Abbé Barthélemy Baudrand, L’âme affermie dans la foi
Ajouter à
C’est qu’après tout, ce n’est pas assez pour nous de croire, il faut pratiquer. Âme fidèle, votre religion vous a accordé ce que vous pouviez demander et attendre d’elle ; mais à son tour elle a quelque chose à vous demander elle-même. Ah ! Parlez, religion sainte ! Faut-il vous sacrifier nos biens, notre fortune, notre santé, notre vie même ? Faut-il verser jusqu’à la dernière goutte de notre sang, faut-il en un mot mourir pour la foi ? Heureux sentiments, s’ils vivaient, s’ils régnaient dans nous ! Mais, hélas, dans plusieurs ils sont bien différents ; car, ici écoutons les plaintes et les regrets de l’Église notre tendre mère qui, comme une Rachel affligée, pleure sur un nombre de ses enfants qui ne sont plus dignes d’elle. Et comment, nous dit-elle, comment seriez-vous en état de mourir pour votre foi, vous qui savez à peine ce que c’est que de vivre pour elle et selon son esprit ? Jugez-en vous-mêmes. Est-ce vivre selon l’esprit de la foi, que d’en remplir si imparfaitement les devoirs, souvent même de les transgresser ? Est-ce vivre selon l’esprit de la foi, que de négliger les moyens qui pourraient l’animer, la soutenir, la conserver dans nos cœurs ? Est-ce vivre selon l’esprit de la foi, que de s’exposer volontairement à tant d’occasions, où l’on est en danger de l’affaiblir et souvent de la perdre ? Est-ce vivre selon la foi, que de se permettre la lecture de toute sorte de livres pernicieux, contraires à la foi et aux mœurs, souvent même frappés des anathèmes de l’Église ? Est-ce vivre selon la foi, que d’entretenir des liaisons marquées avec des personnes suspectes, dont les maximes, les sentiments s’insinuent insensiblement, et portent, sans qu’on s’en aperçoive, le venin dans nos âmes ! Est-ce vivre selon la foi, que de laisser échapper, ou même d’écouter, sur les choses saintes, des railleries, des équivoques, de prétendus bons mots qui marqueraient une espèce de mépris et de dérision tout au moins l’indifférence et le peu d’estime ? Est-ce vivre selon l’esprit de la foi, que de craindre de montrer sa religion dans les occasions où il faudrait la publier sur les toits ? De n’oser en remplir les devoirs en présence du monde ; de se laisser captiver par un lâche et détestable respect humain? Chrétien indigne, qui craint de paraître ce qu’il est, qui rougit de l’Évangile, qui trahit et abjure, en quelque manière, sa foi, dans la crainte de déplaire à un monde pervers, qu’il a solennellement renoncé sur les fonts sacrés du Baptême, et dont il se rend le malheureux esclave ; dans les objets même où il devrait plus hautement montrer la généreuse liberté des enfants de Dieu. Avec de pareils sentiments, pourriez-vous vous flatter et dire, que vous seriez prêt à mourir pour votre religion, si elle le demandait ? Non, non, votre religion ne demande pas que vous mouriez pour elle ; mère tendre, elle craindrait de vous mettre à une trop forte épreuve. Eh ! Comment, vous dit-elle, encore, seriez-vous prêt à mourir pour mes intérêts, vous qui m’abandonnez tous les jours dans votre conduite ? Comment me confesseriez-vous devant les idolâtres et les infidèles, vous qui me trahissez tous les jours parmi les chrétiens ? Comment me soutiendriez-vous devant les tyrans, vous qui rougissez de moi au milieu de vos frères ? Seriez-vous en état de supporter l’horreur des tourments, vous que la plus légère épreuve est capable d’ébranler et d’intimider ? Et n’aurais-je pas sujet de craindre, qu’au lieu de me glorifier par votre constance devant mes ennemis, vous ne vinssiez à me déshonorer par une honteuse désertion ? Ah ! Faisons enfin cesser ces trop justes et sensibles reproches ; et comment ? Le voici : 1.° Formons dès à présent la résolution ferme et généreuse de vivre désormais en véritables chrétiens. Car, ne nous flattons pas, et gémissons-en amèrement devant Dieu, si nous vivons comme la plupart vivent, nous ne sommes chrétiens qu’à demi ; nous en avons le nom et le caractère, mais nous n’en avons ni l’esprit ni les mœurs. Nous vivons dans le sein de la foi par la profession extérieure ; mais dans la pratique nous sommes comme étrangers à la foi. Pensons-y souvent et sérieusement devant Dieu. 2.° Remplissons fidèlement et inviolablement nos devoirs à l’égard de l’Église et de la foi ; obéissons à ses commandements, soumettons-nous à ses décisions, respectons ses pieux usages et ses saintes pratiques ; fréquentation des sacrements, observances des jeûnes, sanctification des fêtes, en un mot, prenons tous les moyens, employons tous les secours qu’elle nous procure pour notre salut. 3.°Ayons une crainte salutaire, une horreur extrême de tout ce qui peut dans nous diminuer, altérer, ébranler les sentiments de la foi. Livres pernicieux, liaisons suspectes, compagnies dangereuses, discours séduisants, railleries indécentes. Tout cela et tout ce qui en approche, regardons-le comme autant de pièges funestes, autant des poisons dangereux, autant de monstres dont la seule idée doit inspirer la crainte, la fuite et l’horreur. Celui qui aime le danger, périra infailliblement dans le danger. 4.° Surtout que ce lâche, cet indigne respect humain ne captive point notre cœur, ne dégrade point nos sentiments ; c’est l’écueil le plus funeste et le plus commun ; il a succédé aux tyrans, et il fait peut-être plus d’apostats que tous les tyrans n’en firent jamais. Enfin, respectons la sainteté de notre foi, goûtons les avantages de notre foi, pratiquons les œuvres de notre foi, suivons ses maximes, soyons sensibles à ses intérêts, attachons-nous inviolablement à elle : car ce n’est pas assez de nous affermir dans la foi, il faut qu’elle paroisse, qu’elle s’annonce dans toute notre conduite. Nous sommes chrétiens, vivons en chrétiens ; nous sommes chrétiens, vivons en saints. Sur toutes choses, souvenons-nous qu’un jour nous serons jugés selon notre foi, elle est notre règle, elle sera notre juge. Pensée terrible pour les uns, parce que ne vivant pas selon la foi, la foi les a déjà condamnés ; mais pensée consolante pour les autres, parce que tâchant de vivre selon l’esprit de la foi, ils ont tout sujet d’espérer que la foi sanctifiera tous les moments de leur vie, qu’elle recevra leurs derniers soupirs, et qu’ils auront un jour le bonheur d’entendre de la bouche de Jésus-Christ même cette consolante parole : Votre foi animée de la charité vous a sauvé. Soyons-lui fidèles jusqu’à la mort, et Dieu nous assure la couronne de vie.
Dom Innocent le Masson, Avis spirituels et méditations (Pages 10-12)
Ajouter à
Vous le savez, les dames portaient autrefois à leur ceinture un miroir de vanité, qui leur servait pour découvrir ce qui était disgracieux sur leur tête et pour l’ajuster à leur gré. Je vais vous en donner un autre : c’est un miroir de vérité, et afin que vous ayez un grand soin de vous en servir, il est composé des paroles mêmes de Jésus Christ. Il comprend en abrégé toutes les pratiques de l’Évangile ; vous y trouverez le moyen de tenir votre âme bien pure aux yeux de Dieu, sans qu’il soit besoin de tant chercher, ni de tant raffiner sur les pratiques de son amour, qui est aussi simple que sa source. Voici donc ce miroir de vérité, formé des huit paroles suivantes du Fils de Dieu : 1° « Vous ne pouvez rien faire sans moi. » 2° « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, et vous trouverez le repos pour vos âmes : car mon joug est suave et mon fardeau léger. » 3° « Aimez-vous les uns les autres, comme je vous ai aimés. » 4° « Celui qui veut venir après moi, qu’il se renonce lui-même, qu’il porte sa croix et qu’il me suive. » 5° « Demandez, et vous recevrez ; cherchez, et vous trouverez ; frappez, et l’on vous ouvrira. » 6° « Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité . » 7° « Ayez confiance, votre foi vous a sauvée. » 8° « Veillez et priez, de peur que vous n’en triez en tentation : car l’esprit est prompt, mais la chair est faible. » Voilà le miroir que je vous présente ; disposez vous par un désir tranquille et par la prière à vous y bien regarder ; rapportez-y souvent votre intérieur et vos actions, et il vous montrera vos fautes et ce qui vous manque. Il fera naître en vous un véritable désir de la perfection, en vous indiquant son excellence et la manière d’y par venir. Vous n’aurez qu’à effacer avec la pénitence accompagnée de confiance et de tranquillité, les taches de votre âme qu’il vous découvrira ; et vous n’aurez besoin que d’une résolution, qui soit toute composée de confiance en Dieu, pour vous orner de tout ce qui peut vous rendre agréable à ses yeux : car ce miroir vous le fera connaître.
Jean Nicolas Grou, Manuel des âmes inférieures
Ajouter à
Des moyens de parvenir à la vraie et solide vertu. Le premier moyen, qui paraît le plus aisé, et qui est le plus difficile, est de le vouloir ; mais d’une volonté sincère, entière, efficace et constante. Qu’elle est rare cette bonne volonté ! On se flatte de vouloir, et dans le fait on ne veut pas. Ce sont des désirs, des velléités, des souhaits ; mais ce n’est pas une volonté forte et déterminée. On veut être dévot, mais à sa manière, mais jusqu’à un certain point, mais pourvu qu’il n’en coûte pas trop. On veut, et l’on se borne à vouloir. On ne passe point à la pratique ; on se rebute dès qu’il faut mettre la main à l’œuvre, écarter ou forcer les obstacles, combattre ses défauts, lutter contre la nature et ses penchants vicieux. On veut aujourd’hui, on commence avec ardeur, mais on se relâche bien vite. On entreprend, et on laisse. On ne veut pas voir que tout consiste à persévérer. Demandons à Dieu cette bonne volonté ; demandons la tous les jours et méritons, par notre fidélité d’aujourd’hui, de l’obtenir pour le jour suivant. Le second moyen est de régler sa journée, et d’être exact à observer tout ce qu’on s’est prescrit. Il ne faut pas trop se charger d’abord. Il vaut mieux augmenter les exercices insensiblement et par degrés. Il faut avoir égard à la santé, à l’âge, à l’état et aux devoirs qu’il exige ; car ce serait une dévotion mal entendue que celle qui préjudicierait aux devoirs de notre état. Le troisième moyen est de s’exercer à la présence de Dieu. Pour cela, il faut se persuader, ce qui est de foi, que Dieu habite dans le cœur de l’homme ; qu’on le trouve au dedans de soi-même, pour peu qu’on veuille y entrer ou se recueillir ; qu’il est dans notre cœur pour nous inspirer de saintes pensées, de bons sentiments, pour nous porter au bien et nous éloigner du mal. Ce qu’on appelle la voix de la conscience est la voix de Dieu même, qui nous avertit, qui nous reprend, qui nous éclaire, qui nous dirige. Le point donc est d’être attentif et fidèle à cette voix. Ce n’est pas dans la dissipation, dans l’agitation et le tumulte qu’elle se fait en tendre, mais dans la solitude, dans la paix, dans le silence des passions et de l’imagination. Le plus grand pas que l’âme puisse faire vers la perfection est de se tenir habituellement en état d’entendre la voix de Dieu, de s’appliquer à posséder toujours son âme en paix, d’éviter tout ce qui la dissipe, tout ce qui l’inquiète, tout ce qui l’attache violemment. Tout ceci doit être pendant longtemps la matière d’un examen et d’un combat continuels. Le quatrième moyen est de donner à Dieu un certain temps dans la journée, où l’on ne s’occupe uniquement que de sa présence, que de lui parler non de la bouche, mais du cœur, et de l’écouter. C’est ce qu’on appelle l’oraison mentale. Pour s’y accoutumer, on peut, dans les commencements, s’aider du livre de l’Imitation, faisant une pause sur chaque verset, méditant et savourant doucement la doctrine qu’il contient. On y peut donner d’abord un quart d’heure le matin et autant le soir ; mais il faut s’accoutumer à y employer au moins une demi-heure le matin. Quand on aura pris goût à ce saint exercice, et qu’on pourra se passer de livre, on se tiendra de temps en temps en paix devant Dieu durant le recueillement, le priant d’agir lui-même sur notre âme et d’y opérer suivant son bon plaisir. C’est une erreur grossière de traiter d’oisiveté le temps qu’on passe ainsi à se tenir attentif et recueilli devant Dieu, soit qu’il lui plaise de nous faire sentir ou non son action. Le cinquième moyen est d’approcher souvent des sacrements, qui sont les principales sources de la grâce. Il ne faut pas se faire de la confession un tourment : cela est contre l’intention de Dieu ; ni se faire une routine et une espèce de formule d’accusation, chose très-ordinaire aux personnes qui se confessent fréquemment. Les choses dont les personnes qui tendent à la perfection doivent principalement s’accuser, sont les vues auxquelles elles ont résisté, les sentiments d’amour-propre qu’elles ont écoutés, tout ce qu’elles ont dit, ou fait, ou omis avec réflexion et de propos délibéré. La communion sera toujours bien faite lorsqu’on en sortira avec un nouveau courage et une nouvelle résolution d’être plus fidèle à Dieu que jamais. Il ne faut pas croire que, pour se bien confesser et bien communier, on doive s’assujettir aux actes qui sont marqués dans les livres. Cela est bon pour les jeunes personnes dont l’imagination est vive et légère, pour ceux qui communient rarement, en général, pour ceux qui n’ont aucune habitude du recueillement. Mais, pour peu qu’on soit entré dans les voies de l’oraison, il ne faut plus emprunter le secours des livres, ni pour entendre la messe, ni pour participer aux sacrements. Le sixième moyen, ce sont les lectures de piété. Il y a un grand choix à faire pour les livres. Il faut préférer à tous les autres ceux qui touchent le cœur et qui portent avec eux une certaine onction. Rodriguez est excellent pour les commençants. Pour ceux qui sont plus avancés, L’Imitation, le P. Saurin, saint François de Sales, etc., les Psaumes et le Nouveau Testament, les Vies des Saints. La lecture doit être une demi-oraison, c’est-à-dire qu’en lisant, il faut donner lieu à l’action de Dieu et s’arrêter aux endroits où l’on se sent touché. On doit lire dans la vue de pratiquer, et, comme tout ne convient pas à tout le monde, il faut s’attachera ce qui nous est propre et personnel, sans pourtant trop multiplier les pratiques, ce qui nuirait à la liberté d’esprit, qu’il faut toujours conserver. Le septième moyen est la mortification du cœur. Tout s’oppose en nous au bien surnaturel ; tout nous ramène aux sens, à l’amour-propre. Il faut lutter sans cesse contre soi-même et se faire une guerre continuelle, soit pour résister aux impressions du dehors, soit pour combattre celles du dedans. On ne saurait donc trop veiller sur son cœur et sur tout ce qui s’y passe. Cela est pénible dans les commencements ; mais la chose deviendra facile à mesure qu’on s’habituera à rentrer en soi-même, et qu’on s’appliquera à la présence de Dieu. Le huitième moyen est la dévotion à la sainte Vierge. Qu’on demande par elle à Jésus-Christ les grâces dont on a besoin, on les obtiendra infailliblement. C’est sur tout dans les tentations de dégoût, d’ennui, de découragement, d’envie de tout quitter, qu’il faut s’adresser à elle avec une sainte confiance qu’elle nous exaucera. On ne saurait avoir aussi trop de dévotion à son ange gardien. Il ne nous quitte jamais, il nous est donné pour nous diriger dans la route de la sainteté. Il faut donc nous adresser à lui dans nos doutes dans nos embarras, et le prier souvent de veiller sur nous. Enfin, le point capital est d’avoir un bon guide, un directeur entendu dans les voies de Dieu, et qui se conduise lui-même par l’esprit de Dieu. Ces bons directeurs ont toujours été assez rares, et ils le sont aujourd’hui plus que jamais. Cependant on peut assurer que les bonnes âmes qui veulent aller droit à Dieu ont toujours trouvé un homme propre à les y conduire. La Providence est engagée à leur en fournir un, et elle ne manque jamais de le faire lorsqu’on l’invoque à cette fin. On peut dire que c’est toujours la faute des âmes lorsqu’elles n’ont pas le directeur que Dieu leur a destiné. Qu’elles le prient donc de leur faire connaître celui à qui elles doivent confier le soin de leur perfection, et, quand elles l’auront trouvé, qu’elles lui ouvrent leur cœur, qu’elles l’écoutent avec docilité, qu’elles suivent ses conseils, comme si Dieu leur parlait par sa bouche. Une âme de bonne volonté et bien conduite ne peut manquer de parvenir à la sainteté.