Tertullien, Contre Praxeas
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Il faut rechercher comment la Parole a été faite chair : si elle s’est transfigurée en chair ou si elle a revêtu la chair. Assurément, elle l’a revêtue. Une transfiguration (un changement de forme) est une suppression (mort) du passé. En effet, tout ce qui se transforme en autre chose cesse d’être ce qu’il avait été et commence à être ce qu’il n’était pas. Mais Dieu ne cesse pas d’être ni ne peut être autre chose. Si la Parole ne peut être transformée, il s’ensuit qu’on doit comprendre qu’elle est devenue chair, en naissant, en se manifestant, en apparaissant dans la chair et en étant saisie par la chair. En effet, si la Parole a été faite chair par une transfiguration et un changement de sa substance, Jésus sera dès lors une seule substance en deux, la chair et l’esprit, une sorte de mélange comme l’electrum, composé d’or et d’argent. Au contraire, nous voyons un double état, non pas confondu, mais conjoint, en une seule personne, Dieu et l’homme Jésus, et la propriété de leur deux substances est garantie au point que d’une part l’esprit a dirigé en lui ce qui lui appartient, soit les facultés, les œuvres et les miracles (signa) et que la chair a assumé ses passions, ayant faim en face du diable, ayant soif en face de la Samaritaine, pleurant Lazare, angoissée jusqu’à la mort et enfin morte. Si la Parole était une troisième chose, faite de la fusion des deux, comme l’electrum, ces deux substances ne produiraient pas des preuves si distinctes de l’une et de l’autre, mais l’esprit accomplirait des actions charnelles et la chair des actions spirituelles à cause du transfert, ou bien ils ne produiraient ni des effets charnels ni des effets spirituels, mais d’une troisième forme, à cause de la fusion des deux substances. Mais parce que les deux substances se comportaient chacune distinctement selon sa nature (statu), ainsi chacune eut son rôle et sa fin.
Saint Cyrille de Jérusalem, Catéchèses mystagogiques
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Ne reconnaître, n’adorer en Jésus-Christ que son humanité, c’est un crime d’idolâtrie ; ne reconnaître en lui que sa divinité, c’est une impiété. Car si le Christ est Dieu, comme il l’est réellement, et s’il ne s’est pas revêtu de l’humanité, nous sommes hors des voies du salut. Comme Dieu, il doit donc recevoir nos adorations, pourvu que nous croyions en sa sainte humanité. Voir en Jésus-Christ un homme, abstraction faite de sa divinité, ou seulement Dieu, abstraction faite de son humanité, est également impie et pernicieux pour le salut. Reconnaissons en lui la présence d’un roi et d’un médecin. Car Jésus roi des hommes s’est ceint du linge de l’humanité (Jean 13:4) pour panser et guérir nos plaies. Tout parfait qu’il est, il s’est fait le maître des enfants ; il s’est placé dans leur berceau ; il s’est fait enfant comme eux pour donner aux insensés des leçons de sagesse (Prov. 1:4). Nouveau pain céleste, il est venu du ciel pour alimenter les pauvres affamés.
Concile d’Éphèse
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En effet, nous ne disons pas que la nature du Verbe ait été faite chair par une transformation de lui-même, ni qu’il a été transformé en un homme entier constitué d’une âme et d’un corps. Mais nous affirmons que le Verbe est devenu homme d’une manière inexplicable et incompréhensible, après que la chair animée d’une âme raisonnable se fût unie à lui selon sa substance (hypostasim), et que le Fils de l’homme a surgi non par sa seule volonté ou par le seul désir de sa personne. Et bien que leur nature soient différentes, cependant, en s’unissant d’une véritable union, elles rendirent unique pour nous le Christ et le Fils ; non que la différence de leur nature ait été supprimée à cause de cette union, mais parce que la divinité et l’humanité ont constitué pour nous en une seule personne un seul Jésus-Christ et Fils par une union cachée et ineffable.
Saint Jean Chrysostome, Homélies sur l’Évangile de saint Matthieu
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Avant qu’il se fût fait homme, il n’était connu que des anges. Mais depuis qu’il s’est revêtu de notre corps, et qu’il est mort sur une croix, non-seulement il n’a pas perdu cette première gloire, mais il y a encore ajouté celle de se faire connaître et adorer de toute la terre.
Saint Athanase, Sur l’incarnation du Verbe
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Le corps du Christ était de même substance que celui de tous les hommes, c’était un corps humain, et bien que par un nouveau prodige il fût issu de la vierge seule, il était cependant mortel, et il est mort selon le sort commun à ses semblables. Mais à cause de la venue en lui du Verbe, il n’était plus soumis à la corruption comme le voulait sa propre nature ; par la présence en lui du Verbe de Dieu, il était étranger à la corruption. Ainsi deux prodiges se rencontrent dans le même être : la mort de tous s’accomplissait dans le corps du Seigneur, et d’autre part la mort et la corruption étaient détruites par le Verbe qui habitait en ce corps. La mort était nécessaire, et il fallait qu’il mourût pour tous, pour payer la dette de tous. Aussi, comme je l’ai déjà dit, puisque le Verbe ne pouvait mourir lui-même– il était immortel – il prit un corps capable de mourir, afin de l’offrir pour tous comme son bien propre, et, souffrant lui-même pour tous dans ce corps où il était venu, de réduire à rien le maître de la mort, c’est-à-dire le diable, et « délivrer ceux qui par crainte de la mort, étaient leur vie durant assujettis à l’esclavage » (Hébr., II, 15).
Jean Daujat, La face interne de l’histoire (Pages 45-47)
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Nous aurions pu imaginer le Sauveur à peu près comme ce qu’a été saint Jean Baptiste, c’est-à-dire un homme sanctifié par Dieu prêchant le repentir du péché : à ceux qui l’auraient écouté la grâce aurait été rendue. Mais alors le péché aurait été pardonné sans être réparé. Pour le bien comprendre — et cela est indispensable à l’intelligence du Mystère de la Rédemption — il faut considérer la malice infinie du péché. Beaucoup, qui ne regardent pas le péché à la lumière de la foi, voient dans le péché soit une infraction à un règlement soit une faute morale par laquelle l’homme se détourne de son bien humain, ce qui dans l’un ou l’autre cas n’est évidemment pas d’une malice infinie, mais aux yeux de la foi le péché est le mépris de l’Amour infini, le refus du Bien infini qui Se donne à nous, et c’est par là qu’il est d’une malice infinie. Il faut donc pour le réparer un acte d’amour d’une valeur infinie dont aucun homme, même aussi saint que saint Jean Baptiste, ne peut être capable. Ainsi, avec un Sauveur comme saint Jean Baptiste, le péché n’aurait pas été réparé et il serait resté du péché une perte, le Salut aurait donné moins que l’innocence d’avant le péché, l’enfer aurait gardé un morceau de sa victoire. Mais l’Amour infini qui nous a créés pour Se donner à nous a réalisé ce que nous n’aurions jamais pu soupçonner ni espérer en nous donnant comme Sauveur non point saint Jean Baptiste qui n’a été que son Précurseur, mais Jésus-Christ. Il est donc fondamental de savoir ce que la foi chrétienne dans le Mystère de l’Incarnation nous apprend concernant Jésus-Christ. On peut le formuler en quatre affirmations :
- Jésus-Christ est réellement et substantiellement Dieu, non point, comme saint Jean Baptiste et comme nous, un homme participant par grâce à la nature divine et adopté ainsi par Dieu comme fils, mais Dieu par nature né éternellement du Père, et possédant la plénitude de la Divinité.
- Jésus-Christ est réellement et substantiellement homme, non point une apparence d’homme ou une manifestation sous forme humaine, mais cet homme réel que les Apôtres ont vu de leurs yeux et touché de leurs mains.
- Il y a donc en Jésus-Christ deux natures, la nature divine et la nature humaine, et ces deux natures sont bien réellement distinctes, sans aucune possibilité de confusion ou de mélange entre elles.
- Les deux natures, divine et humaine, de Jésus-Christ appartiennent à une seule et unique personne, à un seul sujet d’attribution, à un unique moi qui est à la fois Dieu et homme. Cette unique personne est évidemment l’une des trois Personnes de la Trinité car il n’y a qu’Elles trois à être Dieu par nature : plus précisément c’est la Personne divine de Dieu le Fils qui, étant Dieu par nature et éternellement, a pris dans le temps en Marie une nature humaine dont Lui, Dieu le Fils, est le sujet d’attribution à qui appartient cette nature humaine de sorte que Dieu le Fils est cet homme et cet homme est Dieu le Fils. Ceci entraîne que les actes humains de Jésus-Christ sont des actes dont Dieu le Fils est le sujet responsable et par là ils ont une valeur infinie de sorte que par Jésus-Christ le péché pourra être véritablement réparé et, par l’Amour infini de Dieu, il ne résultera pas du péché une perte, mais un gain puisque la grâce, au lieu de nous venir d’Adam, nous viendra de Jésus-Christ. Il reste maintenant à savoir comment Jésus-Christ a réalisé le salut.
Saint Léon le Grand, Sermons
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Ainsi le Verbe de Dieu, Dieu lui-même, Fils de Dieu, qui, dès le commencement, était en Dieu, par qui tout a été fait et sans qui rien n’a été fait, est devenu homme pour délivrer l’homme de la mort éternelle ; il s’est abaissé jusqu’à prendre notre humble condition sans diminuer sa majesté, demeurant ce qu’il était, attirant à lui ce qu’il n’était pas, unissant vraiment la forme de l’esclave à celle dans laquelle il est égal à Dieu le Père, et liant si parfaitement entre elles les deux natures que l’inférieure ne fût point consumée dans sa glorification ni la supérieure diminuée par sa condescendance. Les propriétés de chaque nature restent donc entières et, dans l’unité d’une seule personne, la majesté prend sur elle l’humilité, la force la faiblesse, l’éternité la caducité. Pour payer la dette de notre humaine condition, la nature intangible est unie à une nature passible, le Dieu vrai et l’homme vrai s’associent dans l’unité du Seigneur Jésus ; ainsi, remède qu’il nous fallait, le seul et unique médiateur entre Dieu et les hommes pouvait mourir d’une part, et ressusciter de l’autre.
Saint Anselme, Cur Deus Homo (Livre II, Chapitre III)
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La question qui se pose maintenant est celle-ci : comment Dieu peut-il devenir homme ? Car la nature divine et la nature humaine ne peuvent pas se transformer l’une dans l’autre, de telle sorte que la nature divine devienne humaine ou la nature humaine devienne divine ; elles ne peuvent pas non plus se mélanger, en sorte qu’une sublime et nouvelle nature surgisse de ces deux, qui ne serait ni tout à fait divine, ni tout à fait humaine. S’il pouvait arriver que l’une disparaisse dans l’autre, ou bien il ne resterait que Dieu et pas l’homme, ou l’homme et pas Dieu. Dans le cas où elles se mélangeraient et qu’une troisième nature surgisse de ces deux natures mutilées, celle-ci ne serait ni Dieu ni homme. Le Dieu-homme, en lequel nous réclamons la nature divine et la nature humaine, ne peut donc résulter d’une transformation d’une nature dans l’autre, et pas non plus d’un mélange des deux, car tout ceci est ou bien impossible, ou bien sans valeur pour ce que nous demandons, à supposer que ce soit possible. Et si les deux natures devaient être liées entre elles d’une telle façon qu’il s’agirait en fin de compte d’un autre homme et ainsi d’un autre Dieu, qui ne serait par conséquent pas le vrai Dieu, lequel est homme, ces deux ne pourraient accomplir ce qui doit être fait. Dieu ne le fera pas, parce qu’il n’en a pas besoin, et l’homme ne le fera pas parce qu’il ne le peut pas. Pour que le Dieu-homme accomplisse ce qui est nécessaire, il faut qu’il soit à la fois pleinement Dieu et pleinement homme, pour achever la séparation qu’il est seul pouvoir réaliser – en tant que vrai Dieu ; et qu’en même temps il doit opérer – en tant que vrai homme. Mais si nous devons trouver un Dieu-homme – sans porter atteinte à l’intégrité des deux natures – il est tout aussi nécessaire que ces deux natures complètes se rencontrent en une seule personne, comme le corps et l’âme raisonnable se rencontrent dans un homme, car c’est ainsi seulement que le Dieu tout entier et l’homme tout entier peuvent être un et le même.
Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies
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Il a donc fait adhérer et étroitement uni, comme nous l’avons déjà dit, l’homme à Dieu (en lui-même) : – 1) Car si ce n’était pas un homme qui avait vaincu l’ennemi de l’homme, la défaite de cet ennemi n’eût pas été juste ; – 2) Si d’autre part ce n’était pas un Dieu qui nous avait donné le salut, nous ne l’aurions pas de façon assurée ; – 3) Si enfin l’homme n’avait pas été constitué en étroite unité avec Dieu (co-unitus), il n’aurait pu avoir part à l’incorruptibilité. Il fallait donc que « le médiateur de Dieu et des hommes », par sa parenté avec chacune des deux parties, rétablit entre elles l’amitié et la concorde et fît en sorte que d’une part Dieu prît en charge l’homme et que de l’autre l’homme se livrât à Dieu. Comment en effet aurions-nous pu participer par l’adoption à sa filiation (divine), si par le Fils nous n’avions pas reçu de Dieu la communion avec lui, si son Verbe n’avait communié avec nous en « se faisant chair » ? C’est d’ailleurs aussi pour cette raison qu’il a traversé tous les âges, pour leur restituer à tous la communion avec Dieu. Donc ceux qui prétendent qu’il s’est montré « en apparence », qu’il n’est pas « né dans la chair », qu’il ne s’est pas véritablement « fait homme », ceux-là sont encore sous le coup de l’antique condamnation. Ils apportent au péché leur appui. D’après eux la mort n’est pas vaincue… Si donc sans s’être « fait chair » il avait pris « l’apparence » de la chair, « son œuvre » n’eût pas été « vraie ». Mais ce qu’il paraissait être, il l’était vraiment, à savoir Dieu, récapitulant en lui cette chair de l’homme par lui jadis modelée, afin de tuer le péché, d’anéantir la mort et de vivifier l’homme. Voilà pourquoi « ses œuvres sont vraies ! »
Bénédict Pictet, La théologie chrétienne (Livre IX, Chapitre XIII)
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Ainsi il est clair, qu’il fallait que celui qui satisferait pour nous, eût deux natures, qu’il fût Dieu et homme ; Dieu, afin qu’il eût un libre accès au Père céleste ; homme, afin que nous nous approchassions de lui sans crainte ; Dieu, afin qu’il sût tous les secrets du Père éternel, qui devaient être révélés aux hommes ; homme, afin qu’il nous les annonçât ; Dieu, afin qu’il nous sanctifiât par son esprit ; homme, afin qu’il nous donnât un exemple des vertus qu’il faut pratiquer ; Dieu, afin qu’il pût satisfaire à la justice divine, vaincre le diable, le péché et la mort ; homme, afin qu’il s’offrît comme une victime ; enfin, homme afin qu’il souffrît, et Dieu afin qu’il donnât une valeur infinie à ses souffrances.
Dom Jean de Monléon, Histoire Sainte
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Le Buisson Ardent dans lequel la divinité s’est révélée à Moïse, représente le mystère de l’Incarnation, dans lequel Dieu s’est manifesté au monde : « que voulait faire entendre Dieu » dit saint Grégoire, « en parlant à Moïse du milieu d’un Buisson ardent ? Sinon que de son peuple sortirait un jour un homme qui, dans le feu de la divinité, sentirait les douleurs de notre chair, ainsi que les pointes d’un buisson d’épines, et qui, parmi les flammes dévorantes de sa nature divine, conserverait la nature humaine sans qu’elle fût consumée ni détruite.
G.K.Chesterton, La Chrétienté à Dublin
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Le pays natal du Christ fut le seul endroit où Il se trouva sans abri. Plus étrangement encore, le mystère se vérifie dans l’histoire et le destin profanes de ce lieu consacré. Le lieu de l’Incarnation semble avoir été frappé au sceau des négations de l’Incarnation. Avant la venue du Christ, la région était gouvernée par ces juifs dont le haut monothéisme finit par se raidir et s’étrécir en un violent refus de l’Incarnation. Après la venue du Christ, elle fut gouvernée par ces musulmans qui interprétaient le monothéisme essentiellement comme un refus de l’Incarnation, tout accomplie qu’elle fut. Et entre les systèmes mosaïque et musulman, qui insistaient sur une divinité sans corps avant et après le Christ, la région produisit une multitude de développements mystiques rivaux mais tous tendus vers la même représentation désincarnée. On oublie trop souvent que les monophysites, venus avant les musulmans, avaient fondamentalement le même caractère. Les hérésies se pressaient dans toutes les cités du Proche-Orient sur toutes les routes foulées par les apôtres, et toutes niaient bruyamment la doctrine de la double nature du Christ, paradoxe essentiel de l’Incarnation. On sait que les monophysites étaient l’exact contraire des modernistes. Si les plus récents hérétiques sont des humanistes, et cherchent a simplifier l’Homme-Dieu en affirmant qu’Il ne fut qu’homme, les hérétiques d’alors Le simplifiaient en affirmant qu’Il n’était que Dieu. Mais ces anciens mystiques portaient en leur cœur la même horreur que les musulmans : horreur d’un Dieu s’abaissant en devenant humain. Ils étaient, pour ainsi dire, des anti-humanistes. Ils voulaient bien croire qu’un dieu s’était montré au monde d’une façon ou d’une autre, comme un fantôme ; mais non qu’il avait été fait de l’argile du monde, comme un homme. Et ce qui est remarquable, c’est que les cris d’horreur suscités par la simple évocation d’un tel blasphème semblent avoir été plus furieux et sonores à proximité du lieu où il avait été prononcé. II faudrait être un monstre pour demeurer insensible au spectacle du pauvre moderniste, de l’humaniste, du critique radical qui pleins de confiance s’en vont chercher les véritables origines du christianisme dans le pays d’origine du Christ. Ces chercheurs s’imaginent naturellement que plus ils approcheront des pierres de Jérusalem ou de l’herbe de Galilée, plus l’histoire leur semblera simple ; qu’au lieu où Jésus vécut sa vie humaine, Il apparaîtra logiquement plus humain qu’ailleurs ; que Son environnement naturel en somme fournira une explication naturelle. Si le critique s’occupait d’un roi ou d’un héros historique comme il y en tant, son raisonnement serait juste ; il faudrait aller chercher ces grands hommes chez eux, où ils déposèrent un instant l’épée, la couronne, et les terribles postures de l’histoire. Mais le critique s’occupe du déconcertant charpentier de Nazareth, et son raisonnement s’effondre. Il n’existe pas de tradition purement humaine d’un Jésus purement humain. Si les combats et les disputes des religions grecque et judaïque ont laissé la trace d’une tradition christologique, ce fut toujours celle d’un Jésus purement divin, et les traditionnalistes, en l’occurrence, étaient furieusement enclins à soutenir la pleine et exclusive divinité du Christ. Hors l’Église catholique et apostolique on ne trouve pas la moindre prétention à déclarer Sa pleine humanité. Et surtout, c’est là l’intérêt du paradoxe, l’Église catholique proclama cette humanité avec une force croissante à mesure que le souvenir du Christ quittait Son premier foyer humain. Comme l’Église marchait vers l’occident, elle emportait avec elle, dans une exaltation et une certitude sans cesse grandissantes, la chose humaine et corporelle qui avait été faite chaire à Bethléem ; ne laissant derrière elle qu’un fantôme pour les gnostiques, une idole dorée pour les hérétiques grecs, et pour les musulmans l’ombre évanescente d’un prophète.
Bienheureux Claude La Colombière, Écrits spirituels (Page 92)
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Dans l’Incarnation. Je ne trouve ici qu’anéantissement, qu’humilité. L’ange s’abaisse aux pieds d’une fille, Marie prend la qualité d’une servante, le Verbe se fait esclave et Jésus- Christ, conçu dans le sein de sa Mère, s’anéantit devant Dieu de la manière la plus sincère et la plus profonde qu’il est possible d’imaginer. Mon Dieu, le beau spectacle pour vous de voir des sujets si excellents s’humilier à vos yeux, d’une manière si parfaite, dans le temps que vous les honorez de vos plus rares faveurs ! Que j’ai du plaisir à considérer les sentiments intérieurs de ces personnes divines, mais surtout ce profond anéantissement par lequel Jésus-Christ commence à glorifier son père et à réparer tout le tort que l’orgueil des hommes a fait à sa Majesté ! Pour moi, je ne puis m’humilier à cette vue ; car, où me mettre, puisque je trouve Jésus-Christ même dans le néant ? Voilà bien de quoi rabattre mon orgueil : le Fils de Dieu anéanti devant son Père ! Je n’avais jamais compris qu’à cette heure le mot de saint Bernard : Quelle insolence qu’un ver s’enfle d’orgueil où le Fils unique du Père s’humilie et s’anéantit !
Jacques-Bénigne Bossuet, Sermon pour la fête de l’Annonciation
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Les Juifs infidèles et endurcis ont reproché autrefois à notre Sauveur « qu’étant un homme mortel, il ne craignait pas de se faire Dieu » et de s’attribuer un nom si auguste. Sur quoi saint Athanase remarque que les miracles visibles par lesquels il faisait connaître sa divinité devaient leur fermer la bouche ; « et qu’au lieu de lui demander pourquoi étant homme il se faisait Dieu, ils devaient lui demander bien plutôt pourquoi étant Dieu, il s’était fait homme ». Alors il leur aurait répondu : Dieu a tant aimé le monde. Ne demandez pas de raison d’une chose qui n’en peut avoir ; l’amour de Dieu s’irriterait, si l’on cherchait autre part qu’en son propre fonds des raisons de son ouvrage ; et même je le puis dire, il est bien aise, Messieurs, qu’on n’y voie aucune raison, afin que rien n’y paraisse que ses saints et divins excès.
Bibliographie
- Père Frederick William Faber, Beauté de l’Incarnation
- Jean Cassien, Traité de l’Incarnation
- Mgr Charles Journet, Entretiens sur l’Incarnation