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Sacré-Cœur

R.P. Joseph de Gallifet, L’excellence de la dévotion au coeur adorable de Jésus-Christ

La dévotion au Sacré-Cœur de Jésus-Christ a pour auteur Jésus-Christ même. C’est lui qui l’a révélée, qui en a commandé l’institution, qui en a expliqué la nature, qui en a enseigné la pratique, qui en a prescrit la forme et la méthode, enfin, qui a promis de répandre ses grâces sur ceux qui s’y dévoueraient. C’est là aujourd’hui une chose si avérée, que les personnes instruites ne peuvent sagement en douter. […] On peut définir la dévotion au Sacré-Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ : un exercice de religion qui a pour objet le Cœur adorable de Jésus-Christ embrasé d’amour pour les hommes et outragé par l’ingratitude de ces mêmes hommes ; qui a pour fin d’honorer ce divin Cœur par tous les hommages que l’amour et la reconnaissance peuvent inspirer ; et en particulier de lui faire réparation des injures qu’il reçoit dans le Sacrement de son amour. […] Et en effet, que pouvait-on proposer aux chrétiens de plus digne de leur dévotion, et de plus propre à l’enflammer, que le Cœur de leur Rédempteur ? Quel autre objet sensible trouvera-t-on dans l’univers, aussi saint, aussi aimable, et dont la simple vue rappelle avec autant de force et de douceur le souvenir de l’amour de Jésus pour nous, de ses bienfaits, de ses vertus et de ses souffrances ? Car tout cela se trouve renfermé dans ce Cœur sacré, tout cela y est comme imprimé et gravé avec des caractères ineffaçables ; en sorte que si, au premier coup d’œil qu’on jette sur ce Cœur adorable, on ne se sent pas frappé de tous ces objets si tendres, il faut qu’on manque, ou de foi sur ce que Jésus a fait pour nous, ou de sentiment sur ce qu’on Lui doit.

Nikolaus Nilles, De rationibus festorum Sacratissimi Cordis Jesu (Livre I, Partie I, Chapitre III)

Il existe une confusion chez plus d’un. Ils regardent l’objet propre de la fête, le Cœur de Jésus, d’une façon toute matérielle, comme serait une relique d’un corps saint, religieusement conservée dans une châsse. C’est une grosse erreur. Ce n’est pas du tout ainsi qu’il faut entendre la fête du Sacré-Cœur. Il faut voir le Cœur de Jésus : – Primo, comme ne faisant qu’un seul objet avec l’âme de Jésus et sa divine personne ; – Secundo, comme le symbole ou le siège naturel de toutes les vertus et de tous les sentiments du Christ Seigneur, surtout de l’immense amour dont il chérit son Père et les hommes ; – Tertio, en outre comme le centre de toutes les douleurs du très aimant Rédempteur, douleurs souffertes pendant toute sa vie, surtout pendant sa Passion, pour le salut des hommes ; – Quarto, il ne faut pas oublier la blessure reçue sur la croix, blessure faite non pas tant par la lance du soldat, que par l’amour de Jésus qui dirigeait la lance vers le Cœur. Tout cela appartient au Cœur de Jésus ; uni à lui, tout cela constitue avec lui, l’objet propre de cette fête. Il en résulte, la remarque est d’importance, que cet objet ainsi conçu embrasse vraiment et réellement tout l’intérieur de Jésus. A quel point tout cela est divin et renferme de profonds mystères, chacun le voit d’abord ; inutile d’insister. […] Si l’on considère la chose attentivement, on devra reconnaître qu’il n’existe aucun objet corporel et sensible qui puisse être proposé plus convenablement, plus justement et plus utilement à la vénération des fidèles, que ce Cœur si aimant et en même temps si affligé. Et en effet, il n’y en a aucun, qui contienne et représente des mystères plus sublimes ; aucun, dont la vue et la considération puisse produire dans le cœur des fidèles des sentiments plus saints ; aucun, qui peigne mieux aux yeux du corps et en même temps à ceux de l’âme l’amour immense de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; aucun, qui soit plus propre à renouveler dans l’esprit des fidèles le souvenir de tous les bienfaits de notre Sauveur tout aimant, qui exprime d’une manière plus sensible les tourments intérieurs qu’il a endurés pour nous. Toutes ces merveilles, et bien d’autres encore, on les voit non seulement contenues et représentées dans ce sacré Cœur, tel que d’habitude on le représente et l’adore, mais comme écrites et gravées et mises sous les yeux. Tout cela fait qu’aucun objet n’aurait pu être proposé aux fidèles qui soit plus saint, plus propre à exciter fortement la reconnaissance et l’amour envers notre Sauveur tout aimant, à enflammer de saints désirs, à stimuler efficacement nos cœurs à toutes les saintes affections.

Marguerite-Marie Alacoque, Vie et Œuvres

Une fois donc étant devant le saint Sacrement, me trouvant un peu plus de loisir, car les occupations que l’on me donnait ne m’en laissaient guère, me trouvant toute investie de cette divine présence, mais si fortement que je m’oubliai de moi-même et du lieu où j’étais, je m’abandonnai à ce divin Esprit, livrant mon cœur à la force de son amour. Il me fit reposer longtemps sur sa divine poitrine, où il me découvrit les merveilles de son amour et les secrets inexplicables de son sacré Cœur qu’il m’avait toujours tenus cachés, jusqu’alors qu’il me l’ouvrit pour la première fois. Mais d’une manière si affective et sensible qu’il ne me laissa aucun lieu d’en douter, pour les effets que cette grâce produisit en moi, qui crains cependant toujours de me tromper en tout ce que je dis se passer en moi. Et voici comme il me semble la chose s’être passée : Il me dit: « Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes, et pour toi en particulier, que, ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen et qu’il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors que je te découvre, et qui contiennent les grâces sanctifiantes et salutaires, nécessaires pour les retirer de l’abîme de perdition ; et je t’ai choisie comme un abîme d’indignité et d’ignorance pour l’accomplissement de ce grand dessein, afin que tout soit fait par moi ». Après il me demanda mon cœur, lequel je le suppliai de prendre, ce qu’il fit et le mit dans le sien adorable, dans lequel il me le fit voir comme un petit atome qui se consumait dans cette ardente fournaise, d’où le retirant comme une flamme ardente en forme de cœur, il le remit dans le lieu où il l’avait pris, en me disant: « Voilà ma bien-aimée, un précieux gage de mon amour, qui renferme dans ton côté une petite étincelle de ses plus vives flammes, pour te servir de cœur et te consumer jusqu’au dernier moment… […] Quoique j’aie refermé la plaie de ton côté, la douleur t’en restera pour toujours, et si jusqu’à présent tu n’as pris que le nom de mon esclave, je te donne celui de la disciple bien-aimée de mon sacré Cœur ».

Jean Tauler

Nous devons frapper à ce Cœur ouvert et tout rempli d’amour, nous devons frapper au côté ouvert du Seigneur. Nous devons y chercher refuge, en toute piété, dans la conscience de notre profonde pauvreté et de notre néant, comme le pauvre Lazare assis devant la porte de l’Homme riche demandait une miette de sa miséricorde.

Mgr Pie, Lettre synodale (Décembre 1857)

Le culte du Sacré-Cœur, vous le savez, Messieurs, c’est la quintessence même du christianisme, c’est l’abrégé et le sommaire substantiel de toute la religion. Le christianisme, œuvre d’amour dans son début, dans son progrès et dans sa consommation ; le christianisme dont l’histoire est tout entière dans ce mot sublime : « Dieu a tant aimé le monde » (Jean III,16) ; le christianisme dont tout le symbole se réduit à ces trois paroles du disciple bien-aimé : « Nous croyons à l’amour de Dieu pour nous » (1 Jean IV,16), c’est-à-dire, nous croyons que dans l’œuvre divine le Cœur a tout fait ; enfin, le christianisme dont toute la morale est enfermée dans ce seul mot : « Diliges : Tu aimeras » (Deut. VI,5), c’est-à-dire tu me rendras amour pour amour, tu me donneras ton cœur en échange de tout ce que le mien a fait pour toi ; le christianisme, disons-nous, ne saurait être identifié aussi absolument avec une autre dévotion comme avec celle du Sacré-Cœur.

Dom Columba Marmion, Le Christ dans ses mystères

La dévotion au cœur sacré de Jésus est de celles qui doivent nous être le plus chères. Et pourquoi ? Parce qu’elle honore le Christ Jésus non plus dans un de ses états ou de ses mystères particuliers, mais dans la généralité et dans la totalité de son Amour, de cet Amour où tous les mystères trouvent leur explication la plus profonde. Bien qu’elle soit spéciale et nettement caractérisée, cette dévotion revêt donc quelque chose d’universel : en honorant le cœur du Christ, ce n’est plus à Jésus enfant, adolescent ou victime que s’arrêtent nos hommages, mais à la personne de Jésus dans la plénitude de son amour. De plus, la pratique générale de cette dévotion tend, en dernière analyse, à rendre à Notre-Seigneur amour pour amour ; à saisir toute notre activité pour la pénétrer d’amour afin de plaire au Christ Jésus ; les exercices particuliers ne sont que des moyens d’exprimer à notre divin Maître cette réciprocité d’amour.

Saint Bernard de Clairvaux, La

Puisque nous sommes une fois parvenus au Cœur très doux de Jésus et qu’il nous est bon d’être là, ne nous laissons pas facilement séparer de Celui dont il est écrit : Ceux qui s’éloignent de vous seront écrits sur la terre. Et ceux qui s’approchent, quel sera leur sort ? Vous-même vous nous l’apprenez, en disant à ceux qui s’approchent de vous : Vos noms sont écrits dans le ciel. Approchons-nous donc de lui, et nous tressaillirons et nous nous réjouirons en lui, au souvenir de son Cœur. Oh ! qu’il est bon, qu’il est doux d’habiter dans ce Cœur ! Trésor précieux que votre Cœur, ô très miséricordieux Jésus ! Perle incomparable trouvée en fouillant le champ de votre corps ! Qui voudrait rejeter cette perle ? Je donnerai tout plutôt, j’échangerai toutes les pensées et affections de mon âme pour l’acheter ; je fixerai tous mes désirs dans le Cœur de mon Seigneur Jésus ; et sans aucun doute il me nourrira de son amour. Dans ce Temple, dans ce Saint des saints, dans cette Arche du Testament, j’adorerai, je louerai le nom du Seigneur, disant avec David : J’ai trouvé mon cœur pour prier mon Dieu. Et moi aussi, j’ai trouvé le Cœur de mon roi, de mon frère, de mon tendre ami Jésus : ne prierai-je donc pas ? Oui, très doux Jésus, ayant trouvé votre Cœur et mon cœur, je vous prierai, vous mon Dieu. Ouvrez seulement à ma prière le sanctuaire de vos intimes audiences ; ou plutôt attirez-moi tout entier dans votre Cœur. Ô Jésus ! le plus beau des enfants des hommes, lavez-moi toujours davantage de mon iniquité, effacez mieux encore mon péché, afin que, purifié par vous, je mérite d’approcher de vous, pureté infinie, d’habiter dans votre Cœur tous les jours de ma vie, et qu’il me soit donné de voir et de faire ainsi votre sainte volonté. Si, en effet, votre côté a été percé, n’est-ce pas pour que l’entrée nous en demeure ouverte ? Oui, votre Cœur a été blessé, afin que, nous dérobant aux agitations extérieures, nous puissions habiter en lui, en vous-même. Il a été blessé encore afin que cette blessure visible nous manifestât l’invisible blessure de votre amour. Pouviez-vous mieux révéler votre ardente charité qu’en permettant que non seulement votre corps, mais votre Cœur lui-même fût blessé de la lance ? Blessure charnelle qui laisse voir la blessure spirituelle ! Qui n’aimerait un Cœur blessé de la sorte ? Qui ne lui rendrait amour pour amour ? Qui se refuserait à ses chastes embrassements ? Nous donc, encore renfermés dans ce corps périssable, aimons de toutes nos forces, payons de quelque retour, embrassons avec tendresse notre divin Blessé, dont des bourreaux impies ont percé les mains, les pieds, le côté, le Cœur ; et demandons avec instance qu’il daigne étreindre du lien et blesser du trait de son amour notre cœur dur encore et impénitent.

Marguerite-Marie Alacoque, Lettre à la Mère Greyfié (1685)

Si vous saviez, ma bonne mère, combien je me sens pressée d’aimer le Sacré-Cœur de Notre-Seigneur Jésus-Christ ! Il me semble que la vie ne m’est donnée du tout que pour cela, et cependant je fais tout le contraire ; il me fait de continuelles faveurs et je ne le paie que d’ingratitude. Il m’a gratifiée d’une visite qui m’a été extrêmement favorable pour les bonnes impressions qu’elle a laissées dans mon cœur. Alors il m’a confirmé que le plaisir qu’il prend d’être aimé, connu et honoré de ses créatures est si grand, que, si je ne me trompe, il m’a promis « que tous ceux qui lui auront été dévoués et consacrés ne périront jamais ; et que, comme il est la source de toutes bénédictions, il les répandra avec abondance dans tous les lieux où sera posée et honorée l’image de son divin Cœur ; qu’il réunira les familles divisées et protégera et assistera celles qui seraient en quelque nécessité et qui s’adresseront à lui avec confiance ; qu’il répandra la suave onction de son ardente charité sur toutes les communautés qui l’honoreront et se mettront sous sa spéciale protection ; qu’il en détournera tous les coups de la divine Justice, pour les remettre en grâce lorsqu’elles en seront déchues. » Il m’a donné à connaître que son sacré Cœur est le Saint des saints, le Saint d’amour ! qu’il voulait qu’il fût connu à présent pour être le Médiateur entre Dieu et les hommes, car il est tout-puissant pour faire leur paix, en détournant les châtiments que nos péchés ont attirés, et pour nous obtenir miséricorde.

Père Pierre-Jacques Aernoudt, Imitation du Sacré-Cœur de Jésus (Livre I, Chapitre V)

Aimable Jésus, source de vie et de grâce ! Animez-moi, aidez-moi à connaître et à imiter votre Cœur, ce type de vertu, ce modèle de sainteté. Délivrez mon cœur de toute illusion et de tout empêchement ; faites que je me porte vers vous par un mouvement simple et pur, que j’emprunte vos sentiments et vos dispositions, que je devienne complètement semblable à vous ! Hélas ! Seigneur, combien peu je ressemble à votre Cœur ! Combien peu j’ai travaillé jusqu’ici à exprimer dans ma vie la vie de votre Cœur ! Encore si je n’avais pas travaillé à pervertir mon cœur et à l’éloigner de vous ! O aveuglement, ô folie de mon âme ! Ayez pitié de moi, Seigneur Jésus, ayez pitié de moi, selon la grande miséricorde de votre Cœur. Que de fidèles qui n’ont pas vécu aussi longtemps que moi, qui n’ont pas eu les mêmes moyens de salut et qui cependant se sont sanctifiés en devenant les fervents disciples de votre Cœur sacré ! Et moi je n’ai pas encore une ombre de sainteté, je suis encore plongé dans le péché. Il est temps, Seigneur, il est temps que je me mette enfin à l’œuvre de ma sanctification que j’ai trop négligée. Une pensée m’excite et m’encourage, c’est que je puis encore me sanctifier, devenir le disciple de votre Cœur et recevoir ce gage éclatant de prédestination. Soulevez-moi de terre, ô mon bon Jésus ! Secourez-moi, rendez-moi le courage : enfin je commence.

Marie de l’Incarnation, Lettre à son fils dom Claude Martin (16 septembre 1661)

C’est par le Cœur de mon Jésus, ma Voie, ma Vérité et ma Vie que je m’approche de vous, ô Père éternel. Par ce divin Cœur, je vous adore pour tous ceux qui ne vous adorent pas, je vous aime pour tous ceux qui ne vous aiment pas, je vous reconnais pour tous les aveugles volontaires qui par mépris ne vous connaissent pas. Je veux par ce divin Cœur satisfaire au devoir de tous les mortels. Je fais en esprit le tour du monde pour y chercher toutes les âmes rachetées du Sang précieux de mon Sauveur. Je les embrasse pour vous les présenter par lui, et par lui, je vous demande leur conversion. Sur cet adorable Cœur, je vous présente tous les ouvriers de l’Evangile, afin que par ses mérites vous les remplissiez de l’Esprit-Saint. Ô Verbe Incarné, Jésus mon Bien-Aimé, vous savez tout ce que je veux dire à votre Père par votre divin Cœur. Je vous le dis en le lui disant, parce que vous êtes dans votre Père et que votre Père est en vous. Faites donc que tout cela s’accomplisse et joignez-vous à moi pour fléchir par votre Cœur celui de votre Père. Faites, selon votre parole, que comme vous êtes une même chose avec lui, toutes les âmes que je vous présente soient aussi une même chose avec lui et avec vous.

Dom Prosper Guéranger, Lettre à Charles Louvet (3 août 1823)

C’est dans le Cœur de Jésus, d’où découle la vraie amitié, qu’il faut quelquefois se réunir ; c’est là que les amitiés mortelles prennent quelque chose de cet amour immense qui consume le Cœur du Sauveur. Voilà, vas-tu dire, notre Moine qui devient mystique. Non, je n’aime pas la mysticité, d’ailleurs ce n’est pas là le vice dominant du séminaire du Mans. Mais seulement autrefois je mettais la dévotion au Sacré-Cœur au rang de toutes ces dévotions raffinées qu’il faut renvoyer aux nonnes ; je me trompais bien : je la trouve, maintenant que je la connais, charmante et même sublime. Quoi en effet de plus signe de notre vénération que ce Cœur divin, dont l’amour a produit la rédemption des hommes et l’Eucharistie ?

Sainte Gertrude d’Helfta, Le Héraut de l’Amour divin

Le Seigneur la fit entrer en un lieu admirable plus qu’on ne saurait dire : c’était le Cœur de Jésus lui-même, disposé en forme de maison, où celle-ci devait célébrer la fête de la Dédicace. Lorsqu’elle y fut entrée, il lui sembla qu’elle allait défaillir sous l’influence incroyable des délices qui l’inondaient et elle dit au Seigneur : Mon Seigneur, quand vous n’auriez introduit mon esprit qu’en une place que vos pieds auraient foulée, ce serait bien assez pour moi ; mais que puis-je essayer pour répondre à la faveur étonnante que vous m’accordez en ce moment ? Le Seigneur répondit : Puisque tu cherches habituellement à m’offrir la partie la plus noble de ton être, c’est-à-dire ton cœur, j’ai jugé que, pour te faire plaisir, je devais t’offrir aussi le mien ; car je suis le Dieu qui se fait pour toi tout en toute choses : vertu, vie, science, nourriture, vêtement, en un mot tout ce qu’une âme aimante peut désirer. Elle dit alors : Si mon cœur s’est mis en quelque point d’accord avec vous, Seigneur, c’était encore votre don. Le Seigneur repris : Il est de ma nature qu’ayant prévenu une âme des bénédictions de la douceur, je continue à lui prodiguer les bénédictions de la rémunération ; et si elle se prête au bon plaisir de mon Cœur, il devient nécessaire que je me conforme aux désirs du sien.

François de Sales

Oui, l’amour divin assis sur le Cœur du Sauveur, comme son trône royal, regarde par la fente de son côté percé tous les cœurs des enfants des hommes : car ce Cœur étant le roi des cœurs, tient toujours ses yeux sur les cœurs. […] Oh ! si nous oyons ce divin Cœur, comme il chante, d’une voix d’infinie douceur, le cantique de louange à la divinité ! Quelle joie, quels efforts de nos cœurs pour se lancer au ciel, afin de le toujours ouïr ! Il nous y invite, certes, ce cher Ami de nos âmes… Viens, dit-il, ma bien-aimée toute chère, et pour me voir plus clairement, viens ès mêmes fenêtres par lesquelles je te regarde. Viens considérer mon Cœur en la caverne de l’ouverture de mon flanc, qui fut faite lorsque mon corps comme une maison réduite en masure fut si piteusement démoli sur l’arbre de la Croix.

Père Jean Croiset, La Dévotion au Sacré-Cœur (Livre I, Chapitre I)

La fin qu’on se propose dans cette dévotion, c’est premièrement de reconnaître et d’honorer autant qu’il est en nous, par nos fréquentes adorations, par un retour d’amour, par nos remerciements et par toutes sortes d’hommages, tous les sentiments d’amour et de tendresse que Jésus-Christ a pour nous dans l’adorable Eucharistie, où cependant il est si peu connu des hommes, ou du moins si peu aimé de ceux mêmes dont il est connu. Secondement, de réparer, par toutes les voies possibles, les indignités et les outrages auxquels l’amour l’a exposé durant le cours de sa vie mortelle, et auxquels le même amour l’expose encore tous les jours dans le saint Sacrement de l’autel. De sorte que toute cette dévotion ne consiste, à proprement parler, qu’à aimer ardemment Jésus-Christ, que nous avons sans cesse dans l’adorable Eucharistie, et à lui témoigner cet ardent amour par le regret qu’on a de le voir si peu aimé et si peu honoré des hommes, et par les moyens que l’on prend pour réparer ce mépris et ce peu d’amour.

Jacques-Bénigne Bossuet, Panégyrique de l’Apôtre saint Jean

En ce Cœur est l’abrégé de toutes les merveilles du christianisme. Mystères de charité dont l’origine est au Cœur ; un Cœur, s’il se peut dire, tout pétri d’amour : toutes les palpitations, tous les battements de ce Cœur, c’est la charité qui les produit. Voulez-vous voir saint Jean vous montrer tous les secrets de ce Cœur ? Il remonte jusqu’au principe, in Principio. C’est pour venir à ce terme : et habitavit, il a habité parmi nous (Jean 1,14). Qui l’a fait habiter avec nous ? L’amour. C’est ainsi que Dieu a aimé le monde, sic Deus dilexit mundum. C’est donc l’amour qui l’a fait descendre pour se revêtir de la nature humaine. Mais quel Cœur aura-t-il donné à cette nature humaine, sinon un Cœur tout pétri d’amour ? C’est Dieu qui fait tous les cœurs, ainsi qu’il lui plaît. Le Cœur du Roi est dans sa main, comme celui de tous les autres, Cor regis in manu Dei est (Prov. 21,1) ; regis, du Roi Sauveur. Quel autre cœur a été plus dans la main de Dieu ? c’était le Cœur d’un Dieu, qu’il réglait de près, dont il conduisait tous les mouvements ; Qu’aura donc fait le Verbe divin, en se faisant homme, sinon de se former un Cœur sur lequel il imprimât cette charité infinie qui l’obligeait à venir au monde ? Donnez-moi tout ce qu’il y a de tendre, tout ce qu’il y a de doux et d’humain ; il faut faire un Sauveur qui ne puisse souffrir les misères sans être saisi de douleurs, qui, voyant les brebis perdues, ne puisse supporter leur égarement. Il lui faut un amour qui le fasse courir au péril de sa vie, qui lui fasse baisser les épaules pour charger dessus sa brebis perdue, qui lui fasse crier : Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, si quis sitit, veniat ad me (Jean 7,37) ; venez à moi, vous tous qui êtes fatigués, venite ad me omnes qui laboratis (Mat. 11,28) ; venez pécheurs, c’est vous que je cherche. Enfin il lui faut un Cœur qui lui fasse dire : je donne ma vie, parce que je le veux, ego pono eam a meipso (Jean 10,17). C’est moi qui ai un Cœur amoureux, qui dévoue mon corps et mon âme à toutes sortes de tourments. Voilà, mes frères, quel est le Cœur de Jésus, voilà quel est le mystère du christianisme. C’est pourquoi l’abrégé de la foi est renfermé dans ces paroles : Nous avons cru à l’amour que Dieu a pour nous, nos credidimus caritati quam habet Deus in nobis… mais si nous y croyons, il faut l’imiter. Ce Cœur de Jésus embrasse tous les fidèles ; c’est là où nous sommes tous réunis « pour être consommés dans l’unité » (Jean 17,23). C’est le Cœur qui parlait, lorsqu’il disait : « Père, je veux que là où je suis, mes disciples soient aussi avec moi » (17,24). Il ne distrait personne, il appelle tous ses enfants, et nous devons nous aimer « dans les entrailles de la charité de ce divin Sauveur, in visceribus Jesu Christi » (Philip. 1,8). Ayons donc un cœur de Jésus-Christ, un cœur étendu, qui n’exclue personne de son amour. C’est de cet amour réciproque qu’il se formera une chaîne de charité qui s’étendra du Cœur de Jésus dans tous les autres, pour les lier et les unir inviolablement ; ne la rompons pas ; ne refusons à aucun de nos frères d’entrer dans cette sainte union de la charité en Jésus-Christ. Il y a place pour tout le monde. Usons sans crainte des biens qu’elle nous procure, nous ne les perdrons pas en les communiquant aux autres, mais nous les possédons d’autant plus sûrement ; ils se multiplient pour nous avec d’autant plus d’abondance que nous désirons plus généreusement les partager avec nos frères… Aimons donc dans le Cœur de Jésus. « Dieu est charité, et qui persévère dans la charité demeure en Dieu et Dieu en lui » (1 Jean 4,16).

Père Jules Chevalier, Lettre au Père Ramière (9 décembre 1862)

Le Cœur du divin Maître est le centre où tout converge dans l’Ancien comme dans le Nouveau Testament, le pivot sur lequel tout roule dans le catholicisme, le soleil de l’Eglise, l’âme de nos âmes, la source de nos mystères, l’origine de nos sacrements, le gage de notre réconciliation, le salut du monde, le remède à tous nos maux et l’arsenal du chrétien. C’est ainsi que je comprends la dévotion au Sacré-Cœur de Jésus ; elle embrasse tout, elle répond à tout.

R.P. Simon Gourdan, Lettre au Cardinal de Noailles (10 juin 1711)

Il me paraît et j’estime que c’est la plus sainte, la plus ancienne, la plus autorisée, la plus parfaite, la plus utile, la plus agréable à Notre-Seigneur, et même la plus nécessaire de toutes les Dévotions. Je dis que c’est la plus sainte, puisqu’elle adore en Jésus-Christ ce qu’il y a de plus dégagé des sens, de plus uni à son Père, de plus sanctifiant pour l’Eglise, c’est-à-dire, sa religion, son amour, ses adorations, ses actions de grâces, ses anéantissements, ses oblations, ses prières et tous les mouvements sacrés de sa charité et de son amour qui se sont formés dans son Cœur dès le moment de son Incarnation, et qui subsisteront dans tous les siècles. Je dis que c’est la plus ancienne de l’Eglise, puisqu’elle rend hommage au vœu que fit Notre-Seigneur entrant au monde, d’abroger les anciens sacrifices, pour se substituer à leur place selon les ordres de son Père, comme une victime d’holocauste, et qu’il l’assure qu’il porte sa loi gravée au milieu de son Cœur, selon la parole du Psaume et de l’apôtre saint Paul aux Hébreux (Ps. XXXIX, 9. Hébr. X). Je dis que c’est la plus autorisée puisque toutes les pages de l’Ecriture ne nous parlent que de réformer notre cœur par un changement de mœurs, de le briser par la pénitence, l’enflammer par l’ardeur de mon amour, l’assujettir à Dieu par la pratique de ses commandements, le nourrir de sa loi par des méditations continuelles, le préparer à la prière par la fuite des occasions du péché, l’affermir dans le bien par la vigilance sur soi-même, et, en un mot, le remplir de sagesse, de prudence, de patience et de toutes les vertus. Toutes les pages, dis-je, de l’Écriture ne peuvent avoir leur accomplissement qu’en proposant pour modèle un cœur qui ait éminemment toutes ces rares qualités qui ne peut être autre que celui de Jésus-Christ. Je dis que c’est la plus parfaite de toutes les Dévotions, puisqu’elle est la source de toutes les autres et que le Sacré-Cœur de Jésus-Christ est un trésor immense où la sainte Vierge et tous les Saints ont puisé leurs grâces, leur vie, leur sainteté, leurs vertus qui, comme des ruisseaux d’une fécondité admirable, ont inondé toute l’Église et fondé une infinité de Dévotions. Je dis que c’est la plus utile, puisque Jésus-Christ nous enseignant d’avoir un cœur pur, d’être doux et humble de cœur comme lui, d’avoir un cœur intelligent, capable de ses vérités et non appesanti vers les choses de la terre et d’aimer Dieu de tout notre cœur, d’éviter la dureté et l’insensibilité du cœur, de faire fructifier dans notre cœur la divine parole et cent autres expressions semblables, nous ne pouvons parvenir et rendre notre cœur susceptible de ces grâces, si son Cœur, qui a été le sanctuaire de la parfaite charité et la fournaise du pur amour, ne le forme en nous ; ce qui demande notre application vers lui, nos devoirs, nos respects, notre culte, notre soumission, nos sacrifices et nos dévotions fréquentes et ferventes. Je dis que c’est la Dévotion la plus agréable à Notre-Seigneur, puisque c’est alors qu’on l’adore en esprit et en vérité et que ce sont de telles adorations qui lui plaisent et à son Père céleste, selon sa parole en saint Jean (IV. 23). Je dis que c’est même la plus nécessaire, puisqu’elle tend à nous lier à Jésus-Christ comme membres, à nous animer de sa Vie et de son Esprit, et à nous rendre un même corps avec Lui, rempli de ses sentiments, régi par ses mouvements, participant à ses dispositions et à ses inclinations, et n’ayant avec lui qu’un même cœur et une même âme par la communication de ses divines influences. Il s’ensuit que cette Dévotion ayant de si beaux caractères, elle ne peut être trop conseillée, trop louée, trop approuvée ; il est vrai qu’on peut en particulier adorer le Cœur de notre Sauveur et faire de saintes Dévotions à son honneur ; mais il y a beaucoup plus de bénédictions à le faire en corps et en société par une sainte Confrérie ; on le fait avec plus de ferveur, plus d’onction, plus de persévérance ; on s’anime, on s’excite les uns les autres, l’ardeur de l’un réveille la langueur de l’autre, on se communique différentes pratiques, on fait une sainte ligue contre le Démon, on attire de lâches mondains, des indifférents, et on les fait embrasser avec amour et componction cette Dévotion à laquelle ils ne pensaient pas ni même à leur salut ; ce que l’on fait seul est comme mort, et sujet à des interruptions, mais ce qui se fait en corps la grâce y est plus abondante et plus opérante, le cœur y est plus vif et la piété plus animée. J’ajoute que cette Dévotion n’est pas nouvelle, saint Paul veut que nous ayons les mêmes sentiments que Jésus-Christ ; il veut que nous chantions dans le cœur des Hymnes et des Psaumes, que nous ayons la Loi de Dieu écrite dans nos cœurs, que nous ne soyons point extérieurs, il a mis l’homme caché dans nos cœurs, absconditus cordis homo, que nous priions dans une parfaite simplicité de cœur, que nous conservions dans nos cœurs le gage de l’Esprit-Saint, que l’on croie du cœur, qu’il se fasse une conversion dans nos cœurs ; et toutes ces paroles nous rappellent directement au Sacré Cœur de Jésus-Christ, sans lequel nous ne pouvons rien, et hors duquel nos cœurs seront dans une stérilité entière et une malignité surprenante. Le Cœur de Jésus-Christ est la source de tous les mystères ; s’y lier, c’est les adorer tous et en puiser des grâces ; et c’est dans cette Dévotion, accomplir toutes les autres, puisque la charité en a été le principe. On peut dire que cette Dévotion a été celle des Prophètes puisqu’ils ont prédit que Dieu répandrait dans les derniers temps, un Esprit et un Cœur nouveau, qui est sans doute celui de Jésus-Christ ; Celle des Apôtres et des premiers Fidèles, puisqu’ils n’avaient qu’un cœur en Jésus-Christ ; Celle des Martyrs, puisqu’ils donnaient leur vie, animée de la charité de Jésus-Christ, et possédant sa paix dans le fond de leur cœur ; Celle des saints Docteurs, puisqu’on ferait des volumes entiers de ce qu’ils ont écrit du Cœur de Jésus-Christ, et de sa charité pour les hommes ; Celle des Contemplatifs et des vrais Mystiques qui ont été excellemment appliqués au Cœur adorable de Jésus-Christ et à sa vie intérieure, cachés et retirés dans son Cœur ; Celle des vrais Pénitents, qui ont trouvé dans le Cœur blessé de Jésus-Christ sur la croix, le remède à leurs maux, l’extinction de leurs passions, la nourriture de leur amour, une source de larmes et une tendre compassion, les sentiments les plus vifs de la pénitence et la plus parfaite douleur de leurs péchés. Quelle source de grâces n’est donc point pour nous cet adorable Cœur ! Quel trésor immense de tous biens ! Quel fort inaccessible à tous les ennemis de notre salut ! Qu’il soit donc notre refuge assuré dans tous les périls qui nous environnent, la consolation de notre exil, notre Paradis anticipé, le centre de nos désirs et le repos parfait de notre cœur. Prions le Père éternel de nous faire entrer, par sa miséricorde, dans ce sanctuaire de grâces où il prend toutes ses complaisances et ses délices. Renfermons-nous dans ce temple de la Divinité pour y contempler, adorer et imiter le sacrifice parfait que Jésus-Christ, notre chef et notre auguste Médiateur, y offre à la souveraine Majesté, et pour y participer à toutes les saintes dispositions, à tout l’amour et à toute la religion de ce Cœur sacré et adorable. Qu’il soit loué, adoré, aimé et béni dans tous les siècles, pendant toute l’éternité. Que tout esprit le loue, et que tous les cœurs l’aiment pardessus toutes choses.

– Pape Léon XIII, Annum Sacrum (Encyclique)

Ce témoignage général et solennel de respect et de piété est pleinement dû à Jésus-Christ, car il est le Roi et le Maître suprême. Son autorité, en effet, ne s’étend pas seulement aux peuples faisant profession de la foi catholique ou aux hommes qui, régulièrement baptisés, appartiennent en droit à l’Eglise, malgré les erreurs qui les en détournent ou les dissensions qui ont rompu le lien de la charité ; son empire embrasse aussi tous ceux qui sont privés de la foi chrétienne. Aussi, et en toute vérité, est-ce le genre humain tout entier qui relève du pouvoir de Jésus-Christ. [… ] Puisque le Sacré-Cœur est le symbole et l’image sensible de la charité infinie de Jésus-Christ, qui nous pousse elle-même à l’aimer en retour, il est tout naturel de se consacrer à ce Cœur Très Saint. Agir ainsi, n’est pas autre chose que se donner et se lier à Jésus-Christ, car tout honneur, tout hommage, toute marque de dévotion offerte au divin Cœur se rapporte vraiment et proprement au Christ lui-même. […] C’est pourquoi Nous engageons et Nous exhortons à accomplir avec ardeur cet acte de piété tous les fidèles qui connaissent et aiment le divin Cœur. Nous désirerions vivement qu’ils se livrassent à cette manifestation le même jour, afin que les sentiments et les vœux communs de tant de milliers de fidèles fussent portés en même temps au temple céleste. […] Dans ces derniers temps surtout, on s’est appliqué à dresser comme un mur entre l’Eglise et la société civile. Dans l’organisation et l’administration des Etats, on compte pour rien l’autorité du droit sacré et divin. On se propose par là de ne laisser s’établir aucun rapport entre la vie publique et la religion. Or, cela revient presque à faire disparaître la foi du Christ et, si c’était possible, à chasser Dieu de la terre. Les esprits ainsi gonflés de cet insolent orgueil, faut-il s’étonner que la plus grande partie du genre humain en soit venue à un degré de trouble et se trouve ballottée par les flots à un point qui ne permet à personne d’être à l’abri de la crainte et du danger ? […] A l’époque plus rapprochée de ses origines où l’Eglise subissait le joug des Césars, la croix apparue dans le ciel à un jeune empereur fut le signe et le principe d’une victoire complète. Voici que, de nos jours, se présente à nos regards un autre présage favorable et tout divin : c’est le Cœur Très Sacré de Jésus, surmonté d’une croix brillant au milieu des flammes. En lui se doivent placer toutes nos espérances. C’est à lui qu’il faut demander et de lui qu’il faut attendre le salut de l’humanité.

Saint Bonaventure, La Vigne mystique

Ton Cœur, ô parfait Jésus, est le bon trésor, la perle précieuse que nous avons trouvée dans le champ labouré de ton corps. Qui donc rejetterait cette perle ? Je donnerai plutôt mes bijoux, j’échangerai contre elle toutes mes pensées et mes affections et je me l’achèterai, jetant tout souci dans le Cœur du bon Jésus qui, sans tromperie, me nourrira. J’ai trouvé le Cœur du Roi, mon Seigneur, mon frère et mon ami, le très doux Jésus. Car son Cœur est à moi. Ayant trouvé ce Cœur, ô très doux Jésus, qui est le tien et le mien, je te prierai, ô mon Dieu. Accueille mes prières avec condescendance, ou plutôt prends-moi tout entier dans ton Cœur […] Ton côté a été percé : c’est pour que, à l’abri de tous les orages du dehors, nous puissions demeurer en cette vigne. Pourquoi encore blessé ? Pour que, par cette blessure visible, nous voyions la blessure invisible de ton amour. Qui aime ardemment est blessé d’amour : comment mieux montrer cette ardeur qu’en laissant la lance blesser, non seulement le corps, mais aussi le Cœur lui-même ? La blessure charnelle rappelle la blessure spirituelle. Qui n’aimerait ce Cœur déchiré d’une telle blessure ? Qui n’aimerait ce Cœur si aimant ? Qui n’embrasserait ce Cœur si pur ? Nous donc, qui vivons encore dans la chair, répondons autant que nous le pouvons à l’amour de celui qui nous a aimés, embrassons-le, lui qui fut blessé pour nous, lui dont les mains et les pieds, le côté et le Cœur furent percés pour nous. Et prions-le d’enchaîner d’un lien d’amour notre cœur jusqu’ici dur et impénitent, et de le blesser d’un trait de son amour.

Charles de Foucauld, Nouveaux écrits spirituels

Que vous nous aimez, ô Cœur de Jésus ! Il ne vous a pas suffi de contenir tous les hommes, tous ces hommes si ingrats, pendant toute votre vie, vous avez voulu encore leur être ouvert et être blessé pour eux après votre mort ; vous avez voulu porter éternellement cette blessure comme signe de votre amour, comme signe que votre Cœur est toujours ouvert à tous les vivants, et toujours prêt à les recevoir, à leur pardonner, à les aimer. Par cette ouverture béante, vous appelez éternellement tous les hommes à croire à votre amour, à avoir confiance en lui, à venir à vous, si souillés qu’ils soient. A tous, tous, même aux plus indignes, votre Cœur est ouvert ; pour tous, tous, il a été percé ! Vous aimez tous les vivants, vous les appelez tous à Vous, vous leur offrez à tous le salut jusqu’à la dernière heure, leur dernier instant. Voilà ce que vous nous dites, vous nous criez éternellement par cette bouche béante de votre Cœur, ô tendre Jésus !

Mère Claret de La Touche, Le Sacré-Cœur et le Sacerdoce (Partie II, Chapitre VIII)

Le Cœur de Jésus est le sanctuaire divin où résident toutes les vertus. Il les possède toutes à un éminent degré. Il est le foyer toujours ardent d’où rayonnent toutes les beautés morales, tous les dons naturels, surnaturels et divins que nos pauvres intelligences pourraient rêver. Parmi toutes les vertus qui demeurent en ce Sacré-Cœur comme dans leur temple particulier, il en est une cependant qui semble être plus spécialement la sienne, sa vertu, son inclination propre : c’est la miséricorde. Oui, la miséricorde est vraiment l’attribut du Cœur de Jésus.

Chanoine Auguste Saudreau, Manuel de spiritualité

Historique de cette dévotion Toujours depuis la venue de Jésus sur la terre, les âmes fidèles ont été touchées de son immense amour, et elles ont trouvé dans le souvenir de cet amour le plus puissant stimulant à leur propre amour. Comme l’amour vient du cœur, les saints docteurs quand ils parlaient de l’amour, souvent parlaient aussi du Cœur de Jésus : « Qu’ils est bon et doux, dit saint Bernard, d’habiter dans ce Cœur ! Trésor précieux, perle rare que votre Cœur, ô bon Jésus… tirez-moi dans ce sacré Cœur, et afin que je puisse y habiter, lavez-moi de mes iniquités, purifiez-moi de toute tache. » (Tract. de Pas., ch. III) « S’il m’eût été possible, dit saint Bonaventure, d’être la lance du soldat qui perça le Cœur de Jésus, croyez-vous qu’après y être entré, j’en fusse sorti ? Non, certes, j’y serais demeuré. Je n’aurais ni pu ni voulu m’en éloigner… Oh ! mon âme, si tu savais combien ce Cœur est doux. Entres-y, et quand tu y seras, dans ce très doux Cœur de Jésus, puisses-tu fermer sur toi les portes de ses blessures, afin qu’il te soit impossible d’en sortir. » (Stim. amoris P. I, c. i et vii) « Je vous adore, ô Cœur très doux, très aimable, très miséricordieux, qui avez été blessé pour mon amour » disait Grenade. (Mémorial, ch. vi) Plus d’une fois le Seigneur montra à ses épouses son Cœur, foyer d’amour. « Regarde mon Cœur, dit-Il à sainte Gertrude, je veux que ce soit ton temple. » Et une autre fois : « Voilà mon Cœur, les délices de la sainte Trinité ; je te le donne afin qu’il serve de supplément à ce qui te manque. » (L. iii, ch. 15) « S’il me fallait écrire, dit sainte Mechtilde, toutes les grâces que j’ai reçues du très aimable Cœur de Jésus, je ferais un livre plus gros que celui du Bréviaire. » (L.II, ch. 22) On trouve des révélations semblables dans les vies de sainte Catherine de Sienne, sainte Lutgarde, sainte Catherine de Gênes, sainte Marguerite de Cortone, sainte Angèle de Foligno, sainte Marie-Madeleine de Pazzi, sainte Rose de Lima, etc. Mais ni ces saintes âmes, si favorisées de Dieu, ni les saints docteurs qui s’étaient montrés si affectionnés au Cœur de Jésus, ne cherchèrent à propager la dévotion à ce divin Cœur. L’apôtre saint Jean a déclaré à sainte Gertrude qu’il « était réservé aux derniers temps de faire connaître ce qu’il y a de douceur dans le Cœur de Jésus, afin que le monde, engourdi par l’âge, reprenne dans l’amour divin une nouvelle chaleur. (L. IV, ch. 4) Le premier apôtre de la dévotion au Cœur de Jésus fut le B. Père Eudes. Dès 1643, il avait fait célébrer dans l’intimité par ses missionnaires une fête en l’honneur du Cœur de Jésus et une autre en l’honneur du Cœur de Marie ; cette dernière fut approuvée par l’évêque d’Autun et célébrée dans son diocèse à partir de 1648. En 1570 plusieurs évêques, sur la demande du Bienheureux, permirent de célébrer dans leur séminaire la fête du Cœur de Jésus, dont le bienheureux avait composé l’office et la messe. En 1674 le Bienheureux obtint du Souverain Pontife un Bref, lui permettant d’établir une Confrérie du divin Cœur. Cet ardent missionnaire déploya le plus grand zèle pour amener les âmes pieuses à honorer le Cœur de Jésus et le Cœur de Marie ; il a été déclaré par le Saint-Siège dans la Bulle de Béatification : l’instituteur du culte liturgique du Sacré-Cœur. Mais ce fut surtout la Bienheureuse Marguerite-Marie qui reçut de Dieu la mission de propager cette grande dévotion. Elle reçut la première révélation le 27 décembre, très probablement en 1673, en la fête de saint Jean l’Évangéliste, le jour même, remarque Mgr Bougaud, où trois cent cinquante-trois ans auparavant, sainte Gertrude avait appris du saint apôtre que Dieu ferait connaître plus tard les secrets adorables du Cœur de Jésus. Après l’avoir fait reposer fort longtemps sur sa divine poitrine, Il lui dit : « Mon divin Cœur est si passionné d’amour pour les hommes et pour toi en particulier, que ne pouvant plus contenir en lui-même les flammes de son ardente charité, il faut qu’il les répande par ton moyen, et qu’il se manifeste à eux pour les enrichir de ses précieux trésors. » Peu de temps après, raconte la bienheureuse « ce divin Cœur me fut présenté comme un trône de flammes, plus rayonnant qu’un soleil et transparent comme un cristal, avec cette plaie adorable, et il était environné d’une couronne d’épines, qui signifiait les piqûres que nos péchés Lui faisaient, et une croix au-dessus, qui signifiait que, dès les premiers instants de son Incarnation, c’est-à-dire que dès lors que ce sacré Cœur fut formé, la croix y fut plantée, et il fut rempli, dès ces premiers instants, de toutes les amertumes que Lui devaient causer les humiliations, pauvreté, douleurs et mépris, que la sacrée humanité devait souffrir, pendant tout le cours de sa vie et en sa sainte passion. » Une autre fois que le Saint Sacrement était exposé, c’est toujours la Bienheureuse qui parle, « Jésus-Christ, mon doux Maître se présenta à moi, tout éclatant de gloire avec ses cinq plaies, brillantes comme cinq soleils, et de cette sacrée humanité sortaient des flammes de toutes parts, mais surtout de son adorable poitrine, qui ressemblait à une fournaise ; et s’étant ouverte, me découvrit son tout aimant et tout aimable Cœur, qui était la vive source de ces flammes. Ce fut alors qu’Il me découvrit les merveilles inexplicables de son pur amour, et jusqu’à quel excès il l’avait porté d’aimer les hommes, dont Il ne recevait que des ingratitudes et des méconnaissances. Ce qui m’est beaucoup plus sensible, me dit-Il, que tout ce que j’ai souffert en ma passion ; d’autant que s’ils me rendaient quelque retour d’amour, j’estimerais peu tout ce que j’ai fait pour eux, et voudrais, s’il se pouvait, en faire encore davantage. » D’autres révélations eurent lieu où N.-S. pressa Marguerite-Marie de faire part aux hommes de ses miséricordieux desseins. La Bienheureuse remplit fidèlement sa mission, et la dévotion au Sacré-Cœur, malgré l’opposition violente et acharnée des jansénistes, se répandit dans l’Eglise, ayant reçu les approbations et les encouragements du Saint-Siège. Enfin le 25 mai 1899, dans son Encyclique Annum sacrum, le Pape Léon XIII fit et voulut que l’Église fit avec Lui un acte « dont, dit-il, nous attendons des fruits extraordinaires et durables, avant tout pour la religion chrétienne, et ensuite pour le genre humain tout entier, la consécration de tous les hommes au Sacré-Cœur ». Une religieuse de grande vertu, une fille du B. P. Eudes, la Mère Marie du Divin Cœur, supérieure du Bon-Pasteur de Porto, avait fait savoir au Pape que N.-S. demandait cette consécration ; et le Souverain Pontife, après avoir rappelé que la croix montrée à Constantin avec ces paroles : Tu vaincras par ce signe, avait en effet, donné la victoire au jeune empereur, ajoutait : « Aujourd’hui, voici qu’un autre signe tout divin nous est offert, gage de suprême espérance, le Cœur très sacré de Jésus, surmonté de la Croix, brillant d’un resplendissant éclat au milieu des flammes. En lui il faut placer toutes nos espérances ; de lui il faut solliciter et attendre le salut des hommes. » C’est donc sous l’étendard du Sacré-Cœur que doivent se livrer les derniers combats et se remporter les grands triomphes de l’Église sur l’enfer. Nature de la dévotion au Cœur de Jésus La dévotion au Sacré-Cœur est une vénération du Cœur de Jésus, symbolisant la charité de ce divin Sauveur. L’amour de sa nature étant spirituel, il faut un signe sensible pour le représenter ; or chez tous les peuples, le cœur est le symbole de l’amour. L’amour du Sacré-Cœur comprend : l’amour divin et incréé du Verbe de Dieu, amour commun aux trois personnes divines, et son amour humain et créé résidant dans son âme humaine. Par ce double amour Jésus, l’Homme-Dieu, aime Dieu, son Père, d’un amour incompréhensible, Marie, sa sainte Mère, qui, à elle seule, Lui est plus chère que toutes les créatures réunies, tous les élus, dont le bonheur Lui cause une si grande joie, les âmes souffrante du purgatoire, dont Il désire la délivrance plus qu’elles ne la désirent elles-mêmes, la sainte Église, son Épouse, qu’Il veut voir « glorieuse, sans tache, sans ride, sainte et immaculée » (Eph., v, 27), les âmes justes, auxquelles par ses souffrances Il a obtenu tant de grâces et qu’Il voudrait tant sanctifier davantage, les pécheurs, pour qui aussi Il a versé tout son sang, et qui Lui inspirent une immense compassion. La dévotion au Cœur de Jésus rappelle donc tout d’abord l’amour de ce Cœur adorable, mais elle amène aussi l’âme à contempler toutes les merveilles dont le Cœur de Jésus est le centre. « En effet, dit la sœur Joly, le Cœur adorable de Jésus est un abîme de trésors, de grâces et de gloire ; on ne pourra l’envisager longtemps sans y découvrir des richesses immenses, sans y trouver des choses infinies à adorer et à aimer, à imiter et à recevoir. » Ainsi le Cœur de Jésus est la source de la vie intérieure du Sauveur, de ses sentiments tout divins, de ses joies, de ses peines, de ses désirs, de sa haine du mal ; il est le principe de ses vertus, de son humilité, de sa douceur, même envers ses ennemis, de son obéissance, de sa pureté, de sa patience, de sa pauvreté ; du Cœur de Jésus procèdent les grâces et toutes les faveurs que le Sauveur réserve à ses fidèles amis. Les sentiments principaux qui naissent comme nécessairement de la dévotion au Sacré-Cœur sont la reconnaissance, la confiance, l’amour, le désir de la réparation. D’elles procèdent aussi la contrition, l’humilité, le détachement et le zèle. Nous venons de signaler le désir de la réparation. La confidente et la messagère du Cœur de Jésus, la Bienheureuse Marguerite-Marie, a toujours insisté sur le devoir que nous avons de Le consoler. C’est que Jésus, en même temps qu’Il lui rappelait la grandeur de son amour, se plaignait toujours du peu de retour qu’Il trouvait parmi les hommes. « Voilà ce Cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consommer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance je ne reçois de la plupart que des ingratitudes. » (Vie et Oeuv., T. II, p. 102) In propria venit, dit saint Jean, et sui eum non receperunt : « Il est venu chez Lui et les siens ne l’ont pas reçu. » « L’amour n’est pas aimé », disait saint François d’Assise. Quel sujet de tristesse pour un cœur aimant, et quel stimulant à sa générosité ! Avantages de la dévotion au Cœur de Jésus Celui qui comprend bien et qui sait pratiquer la dévotion au Sacré-Cœur revient constamment dans ses oraisons, dans ses communions, dans tout le cours de sa vie sur cette pensée : Dilexit me et tradidit semetipsum pro me : Il m’a aimé et il s’est livré pour moi ; il se rappelle sans cesse la pensée d’un Dieu qui par amour s’est incarné, c’est-à-dire s’est anéanti prenant la forme d’un esclave, d’un Dieu qui par amour s’est fait tout petit enfant, d’un Dieu qui pendant plus de quinze années a vécu comme un pauvre ouvrier, d’un Dieu qui pour éclairer et convertir les âmes a mené pendant trois ans une vie de labeurs et de dévouement, mangeant le pain de l’aumône, se fatiguant dans ses courses, se faisant doux et accueillant pour tous, consolant les affligés, évangélisant les malheureux, passant souvent ses nuits à prier pour les enfants des hommes ; d’un Dieu qui s’est livré à des scélérats, vrais démons déchaînés, pour être par eux garrotté, souffleté, couvert de crachats, flagellé, crucifié, d’un Dieu qui pour prolonger ses humiliations et se donner tout entier à de misérables créatures, se fait le Dieu-Hostie, s’anéantissant plus encore que dans la crèche et s’exposant à toutes les profanations et à tous les sacrilèges. Comment cette pensée continuelle des bienfaits de Jésus, de ses folies d’amour – plus sages, dit saint Paul, que la sagesse des hommes (I Cor., i, 25) – ne ferait-elle pas naître dans le cœur de l’homme une vive reconnaissance ? En voyant tant de bonté, tant de douceur, tant de désir de notre bien éternel, en considérant qu’Il nous a mérité toutes les grâces, qu’Il n’a pas de joie plus grande que de nous en combler, qu’Il est tout disposé, si nous le Lui demandons, à suppléer par ses mérites à nos défaillances et à notre pauvreté, comment n’avoir pas une invincible confiance ? comment ne pas souhaiter aimer toujours davantage un Dieu si plein d’amour ? Et en Le voyant si mal payé de retour, si offensé par ceux pour qui Il s’est immolé, comment ne pas désirer Le consoler ? Comment ne pas répondre à sa plainte si touchante : Sustinui qui simul contristaretur, et non fuit, et qui consolaretur, et non inveni : J’ai cherché quelqu’un pour souffrir avec moi, et il ne s’en est pas rencontré, quelqu’un pour me consoler, et je n’en ai point trouvé ? Or il n’y a qu’un moyen de Le consoler, de Le dédommager, c’est de mener une vie généreuse, une vie toute de dévouement et de vertu. Combien aussi par la dévotion au Sacré-Cœur le souvenir des fautes commises devient amer ! La contrition qu’elle produit est une contrition de pur amour, qui purifie l’âme et la fortifie contre les rechutes. Le grand obstacle qui empêche tant de personnes de progresser dans l’amour divin est leur amour-propre, qui les replie sans cesse sur elles-mêmes, soit sur leurs qualités pour s’y complaire et désirer qu’elles soient estimées et louées, soit sur leurs misères pour s’en désoler et se laisser abattre. La pensée constante du bon Sauveur, de ses bienfaits innombrables, des offenses par lesquelles elles-mêmes et tant d’autres paient tant de bonté, arrête ces vains retours d’amour-propre, maintient ces âmes dans la confiance, mais aussi dans l’oubli d’elles-mêmes et le vrai détachement, les plonge dans une humilité amoureuse, jointe à d’ardents désirs de réparation. Et en voyant ce divin Cœur si amoureux des âmes, si désireux de leur bien spirituel, il est comme impossible de ne pas partager son zèle, et de ne pas dépenser tout son dévouement pour le salut et la sanctification du prochain. Nous trouvons donc dans la dévotion au Sacré-Cœur les plus pressants motifs de pratiquer les plus belles vertus, mais nous y trouvons aussi le modèle parfait de toutes ces vertus. Est-il rien de plus beau, de plus suave à contempler que Jésus, si saint et si miséricordieux, si ferme et si doux, si compatissant et si dévoué, si digne et si familier, si prudent et si simple, si puissant, si sage et cependant si humble ? L’Évangile lu et étudié avec les lumières que donne la dévotion au Sacré-Cœur est une source de joies suaves, de réconfort et d’ardeurs généreuses. La dévotion au Sacré-Cœur ne produit tous ces effets que chez les âmes qui, en même temps qu’elles se nourrissent de ces vérités, s’efforcent d’y conformer leur vie. En effet, si l’on se contente de réfléchir sans passer à l’action, on rend stériles les lumières reçues. Du reste, les vérités chrétiennes entrent dans une âme bien plus par la droite volonté que par le pur raisonnement, bien plus par les actes de vertu que par les leçons les plus savantes ; aussi ceux qui font de grands efforts pour vivre comme de vrais dévots du Sacré-Cœur, qui s’appliquent aux vertus vers lesquelles cette dévotion les pousse, pénètrent de plus en plus dans l’abîme de perfection qu’est le Cœur de Jésus, ils comprennent de mieux en mieux les merveilles de son amour ; plus ils sont généreux, plus ils reçoivent de lumières, et plus ils reçoivent de lumières, plus ils sont portés à se montrer généreux. Ainsi s’expliquent parfaitement les promesses de Jésus à la bienheureuse Marguerite-Marie, en faveur de ceux qui honorent son Sacré-Cœur, promesses dont nous donnons ici la consolante série : – Je leur donnerai toutes les grâces nécessaires dans leur état ; – Je mettrai la paix dans leurs familles ; – Je les consolerai dans toutes leurs peines ; – Je serai leur refuge assuré pendant la vie et surtout à la mort ; – Je répandrai d’abondantes bénédictions dans toutes leurs entreprises ; – Les pécheurs trouveront dans mon Cœur la source et l’océan infini de la miséricorde ; – Les âmes tièdes deviendront ferventes ; – Les âmes ferventes s’élèveront rapidement à une grande perfection ; – Je bénirai tous les lieux où l’image de mon Sacré-Cœur sera exposée, honorée ; – Je donnerai à ceux qui travailleront au salut des âmes le talent de toucher les cœurs les plus endurcis ; – Les personnes religieuses en retireront tant de secours qu’il ne faudrait point d’autre moyen pour rétablir la première ferveur et la plus exacte régularité dans les communautés le moins bien réglées, et pour porter au comble de la perfection celles qui vivent dans la régularité ; – Les personnes qui propageront cette dévotion auront leur nom écrit dans mon Cœur, et il n’en sera jamais effacé ; – Dans l’excès de la miséricorde de mon Cœur, je te promets que son amour tout-puissant accordera à tous ceux qui communieront les premiers vendredis, neuf fois de suite, la grâce de la pénitence finale, et qu’ils ne mourront point dans ma disgrâce, ni sans recevoir les sacrements, et mon Cœur se rendra leur asile assuré à cette heure dernière. À la dévotion au Sacré-Cœur se rattache la pratique de l’Heure Sainte. Notre-Seigneur dit à la Bienheureuse Marguerite-Marie : « Toutes les nuits du jeudi au vendredi… tu te lèveras entre onze heures et minuit, pour te prosterner pendant une heure avec moi, la face contre terre, tant pour apaiser la divine colère, en demandant miséricorde pour les pécheurs, que pour adoucir, en quelque façon, l’amertume que je sentais de l’abandon de mes apôtres. » De là est venue la pratique, encouragée par des indulgences précieuses, de consacrer, le jeudi soir, une heure à l’oraison mentale, en union avec le Sauveur agonisant, dans le but de consoler son Cœur, d’apaiser la colère divine, et de demander miséricorde pour les pécheurs. C’est donc un exercice de réparation et d’amour, qui ne peut manquer d’attirer de grandes grâces sur ceux qui s’y montrent fidèles.

Jean Eudes, La vie et le royaume de Jésus dans les âmes chrétiennes

Anéantissez en moi mon propre cœur et mon amour-propre, et y établissez votre Cœur et votre amour. C’est cet amour infini de votre Cœur et ce Cœur immense, tout rempli d’amour, que je veux vous offrir, puisque vous me l’avez donné en vous donnant à moi avec le Cœur bien-aimé de votre Mère bien-aimée, Cœur le plus aimable, le plus aimé et le plus aimant de tous les cœurs qui adorent le vôtre. […] Ô Roi des cœurs ! Que bienheureux sont ces cœurs qui ne feront autre chose, en toute l’éternité, que d’adorer, louer et aimer le très adorable et très aimable Cœur de Jésus !

Bibliographie

  • R.P. Joseph de Gallifet, L’excellence de la dévotion au coeur adorable de Jésus-Christ (Lien)
  • Abbé Levesque, L’origine du culte du Sacré–Coeur de Jésus
  • Frère Marie-Clément, Vie d’union avec le Sacré-Coeur (Lien)
  • Pape Pie XII, Haurietis aquas
  • Jean-Vincent Bainvel, La Dévotion au Sacré-Coeur de Jésus : doctrine, histoire (Lien)
  • Albert Tesnière, La soif du Sacré-Coeur (Lien)
  • Marquis André de La Franquerie, Le Sacré-Coeur et la France
  • Regnabit : revue universelle du Sacré-Coeur (Lien)
  • Pape Léon XIII, Annum Sacrum
  • Chanoine Stéphen Coubé, Le Sacré-Cœur, salut du monde et de la France
  • R. P. Gautrelet, Le Salut de la France par le Sacré-Coeur de Jésus (Lien)