Jean Daujat, La face interne de l’histoire (Pages 47-50)
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Suite à l’Incarnation, n’importe quel acte de Jésus-Christ aurait suffi pour réparer le péché. Mais nous allons maintenant découvrir que l’Amour infini de Dieu a été encore infiniment plus loin en découvrant comment Jésus-Christ a réalisé la Rédemption : la Rédemption a eu lieu par la sainteté infinie de l’Acte infini d’amour par lequel Jésus-Christ a offert par amour ses souffrances et sa mort. Il ne s’agit pas de souffrances subies avec résignation, mais offertes par amour. Il ne s’agit pas non plus d’une valeur de la souffrance qui en elle-même n’a aucune valeur et n’est nullement voulue par Dieu : elle n’est qu’un mal. Mais nous avons vu que dans l’ordre surnaturel toute valeur est dans l’attitude intérieure d’amour : la valeur de la Rédemption n’est pas dans la souffrance, mais dans l’amour qui offre la souffrance. Et alors plus grande est la souffrance offerte, plus est grand l’amour qui l’offre. Mais infinie est la souffrance du Christ. D’abord, comprenant et aimant infiniment le Bien infini dont le péché est le mépris et le rejet, Il comprend la malice infinie du péché et en a une horreur infinie, d’où la souffrance infinie de Son cœur devant le péché à réparer qui selon le récit du médecin saint Luc. Le fait entrer en agonie jusqu’à une sueur de sang alors qu’Il n’a encore reçu aucun coup ni aucune blessure : c’est donc indépendamment du rôle joué ultérieurement par ses meurtriers que nos péchés l’ont mis en agonie et ce n’est que pour les réparer qu’Il s’est ensuite abandonné volontairement à ses meurtriers. De plus Jésus-Christ, Être parfait et Vie parfaite, Créateur de l’être et de la vie, a un amour infini de l’être et de la vie, donc une horreur infinie de la mort, et ceci permet de soupçonner ce que la mort a été pour Lui. C’est donc bien par un acte infini d’amour qu’Il a offert par amour ses souffrances et sa mort. Cette infinie sainteté du Christ Rédempteur donne à Dieu infiniment plus d’amour que le péché n’a jamais pu Lui en refuser, elle constitue donc un triomphe total de l’Amour infini sur le péché qui est par là non seulement surabondamment réparé et compensé, mais vaincu au point qu’il n’en restera rien et qu’on pourra le dire « effacé ». Ce Mystère de la Rédemption que saint Paul appelle « le grand Mystère caché en Dieu depuis la Création du monde » nous dévoile tout le plan divin de la Création : ce que Dieu a voulu d’abord en créant comme le don le plus total de son Amour et en fonction de quoi toute la Création a été ordonnée et vers quoi tend toute la succession des siècles, c’est l’infinie sainteté du Christ Rédempteur par laquelle l’Amour infini triomphe du péché effacé par elle au point qu’il n’en reste rien. Là seulement est la réponse totalement éclairante à ce problème du mal qui angoisse tant les hommes. Nous avons vu que la source de tous les maux se trouve dans le péché, mais si l’on demande pourquoi Dieu a laissé arriver le péché, on peut maintenant répondre que c’est en vue que le péché soit détruit par la victoire de Son Amour infini en l’infinie sainteté du Christ Rédempteur. Il ne faudrait pas en conclure que Dieu a voulu le péché qu’Il ne peut évidemment d’aucune manière vouloir, mais Dieu, sachant que la liberté indispensable à l’adhésion à Son Don d’amour comporte chez la créature la possibilité du péché, a inclus le péché ainsi prévu dans son dessein éternel en l’effaçant par le triomphe de Son Amour dans la Rédemption. Ce serait donc folie de regretter le paradis terrestre et l’innocence d’avant le péché : il faut se réjouir que nous ayons perdu l’innocence et que le péché ait eu lieu puisque par le merveilleux don de l’Amour infini nous avons mieux que l’innocence en ayant la Rédemption par Jésus-Christ. C’est ce que l’Église chante en son chant triomphal de la nuit pascale : « Ô combien indispensable péché d’Adam qui a été détruit par la mort de Jésus-Christ ! Ô faute heureuse et bénie qui nous a valu un tel Rédempteur ! ». Par l’Amour infini de Dieu il ne résulte pas pour nous du péché une perte, mais un gain, et quel gain puisque c’est l’infinie sainteté du Christ Rédempteur ! Autant le Christ Rédempteur est infiniment supérieur à Adam innocent, autant nous en recevrons surabondance de grâce et de joie. Ainsi la perspective dans laquelle s’établit tout le plan divin de la Création est celle de la Miséricorde Infinie, c’est-à-dire le don le plus total que Dieu pouvait faire de Lui-même par amour, le don à une misère pire que le néant qui est la malice infinie du péché effacée par la Victoire de Son amour en l’infinie sainteté du Christ Rédempteur. La Création réelle que Dieu a en fait réalisée n’est pas un ordre d’innocence et de justice, mais un ordre de péché et de miséricorde où tout est dans la perspective de la miséricorde.
1 Jean III, 8
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C’est pour détruire les œuvres du diable que le Fils de Dieu a paru.
Saint François de Sales, Traité de l’Amour de Dieu
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La mort du Sauveur fut un vrai sacrifice, et sacrifice d’holocauste que lui-même offrit à son Père pour notre rédemption. […] Il fut le sacrificateur lui-même qui s’offrit à son Père, et s’immola en amour, à l’amour, par l’amour, pour l’amour et d’amour.
1 Timothée II, 5-6
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Car il y a un seul Dieu ; et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, le Christ Jésus fait homme, qui s’est donné lui-même en rançon pour tous.
Saint Augustin, Sermon aux Catéchumènes
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Que rendrons-nous au Seigneur pour tous les biens qu’il nous a accordés ? Il nous a faits, quand nous n’étions pas encore ; il nous a donné la vie, il nous a donné la croissance, il nous a donné la libre volonté, il nous a donné la nourriture, il nous a donné l’intelligence, il nous a donné la raison, il nous a donné la science. Tout ce qui était à lui, il te l’a donné pour être à toi, et nous avons mal usé de tous ces biens, nous sommes devenus orgueilleux, et par nos actes de prévarication nous avons offensé le Créateur si libéral. Nous nous sommes perdus, il nous a cherché ; nous avons été conduits en captivité, il est venu nous visiter ; nous étions trainés à la mort éternelle, il nous a délivrés. Eût-il pu faire davantage, puisqu’il s’est livré lui-même pour toi ?
Saint François de Sales, Sermon du Vendredi Saint (1622)
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Oh ! il ne faut pas penser que Notre Seigneur ait voulu mourir seulement pour nous racheter, car un seul de ses soupirs, à cause de la dignité et du mérite du soupirant, suffisait pour nous sauver et délivrer de la main de nos ennemis ; mais cet amour infini ne pouvait pas être content s’il ne mourait de l’Amour même. Le Fils de Dieu est conduit à la Croix ; et qui l’y a mis ? Certes, cela a été l’Amour.
1 Timothée I, 15
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C’est une parole digne de foi et qui mérite toute créance, que le Christ Jésus est venu dans le monde pour sauver les pécheurs, dont je suis le premier.
Saint Claude la Colombière, Méditation sur la Passion
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Par amour pour nous, non seulement Jésus-Christ a souffert ce qu’Il ne devait pas souffrir, mais Il a souffert plus qu’Il ne devait souffrir. Un larme pouvait laver toutes nos fautes, une goutte de sang pouvait nous mériter tous les secours ; pourquoi donc tant de sang ? Mais faut-il demander des raisons à un Dieu qui aime ? Il n’en peut donner d’autre que son amour. On croit toujours, quand on aime, que, quoi qu’on fasse, que, quoi qu’on donne, ce ne sera jamais assez.
Saint Augustin, De la Trinité
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C’est ainsi qu’en se soumettant comme nous à la mort, le Fils de Dieu a daigné se faire notre ami, tandis que notre superbe ennemi, en évitant cette même mort, croyait assurer au-dessus de nous sa grandeur et sa prééminence. N’est-ce pas en effet ce divin Rédempteur qui a dit : « Personne ne peut témoigner un plus grand amour qu’en donnant sa vie pour ses amis (Jean, XV, 13 ) »? Aussi le démon se crut-il lui-même supérieur à Jésus-Christ, parce que celui-ci parut dans sa passion lui céder la victoire, et parce qu’alors s’accomplit en lui cette parole du psalmiste : « Vous l’avez pour un peu de temps abaissé au-dessous des anges (Ps., VIII, 6 ) ». Mais le Christ innocent, qui a été injustement mis à mort, a vaincu justement l’esprit mauvais qui nous tenait sous sa légitime domination. Il nous a donc délivrés de la captivité où le péché nous avait plongés, et il l’a chargée elle-même de fers. En un mot, le sang du juste qui a été injustement répandu, a effacé le décret de notre condamnation, et il a mérité aux pécheurs la grâce du salut et de la Rédemption.
Bibliographie
- Mgr Charles Journet, Entretiens sur la Rédemption