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Fideon

Union hypostatique

Saint Léon 1er, Sermon

Car, pour confesser le Christ ressuscité et lui rendre le culte qui lui convient, il ne faut pas se laisser scandaliser par sa passion ni concevoir sa nativité corporelle d’une manière erronée. En effet, par honte de la croix du Christ et afin de diminuer avec plus d’audace le supplice que lui-même accepta pour le rachat du monde, plusieurs vont jusqu’à nier la vraie nature charnelle dans la personne du Seigneur. Ils ne comprennent pas que la divinité impassible et immuable du Verbe de Dieu s’était penchée sur le salut de l’humanité de telle sorte que, sans rien perdre de ses attributs par l’effet de sa puissance, elle assuma les nôtres par l’effet de sa bonté compatissante. C’est pourquoi, dans la personne du Christ, il y a une double nature : il est Fils de Dieu et fils de l’homme, mais un seul Seigneur. Car, s’il a pris la condition servile, c’est dans un but religieux et nullement forcé par la nécessité. C’est en vertu de sa puissance qu’il s’est fait passible, qu’il s’est fait mortel, et que, pour détruire le pouvoir que détenaient le péché et la mort, la substance humaine, avec sa faiblesse, était capable de souffrir sans que la nature divine, avec sa force, perdit rien de sa gloire. Aussi, mes bien aimés, quand à la lecture de l’Évangile, vous apprenez que certains aspects de la personnalité du Seigneur ont été exposés aux outrages et que d’autres ont été éclairés par des miracles, si bien que dans la même personne l’humanité apparaît et la divinité resplendit, n’allez pas taxer de fausseté l’un ou l’autre de ces aspects, comme si le Christ était seulement homme ou seulement Dieu. Au contraire, croyez avec foi qu’il est l’un et l’autre, et adorez l’un et l’autre avec humilité. Ne prétendez pas briser l’unité du Verbe et de la chair. Les signes divins manifestés en Jésus ne doivent pas vous faire paraître fausses les preuves de son humanité. De fait, les vrais témoignages de sa double nature ne manquent pas. La sagesse divine, dans sa profondeur, les a fait concourir pour que tous fissent comprendre à l’homme que, dans le Verbe, inviolable et lié si intimement à la chair passible, la divinité participe à la chair et la chair à la divinité. Ainsi donc, âmes chrétiennes, fuyez le mensonge, mettez-vous à l’école de la vérité, usez avec foi du récit évangélique et, quand les actes du Seigneur vous y sont clairement représentés, discernez, comme si vous étiez mêlés à la petite troupe des apôtres, ce qui relève de l’esprit et ce qui relève des apparences physiques. Attribuez à l’homme, en lui, qu’il soit né d’une femme, petit enfant ; mais attribuez à Dieu que pas plus l’enfantement que la conception n’aient porté atteinte à la virginité de sa mère. Serré dans un lange, couché dans une étable, reconnaissez en lui la forme du serviteur, mais confessez que sa forme divine est annoncée par les anges, saluée par les éléments, adorée par les Mages. Comprenez que l’homme n’a pas refusé d’assister au banquet des noces, mais reconnaissez Dieu au changement de l’eau en vin. Apprenez à connaître l’affection qu’il a pour vous, quand il pleure la mort de son ami ; mais voyez sa puissance divine quand au seul commandement de sa voix il fait se dresser vivant ce mort qui sentait déjà depuis quatre jours qu’il était au tombeau. Faire de la boue avec de la salive et de la terre était un acte humain, mais rendre la lumière à l’aveugle en en frottant ses yeux, aucun doute, cela venait de sa puissance. C’est à la manifestation de sa gloire qu’il réservait un pouvoir qu’il n’avait pas accordé à la nature. Il était d’un homme vraiment homme de trouver dans le sommeil un repos à la fatigue physique, mais du vrai Dieu, d’apaiser d’un ordre la violence des tempêtes. Donner à manger à ceux qui ont faim relève d’une bonté tout humaine, d’une âme sociale, mais rassasier avec cinq pains et deux poissons cinq mille hommes, sans compter les femmes et les enfants, qui oserait dire que ce n’est pas l’œuvre de la divinité ? Ainsi sa chair bien réelle coopérait avec sa divinité dans tous ces actes afin de nous montrer que l’homme était en Dieu et Dieu dans l’homme. Les blessures de la vieille tache originelle ne pouvaient pas être guéries autrement : il fallait que le Verbe de Dieu prît chair dans le sein de la Vierge et que dans la même personne naquissent en même temps la chair et le Verbe.