nom seul soit déjà devenu pour beaucoup une folie et un scandale (1 Cor., I, 23), demeure pour le croyant le signe sanctifié de la Rédemption, l’emblème de la force et de la grandeur morales. Nous vivons sous son ombre. Nous mourons dans son baiser. Il faut qu’elle se dresse sur notre tombe, pour proclamer notre foi, pour témoigner de notre espérance dans la lumière éternelle.

Saint Augustin, Les rétractations

Faut-il, à la manière charnelle des juifs et des hérétiques, penser que Dieu serait jaloux à la manière des hommes ? Par ce mot « Dieu jaloux », on désigne sa providence qui ne permet point qu’aucune âme lui devienne infidèle impunément. Il en est de même de ce qu’on appelle la colère de Dieu, ce n’est point en lui une émotion violente de l’âme, mais la puissance de se venger. Ainsi la jalousie, en Dieu, n’est pas ce tourment du cœur dont sont ordinairement agités soit le mari au sujet de sa femme, soit la femme au sujet de son mari, mais une justice pleine de tranquillité et de sincérité qui ne permet à aucune âme d’être bienheureuse quand elle s’est laissé corrompre par de fausses opinions et de mauvaises passions.

Jean-Noël Dumont, Pour une alternative catholique

En son humanité, Jésus qui a frémi, pleuré, admiré, qui a éprouvé la colère et l’angoisse, n’a jamais ri. Car le rire est la réaction à l’absurde, l’aveu de l’insignifiance de toutes choses. Son rire nous aurait condamnés.

Philipp Haeuser, Discours (14 décembre 1930)

Le Seigneur n’exige pas le mépris du monde, mais, si nécessaire, le renoncement au monde — par amour pour celui-ci —, le renoncement à ce que la vie offre de plus cher, par amour pour le peuple et la patrie. Il y a une grande différence entre mépriser le monde et renoncer à ce dernier : celui qui méprise le monde le hait ; celui qui y renonce n’a pas besoin de le haïr, il peut l’aimer. Celui qui méprise le monde ne fait aucun sacrifice ; celui qui y renonce par amour pour lui manifeste l’esprit chrétien du sacrifice et le courage qui l’accompagne. Jésus est venu au monde non pour le haïr ou le mépriser, mais pour finalement renoncer à celui-ci — par amour pour lui — à travers le combat et la Croix. Nos ennemis, dans leur arrogance intellectuelle et leur pacifisme haineux, confondent constamment ces deux notions : mépris du monde et renoncement au monde. Nos soldats de la dernière guerre, si durement vilipendés par Moenius et ses compagnons, eux, ont compris Jésus ; ils ont compris le monde tel que Jésus voulait qu’on le comprenne. Ils aimaient la patrie, ils aimaient le peuple allemand, ils aimaient leur femme et leurs enfants — et c’est justement à cause de cet amour ardent et passionné qu’ils sont partis au front, loin de la patrie, loin de leurs femmes, loin de leurs enfants : ils ont renoncé à tout cela. C’était là un amour et un renoncement à la manière de Jésus — un amour tel qu’Il l’enseignait, un renoncement tel qu’Il le désirait. Cette doctrine qui est la Sienne, en opposition avec la morale corrompue des pharisiens, est notre doctrine allemande, notre morale patriotique. La grande personne de Jésus est pour nous l’exhortation suivante : « Aime le monde, aime ta patrie, afin de pouvoir grandir spirituellement et, dans cette croissance, devenir digne d’un autre monde et d’une autre patrie ! » Celui qui méprise le monde à la manière des pharisiens, celui-là s’enfonce dans la fange du péché et, comme eux, ne pense qu’à ce dernier ; celui qui — par amour pour le monde — renonce à celui-ci dans le rude combat, celui-là mûrit en une personnalité morale, en une nature à l’image de Jésus.

Joseph Mérel, Pour un fascisme du jour d’après

La croisade des fascismes appartient au passé. Le fascisme, tel qu’il fut en son existence historique datée, ne reviendra pas. On peut le déplorer, on peut s’en réjouir, c’est ainsi. Les inventeurs du fascisme, comme de toute autre doctrine politique, appartenaient à des sociétés qu’ils ont changées par leurs inventions mêmes, mais à des sociétés dont ils étaient en même temps les produits. Les acteurs de l’Histoire sont toujours les produits d’un monde qu’ils transforment, dans une action réciproque entre deux termes dont l’un est inclusif de l’autre. C’est ainsi ce monde qui se transforme par la médiation de l’initiative de ses membres. Il faut dire, par conséquent, que ces sociétés se sont fait affecter par leur propre activité, modifiant ainsi leur pouvoir d’agir par le fait même d’agir. De ce seul fait qu’une chose s’est produite, le contexte de son surgissement a été sans retour modifié par elle. Mais un tel contexte était la cause d’une telle genèse. Donc il ne se reconstituera jamais pour la faire se reproduire à l’identique ; par là même qu’une chose a été vécue, l’expérience de cette vie conservée dans le souvenir modifie les conditions de sa reviviscence. Aussi revivre un événement consiste toujours à en inventer un nouveau qui, loin de dupliquer le passé, se contente d’entretenir avec ce dernier certaines analogies. Le nouveau conserve l’ancien en le récusant, l’assume en le dépassant. Toute renaissance qui n’est pas reproduction caricaturale, ainsi reflet dégénéré, est recréation, réinvention, non seulement redécouverte mais transfiguration.

Jean-Nicolas Grou, Manuel des âmes intérieures

Jésus-Christ a fait cet acte d’abandon lorsqu’il était abandonné de son Père, traité de lui comme une victime chargée des péchés de tout l’univers, comme un objet de malédiction ; lorsqu’il éprouvait à la fois au dedans toutes les rigueurs de la justice divine, et au dehors tous les tourments, toutes les ignominies que la rage de ses ennemis pouvait inventer ; lorsqu’on tournait en dérision sa sainteté, ses miracles, ses prophéties, sa qualité de Roi et de Messie ; lorsque de ses apôtres l’un l’avait trahi, l’autre renoncé, tous abandonné ; lorsque nu et pauvre, n’ayant absolument plus rien sur terre, pas même sa sainte mère, qu’il avait remise entre les mains de saint Jean, il était prêt à rendre en croix le dernier soupir. Ce fut alors que, recueillant toutes ses forces et tout son amour, acceptant de grand cœur tout ce qu’il souffrait dans l’âme et dans le corps de la part de Dieu et des hommes, destitué de tout appui, de toute consolation, il prononça ces grandes paroles : Mon Père, je remets mon esprit entre vos mains. Cette âme qui épuise à ce moment tous les fléaux de votre colère, cette âme qui est le rebut du ciel et de la terre, je la remets, je la sacrifie, je la perds entre vos mains.

Julien Langella, Catholiques et identitaires

À l’échelle des masses, il y a des constantes. Certes, tous les Africains ne tapent pas sur un djembé du matin au soir, mais quand on pense à l’Afrique, ce n’est pas la neuvième symphonie de Beethoven qui nous vient à l’esprit. Le seul niveau pertinent d’analyse politique est celui des masses, car ce sont les grandes réalités collectives qui permettent le mieux d’approcher la vérité et d’orienter l’action. Les réalités isolées ne sont pas négligeables mais doivent être replacées à leur juste place : ce sont des variables d’ajustement, pas des boussoles. Il est fondamental d’adopter ce mode de raisonnement. Car la réflexion théorique est là pour servir l’action pratique, c’est-à-dire pour guider le pouvoir politique. Or, le but d’un État est le bien commun et non l’intérêt personnel de quelques-uns. L’État n’est pas une assistante sociale, c’est le bouclier de la communauté. Son action doit donc s’appuyer sur des réalités aisément observables, pas sur des subtilités montées en épingle pour servir un agenda idéologique déconnecté de la réalité.

Francis Parker Yockey

éducation » de « tolérance ». […] Ainsi, loin que ces excès soient le résultat de la méchanceté ou de la malice, c’est le contraire qui est vrai, les démonstrations de bonne volonté et de « tolérance » accroissent en réalité la tension entre groupes totalement étrangers, et la rendent plus mortelle. […] Plus les deux groupes sont mis étroitement en contact, plus la haine mutuelle s’accroît insidieusement et dangereusement. Théoriquement, il semble parfait de dire que si chaque individu était « éduqué » dans la « tolérance » il n’y aurait pas de tension raciale ou culturelle. Mais les individus ne sont pas les unités de ce type d’événement ; les individus ne sont pas la cause de ces choses, ce sont les unités organiques supérieures qui le sont, et qui contraignent les simples individus. Le processus n’a rien à voir avec la conscience, l’intellect, la volonté, ou même les émotions, dans son déclenchement. Tout cela entre en jeu seulement comme des manifestations de défense de la part de la Culture contre la forme de vie étrangère. La haine n’est pas à l’origine du processus, et la « tolérance » ne le stoppe pas non plus.

Pierre Drieu la Rochelle, Notes pour comprendre le siècle

Ce n’est pas en dépit du christianisme, mais à travers le christianisme que se manifeste ouvertement et pleinement cette joie de vivre, cette joie d’avoir un corps, d’avoir une âme dans un corps, de nourrir l’un par l’autre, cette joie d’être. […] Le Christ qui triomphe, assis comme un roi au tympan des cathédrales, n’est pas le « misérable petit bossu » que dénonce le païen Celse au IIème siècle, mais un bel homme fier, athlétique, au geste magnanime, avec à côté de lui une femme, une mère, autour de lui un cortège d’évangélistes taillés en samsons et en hercules. Ce Christ exprime bien le christianisme viril et guerrier des croisades et aussi la grande philosophie chrétienne d’alors qui est une affirmation de l’être, un fréquent et puissant acte de confiance dans l’accord de Dieu et du monde, de la nature et de l’homme, de la raison et de la foi.

Julien Langella, Catholiques et identitaires

La seule pensée qui doit nous préoccuper, c’est donc le sens du devoir : combattre pour le beau, le bien et le vrai. L’issue de la bataille est entre les mains du Seigneur. Soyons confiants, dépouillons-nous de cette mentalité moderne qui cherche à tout contrôler : nous ne sommes pas propriétaires du futur, il n’y a qu’un seul Maître du temps et nous sommes ses soldats. L’ardeur au combat est nécessairement liée à un certain détachement vis-à-vis des conventions de l’époque : dans tout combat, il y a une part de bluff, de hasard, c’est la part du Bon Dieu.

Jacques-Bénigne Bossuet, Sermon pour la fête de l’Annonciation

Jésus-Christ semblable à nous, afin que nous lui fussions semblables. Si vous demandez maintenant quel est l’esprit de Jésus, il est bien aisé d’entendre que c’est l’esprit de la charité. Un Dieu n’aurait pas été aimé comme il le mérite, si un Dieu ne l’avait aimé ; l’amour qu’on doit à un Dieu n’aurait pas eu un digne modèle, si un Dieu lui-même n’avait été l’exemplaire. Venez donc apprendre de ce Dieu aimant dans quelle étendue et dans quel esprit il faut aimer Dieu.

William Luther Pierce, Fierté blanche

Vous savez tout comme moi que la délinquance et le crime ne peuvent qu’empirer dans l’avenir, ne serait-ce que pour la raison suivante : le nombre de Noirs et de représentants d’autres minorités continuera à augmenter. Il nous suffit de regarder le continent africain pour entrevoir notre avenir. Avant que les Européens vinssent en Afrique, les Noirs se mangeaient entre eux, au sens propre de l’expression, exactement comme les autres animaux. Nous interdîmes le cannibalisme parmi les Noirs, et pendant plus de trois cents ans nous tentâmes de leur enseigner les voies de la civilisation. Puis après la Seconde Guerre mondiale, dans un accès extravagant d’égalitarisme, nous avons rendu nos colonies en Afrique aux populations autochtones noires et les avons livrées à elles-mêmes : pas d’oppression, pas de persécution, tous les atouts pour réussir. Et qu’est-il arrivé ? À peine fûmes-nous partis que les Noirs retournèrent à un comportement digne de la jungle. Même en Afrique du Sud, qui était encore très récemment un pays blanc et civilisé, la loi de la jungle a repris le dessus. La capitale financière, Johannesburg, qui était il y a quelques années encore une ville aussi sûre et aussi propre que n’importe quelle ville d’Europe, est désormais tellement ravagée par le crime depuis le transfert de pouvoir à un gouvernement noir que ses rues sont aujourd’hui parmi les plus dangereuses du monde, avec des bandes de Noirs armés rôdant en quête de proies, de jour comme de nuit. Peut- être faudra-t-il encore trente ou quarante ans avant que la situation de l’Afrique du Sud ressemble à celle du Rwanda ou de l’Ouganda, mais c’est exactement la direction qu’elle a prise.

Philippe Muray, L’Empire du bien

Le Bien a toujours eu besoin du Mal, mais aujourd’hui plus que jamais. Le faux Bien a besoin d’épouvantails ; moins pour les liquider, d’ailleurs, que pour anéantir, à travers eux ou au-delà d’eux, ce qu’il pourrait rester encore, de par le monde, d’irrégularités inquiétantes, d’exceptions, de bizarreries insupportables, enfin les vrais dangers qui le menacent, quoique l’on n’en parle jamais. Qu’importe, n’est-ce pas, et pour ne prendre qu’un exemple, la mise en fiches de tous les citoyens, si c’est le léger prix à payer de la victoire contre le sida ? Bernanos, à la fin de sa vie, se souvenait d’une époque où l’excellente innovation policière de relever les empreintes digitales commençait tout juste à passer dans les mœurs. Cela indignait les honnêtes gens. On leur répondait que « ce préjugé contre la Science risquait de mettre obstacle à une admirable réforme des méthodes d’identification »… Et aussi « que l’on ne pouvait sacrifier le Progrès à la crainte ridicule de se salir les doigts »… En 1947 encore, il se rappelait, Bernanos, qu’au temps de sa jeunesse « la formalité du passeport semblait abolie à jamais » ; qu’on pouvait faire le tour du monde avec une simple carte de visite en poche… Et puis ensuite, doucement d’abord, puis de plus en plus rapidement, les étaux se sont resserrés… Ce qu’il a vu se fabriquer, après 45, à toute allure, en série, c’était « une humanité docile, de plus en plus docile, à mesure que l’organisation économique, les concurrences et les guerres exigent une réglementation plus minutieuse »… « Ce que vos ancêtres appelaient des libertés, vous l’appelez déjà des désordres, des fantaisies », s’épouvantait-il. Il dirait quoi aujourd’hui ?

Claire Séverac, La guerre secrète contre les peuples

Naomi Klein, dans son livre La Stratégie du choc, explique qu’un état de choc ne survient pas seulement après un drame, mais également quand on perd nos repères, notre mémoire collective, ce qui nous a charpentés et nous permet de rester vigilants. Or, depuis des années en Europe occidentale, on est priés d’oublier l’État-nation en même temps que notre héritage commun que sont l’hellénisme, la romanité et le christianisme, sous peine d’être suspectés de fascisme ou de racisme par une pseudo-intelligentsia qui roule pour nos prédateurs, les seuls qui ont un intérêt dans le mondialisme. Coupés de Dieu, de la nature, de la famille et du savoir, que nous reste-il comme certitude pour tenir debout ?

Guillaume Faye, L’Archéofuturisme

Notre courant de pensée a toujours été déchiré et affaibli par une distinction artificielle entre les « traditionalistes » et ceux « qui regardent vers l’avenir ». L’archéofuturisme peut réconcilier ces deux familles par un dépassement dialectique. Les défis qui secouent le monde et menacent la chute de la modernité égalitaire sont déjà d’un ordre archaïque : le défi religieux de l’islam ; les batailles géopolitiques et thalassocratiques pour les rares ressources agricoles, halieutiques et énergétiques ; le conflit entre le Nord et le Sud, et l’immigration colonisatrice dans l’hémisphère nord ; la pollution de la planète et l’affrontement physique entre l’idéologie du développement et la réalité. Tous ces défis nous ramènent à des problèmes séculaires. Les discussions politiques presque théologiques des XIXème et XXème siècles, qui étaient comme des débats sur le sexe des anges, sont en train d’être jetées dans l’oubli. Ce retour à des questions « archaïques » (et donc fondamentales) déconcerte les intellectuels « modernes », qui s’énoncent sur le droit des homosexuels à se marier et d’autres insanités de ce genre. L’attrait pour l’insignifiant et la commémoration du passé sont une caractéristique de la modernité mourante. La modernité est tournée vers le passé, tandis que l’archaïsme est futuriste. D’autre part, comme l’avait prédit le philosophe Raymond Ruyer – haï par les intellectuels de gauche – dans ses ouvrages fondateurs « Les nuisances idéologiques » et « Les cents prochains siècles », lorsque la période historique des XIXème et XXème siècles sera terminée, et que ses hallucinations égalitaires auront été englouties par la catastrophe, l’humanité retournera à ses valeurs archaïques. qui sont purement biologiques et humaines (c’est-à dire anthropologiques) : la séparation des rôles de genre ; la transmission des traditions ethniques et populaires, de la spiritualité et de l’organisation sacerdotale ; des hiérarchies sociales visibles et structurantes ; le culte des ancêtres ; rites et épreuves d’initiation ; le rétablissement de communautés organiques (de la famille au peuple) ; la désindividualisation du mariage (les unions doivent être l’affaire de toute la communauté et pas seulement du couple marié) ; la fin de la confusion entre érotisme et conjugalité ; le prestige de la caste guerrière ; l’inégalité entre les statuts sociaux – pas l’inégalité implicite, qui est injuste et frustrante et que l’on retrouve aujourd’hui dans les utopies égalitaires, mais l’inégalité explicite et idéologiquement légitimée ; des devoirs qui correspondent aux droits, donc une justice rigoureuse qui responsabilise les gens ; une définition des peuples – et de tous les groupes ou corps établis – comme des communautés diachroniques de destin plutôt que comme des masses synchroniques d’atomes individuels. En bref, dans le vaste mouvement oscillant de l’histoire que Nietzsche appelait « l’éternel retour de l’identique », les siècles à venir verront un retour à ces valeurs archaïques d’une manière ou d’une autre. Le problème pour nous, Européens, n’est pas de voir ces valeurs nous être imposées, en raison de notre lâcheté, par l’islam – comme c’est déjà le cas – mais plutôt d’être capables d’affirmer nous-mêmes ces valeurs en les puisant dans notre mémoire historique. […] L’âme européenne se définit par la création et l’invention permanentes tout en étant toujours consciente du fait que, dans sa direction et ses valeurs, elle doit rester fidèle à la tradition. L’essence du futurisme est la planification de l’avenir et non pas faire table rase du passé. […] Il s’agit, pour la société future, de ne plus penser selon la logique exclusive du « ou » mais selon la logique inclusive du « et » ; d’adopter simultanément l’ultra-science et un retour à des solutions traditionnelles qui remontent à la nuit des temps. Le futurisme est en fait plus vigoureux que l’archaïsme : pour des raisons de pur réalisme, un plan futuriste ne peut être mis en œuvre qu’en recourant à l’archaïsme. D’où le paradoxe de l’archéofuturisme, qui rejette toute idée de progrès, car tout ce qui se rapporte à la vision du monde d’un peuple doit reposer sur des bases immuables.

Charles Maignen, Nationalisme, catholicisme, révolution

Dieu ne confère pas l’autorité aux hommes par une action spéciale, distincte de la création ou de la conservation des êtres ; il la donne comme une propriété inhérente à la nature humaine, mais qui reste en puissance et comme en germe jusqu’à ce que cette même nature atteigne le plein développement de son être par la formation de la société. En effet, quand la société se forme, la raison suffit à nous montrer que Dieu n’a pas pu la laisser dépourvue de ce pouvoir qui est indispensable à son existence. Donc, Dieu a donné l’autorité civile à la société politique, comme il a donné l’autorité paternelle à la société domestique. C’est un germe qui est dans la nature humaine, non dans l’individu, et qui éclot à l’heure même où l’intelligence de l’homme en constate la nécessité. Ainsi, l’autorité n’est pas dans les individus isolés ; elle n’est pas davantage dans la multitude confuse et inorganisée ; il faut d’abord qu’il se forme un corps politique qui en soit le sujet. Sitôt le corps social formé, la raison naturelle y voit l’autorité, car l’autorité en est l’âme. C’est ce qu’entend Suarez quand il dit que l’autorité est une propriété, un attribut, qui résulte de la nature même du corps social une fois constitué. La volonté du peuple n’est là pour rien : la nature et la Providence ont pourvu à tout, et c’est en ce sens qu’il est vrai de dire: l’autorité vient immédiatement de Dieu.