Charles-Louis Gay, Élévations sur la vie et la doctrine de Notre Seigneur Jésus-Christ
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En se posant ainsi et d’emblée dans l’état d’enfance, Notre-Seigneur se rend plus dépendant ,se fait plus accessible, et montre plus expressément qu’Il nous est tout donné. Or, quoi de mieux en rapport avec la condition qu’Il embrassait, la doctrine qu’Il venait enseigner, l’œuvre qu’Il avait résolu de produire ? L’enfance est naturellement l’état où nous nous appartenons le moins. L’enfant dépend des hommes et des choses ; il dépend en tout et toujours. Tel doit et veut être Jésus ; Il est venu tout exprès pour dépendre : dépendre de Dieu d’abord, et des hommes pour Dieu.
Saint Augustin, Sermons
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Le Christ est né ! Comme Dieu, il est né de son Père. Comme homme, il est né de sa mère. Il est né de l’éternité de son Père, de la virginité de sa mère. Dieu, il a un Père, mais pas de mère ; homme, il a une mère et pas de père. Sa naissance divine est éternelle, sa naissance humaine est virginale. Son Père lui donne un principe de vie, sa mère lui donne cette vie humaine qui se termine par la mort. Fils de son Père, il dispose de la marche des jours ; fils de sa mère, en naissant c’est un jour particulier qu’il consacre. […] Le jour de Noël est le jour où la Sagesse de Dieu s’est révélée sous la forme d’un enfant, où la Parole de Dieu fit entendre la voix encore inarticulée de la chair. Bien qu’elle fût cachée, cette divinité fut annoncée aux mages par un témoin céleste, aux bergers par la parole d’un ange. Nous fêtons cet anniversaire, nous célébrons le jour où s’accomplit la prophétie : La Vérité a germé de la terre et la justice a présidé du haut du ciel. La Vérité qui est dans le sein du Père a germé de la terre pour reposer sur des genoux maternels. La Vérité qui contient le monde a germé de la terre pour être portée par des mains féminines. La Vérité qui entretient inaltérable la béatitude des Anges, a germé de la terre pour s’allaiter à un sein de chair. La Vérité, pour qui le ciel est trop petit, a germé de la terre pour reposer dans une étable. Ainsi la grandeur suprême s’humilie dans un suprême abaissement. Pour le bien de qui ? Assurément pas pour le sien, mais pour le nôtre, si nous avons la foi. Homme, réveille-toi ! Dieu s’est fait homme pour toi ! Debout, toi gui dors, lève-toi d’entre les morts et le Christ t’éclairera. C’est pour toi que Dieu s’est fait homme. Tu serais mort pour l’éternité s’il n’était né dans le temps. Jamais tu n’aurais été délivré de la chair pécheresse s’il n’avait pris la ressemblance de cette chair pécheresse. Tu serais la proie d’une misère sans fin s’il n’avait eu cette miséricorde. Tu ne ressusciterais pas s’il n’avait épousé ta mort. Tu serais tombé, s’il n’était pas venu à ton secours. Tu serais mort, s’il n’était venu. Fêtons dans la joie l’avènement de notre salut et notre libération. Fêtons ce jour qui a vu venir un jour éternel du grand Jour de l’éternité vers l’écoulement rapide de nos jours temporels. Celui qui est le grand Jour éternel, Dieu, s’est fait pour nous justice, sanctification et rédemption : aussi, que celui qui se glorifie se glorifie dans le Seigneur, selon ce qui est écrit, de crainte que nous ne ressemblions aux Juifs orgueilleux qui méconnaissant la justice de Dieu, veulent établir la leur et ne se soumettent pas à la justice de Dieu. Le Psalmiste, ayant dit La Vérité a germé de la terre, ajoute aussitôt : et la justice a présidé du haut du ciel. Il craint, en effet, que la faiblesse humaine ne s’attribue la justice, qu’elle ne se l’approprie, ainsi que la vérité, que l’homme ne s’imagine qu’il se justifie, c’est-à-dire qu’il se rend juste par lui-même, méconnaissant ainsi la justice de Dieu.
Saint Léon 1er (le Grand), Sermon
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Notre Sauveur est né aujourd’hui, mes bien aimés : réjouissons-nous ! […] Car le fils de Dieu, au terme des délais prévus par la sagesse divine dans sa profondeur insondable, s’est revêtu de la nature humaine pour la réconcilier avec son Créateur, afin que le démon, auteur de la mort, fût vaincu grâce à cette nature même qu’il avait vaincue. Et, dans ce combat entrepris pour nous sauver, la loi de l’équité fut respectée d’une manière grandiose : le Seigneur tout puissant lutta contre le plus terrible ennemi, non dans l’éclat de sa majesté, mais dans l’abaissement de notre condition, lui opposant la même forme, la même nature que la nôtre. […] Une jeune fille est élue de la race royale de David, pour porter vierge, dans son sein le Fruit sacré, et concevoir en esprit cet enfant, à la fois Dieu et homme, avant de le concevoir matériellement. Pour empêcher la frayeur qu’elle aurait eue de ces effets inaccoutumés, si elle était restée dans l’ignorance des desseins d’En-haut, l’Ange du Seigneur entretient Marie et l’instruit de l’opération qui devait s’accomplir en elle par l’Esprit saint. Alors sa future qualité de mère de Dieu la rassure contre la crainte de voir blesser sa pudeur. Comment la nouveauté de cette conception pourrait-elle lui paraître impossible, puisqu’on l’assure qu’elle sera l’effet de la puissance du Très-Haut ? Sa foi, déjà forte, l’attestation d’un précédent miraculeux vient la confirmer d’une manière extraordinaire, Élisabeth est devenue féconde, afin que Marie ne doute point que Celui qui avait donné la fécondité à une femme stérile, ne puisse aussi la donner à une vierge.
Saint Grégoire 1er (le Grand), Homélie
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Pourquoi est-ce que l’on fait un recensement à la naissance du Seigneur, sinon, de toute évidence, parce que venait s’incarner celui-là même qui devait enrôler tous les élus dans l’éternité ? Le Prophète dit au contraire des réprouvés : Qu’ils soient effacés du Livre des vivants, qu’ils ne soient pas inscrits avec les justes. Il est bien aussi que le Seigneur naisse à Bethléem : car Bethléem signifie la « Maison du pain ». Or, c’est Lui qui dit : « Je suis le pain vivant qui est descendu du ciel. » Ainsi le lieu où Jésus est né était auparavant appelé « Maison du pain » parce que celui qui rassasiera un jour les âmes de ses élus pour toute l’éternité devait y paraître revêtu de chair. Il ne naît pas dans la maison de ses parents mais en voyage. C’est pour nous faire voir qu’ayant pris sur soi notre humanité, il y prenait naissance comme en un lieu étranger. Quand je dis un lieu étranger, je ne l’entends pas à l’égard de sa puissance, mais de sa nature. Car touchant sa puissance il est écrit : Il est venu chez lui. Mais quant à la nature, quoiqu’il soit né dans la sienne avant tous les temps, c’est néanmoins dans l’ordre du temps qu’il a voulu naître avec la nôtre. Celui donc qui, tout en demeurant éternel, consentait à se soumettre au temps, c’est bien dans un lieu étranger qu’il descendait. Et, parce qu’un Prophète a dit : Toute chair n’est que de l’herbe fanée, s’étant fait homme, le Christ a changé notre herbe sèche en froment : parlant de lui-même, il dit en effet : Si le grain de froment, une fois qu’il est tombé à terre, ne meurt, il demeure seul. De là vient qu’aussitôt qu’il fut né, on le coucha dans la crèche : tous les fidèles, — qui nous sont figurés par les animaux rassemblés dans l’étable — il devait, en effet, les nourrir du froment de sa propre chair, afin qu’ils ne fussent point privés de cette nourriture qu’est la science éternelle. Mais pourquoi est-ce que l’Ange apparut aux bergers lorsqu’ils veillaient et que la lumière divine les environna de son éclat, sinon parce que les hommes qui savent se tenir avec vigilance à la tête des troupeaux fidèles sont ceux qui méritent entre tous de voir les réalités sublimes ? Ainsi, durant qu’ils veillent avec une pieuse sollicitude sur leur troupeau, la grâce divine se répand sur eux éclatante et surabondante. Mais la naissance du Roi, c’est un ange qui l’annonce, et les chœurs des anges joignent leurs voix à la sienne et chantent avec allégresse : Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et sur la terre paix aux hommes de bonne volonté. Avant que notre Seigneur naquit nous étions en discorde avec les anges. De leur éclat et de leur pureté, par l’effet mérité de la première faute, comme par nos péchés de chaque jour, nous étions infiniment éloignés. Et comme nous, par suite de nos péchés, nous étions étrangers à Dieu, tels des gens étrangers à leur société nous regardaient les anges, ces citoyens de Dieu. Mais, depuis, nous avons reconnu notre Roi. Alors, les anges nous ont aussi reconnus pour leurs concitoyens. Et le Roi du Ciel s’étant revêtu de notre chair terrestre, la sublimité des anges a cessé de mépriser notre faiblesse. Ainsi les anges font la paix avec les hommes, ils oublient tous les sujets de leur ancienne discorde ; ceux qu’ils avaient auparavant dédaignés, ceux qu’ils tenaient pour des êtres infimes et abjects, voilà qu’ils les honorent comme des compagnons. Loth et Josué avaient adoré des anges et n’en avaient pas été repris. Par contre Jean, dans son Apocalypse, voulant adorer un ange, celui-ci l’en reprit comme d’un hommage qui ne lui était pas dû et lui dit : Garde-toi de le faire, car je suis ton compagnon de service et celui de tes frères. Ainsi les anges n’estiment plus abjecte et inférieure cette nature qu’ils révèrent comme infiniment supérieure dans la personne du Roi du Ciel. Ainsi les anges ne dédaignent plus d’avoir l’homme pour compagnon, eux qui élèvent leur adoration vers l’Homme-Dieu. Ayons donc soin, mes frères bien aimés, qu’aucune impureté ne nous souille, nous qui, dans l’éternelle prescience de Dieu, sommes citoyens du ciel et les égaux de ses anges. Soutenons, par la sainteté de notre vie, notre dignité et notre rang. Qu’aucune luxure ne nous salisse, que la méchanceté ne morde pas notre esprit, que la rouille de l’envie ne nous ronge pas, que l’orgueil ne nous enfle pas, que la colère ne nous enflamme pas. Défends donc, ô homme, contre les vices, l’honneur de Dieu, puisque Dieu s’est fait homme pour l’amour de toi, lui qui vit et règne dans tous les siècles.