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Jeûne

Marc IX, 28 – Matthieu XVII, 21

Cette sorte de démon ne peut être chassé que par la prière et le jeûne.

Père Onésime Lacouture, Jésus au désert

Le jeûne de Jésus dura quarante jours. Il n’a pas fait de miracles pour se soutenir ; ce jeûne est possible humainement. Moïse et Elie ont jeûné aussi longtemps.  De nos jours, plusieurs qui ont fait la grève de la faim ont jeûné même plus longtemps sans mourir ou avant de mourir. Par l’isolement il se sépare des hommes et des biens extérieurs, par le jeûne, il se sépare de la nourriture si agréable à l’homme et si nécessaire. Il isole ses passions naturelles de leur aliment propre ; il tarit la source de la concupiscence, non pas en lui, mais pour nous servir d’exemple à nous. Il souffre de la faim qui est une souffrance physique et donc plus dure à endurer que la séparation du monde extérieur.  Jésus veut nous montrer comment non seulement expier les péchés mais nous en préserver à l’avenir.  On sait que c’est la sensualité ou la concupiscence qui est la principale source des péchés dans l’homme. Le jeûne tarit justement cette source ou au moins l’affaiblit beaucoup. Jésus dit que le démon d’impureté n’est chassé que par le jeûne et la prière. On a un bon exemple de ce que produisent le jeûne et la sensualité respectivement. Moïse jeûne quarante jours et il obtint les tables de la loi de Dieu même sur le mont Sinaï. Pendant ce temps les Israélites, dans la plaine, se mettent à festoyer, à danser et ils finissent par adorer le Veau d’or. Ce jeûne attire Dieu et la gourmandise attire le diable. Quand les Apôtres et les Saints voulaient obtenir quelque lumière spéciale de Dieu, ils jeûnaient au pain et à l’eau.  Que voit-on de nos jours ? Quand les évêques et les prêtres se réunissent pour établir quelque réforme, ils assistent à de véritables banquets avec du bon vin, puis à travers un nuage de fumée de tabac on cherche la lumière divine. Aussi quels beaux fiascos pour la plupart de ces réunions d’où il ne sort à peu près rien pour la réforme des mœurs. Le Saint-Esprit n’est pas chez-lui dans ces congrès bourgeois. Ce qu’ils devraient faire serait de jeûner au pain et à l’eau pendant au moins trois jours et là le Saint-Esprit viendrait leur faire une visite ! Il leur inspirerait des lois très sages et des recommandations très pratiques pour la sanctification des fidèles. De plus en plus on jette le jeûne par dessus bord dans des pays entiers ; des évêques suppriment tout à fait le carême, dispensent du jeûne tout le monde. Pendant quelques années on avait suivi saint Alphonse de Liguori, qui recommandait de ne prendre que deux onces au déjeuner.  De nos jours on a fait sauter les deux onces pour dire au peuple qu’il suffit de laisser un creux dans l’estomac et on a jeûné ! Peu de chrétiens ont souci de ce creux maintenant. Que de prêtres et de religieux ne jeûnent plus aujourd’hui du tout sous prétexte de ceci ou cela, prétextes de païens. Ils ne sont sûrement pas poussés par l’Esprit-Saint ! Il y a beaucoup de maladies qui proviennent de trop manger. Le système n’est pas capable d’éliminer ces excès de poisons qui se forment dans le sang. Le jeûne non seulement expierait les péchés dans l’âme, mais aussi dégorgerait les organes et le sang de ces toxismes qui causent toutes sortes de maladies. L’exemple de Daniel et de ses compagnons en captivité à Babylone le montre bien. Pour suivre leurs lois données par Moïse, ils refusèrent de manger des viandes offertes aux idoles et ne mangèrent que des légumes et burent de l’eau au lieu du vin.  Après quelques semaines de ce régime austère, ils étaient plus rougeauds que les autres et en meilleure santé. Dès qu’on jeûne on peut avoir mal à la tête. Des spécialistes en la matière disent que c’est un signe que le système est chargé de poisons et qu’il faut jeûner encore plus et plus souvent pour les éliminer. Quand le corps est sous ces poisons on n’a pas mal à la tête. Est-ce que les animaux ne cessent pas de manger dès qu’ils sentent le moindre malaise ? C’est une leçon pour nous. Au lieu de prendre des purgatifs, cessons donc de surcharger le système organique. Au lieu d’avoir une peur bleue du jeûne nous devrions nous en servir habituellement pour régulariser les fonctions animales. Tout cela n’est que pour montrer qu’en servant Dieu qui nous impose le jeûne nous gagnons des mérites pour l’âme et de la santé pour le corps. Les apôtres et tous les Saints ont pratiqué le jeûne habituellement, c’est-à-dire qu’ils y recouraient très souvent pour obtenir des faveurs de Dieu ; imitons-les donc comme ils ont imité Jésus.

Saint Maxime de Turin, Sermon

Que jeûne en nous le funeste amour des plaisirs, que jeûne toute injustice, que jeûne l’odieux esprit de rivalité, renonçons aux festins, mais renonçons plus encore à nos vices. Soyons tempérants, abstenons-nous de vin, pour éviter de céder à l’ivresse des plaisirs. Que sert en effet d’observer le jeûne quarante jours durant, et de ne pas respecter la loi du jeûne ? Que nous sert de déserter les banquets, et de passer tout le jour à des procès ? Que sert-il de ne pas manger le pain qui vous appartient, si vous dérobez la nourriture des pauvres ? Le jeûne du chrétien qui s’impose des privations doit être une nourriture spirituelle. Le jeûne du chrétien doit alimenter la paix, et non pas les querelles. À quoi bon ne pas manger de viande, si de ta bouche sortent des injures pires que tous les aliments ? À quoi bon sanctifier ton estomac par le jeûne si les mensonges souillent ta bouche ?

Dom Prosper Guéranger, L’année liturgique

Nous n’avons pas besoin de démontrer à des chrétiens l’importance et l’utilité du jeûne ; les divines Écritures de l’Ancien et du Nouveau Testament déposent tout entières en faveur de cette sainte pratique.

Saint Cyrille d’Alexandrie, Homélie

Quoiqu’il eût en mains les rênes du pouvoir, qu’il fût entouré d’une foule de sujets, et qu’il sût se couvrir de gloire dans les combats, le bienheureux David, lorsque les peuples voisins venaient par les armes troubler la paix des Juifs, faisait, bien entendu, lever des troupes pour soutenir le choc de l’ennemi, mais il n’oubliait pas non plus de se munir, lui et les siens, des secours célestes : il se répandait ardemment en prières continuelles, il suppliait le Dieu des Armées de l’assister, de consentir à sa victoire et contre la cruauté ennemie d’honorer la justice de sa cause. Écoutez-le rapporter comment il fut exaucé, écoutez-le : Pour moi, alors qu’ils me voulaient du mal, je partais un sac comme vêtement, j’humiliais mon âme dans le jeûne, et ma prière, se retournant vers moi, me chargeait les bras. Vous entendez : il a jeûné, il s’est revêtu d’un sac, il a pris l’aspect de la désolation, il était triste et tout en larmes. Il n’était pas plein de noblesse, de gaîté et de lascivité ; ce qui l’abattait c’était la fatigue d’être à jeun. Quel avantage y trouvait-il donc, quelle utilité pensait-il en tirer ? Ecoutez sa réponse : Et ma prière se retournant vers moi me chargeait les bras. Quand on fait des cadeaux à quelqu’un et qu’on veut agir avec largesse, on les verse dans ses bras, ce qui indique bien que les mains ne suffiraient pas à les saisir. Quand donc Dieu, le Maître du monde, comble quelqu’un d’une joie qui surabonde, c’est comme s’il la déposait pour la même raison dans ses bras et dépassait par l’ampleur de ses dons l’attente de celui qu’il exauce. C’est pourquoi David a jeûné, digne en cela du plus haut éloge ou plutôt de la plus vive admiration : il était sage que, bien qu’il pût se glorifier du diadème, bien qu’il eût à foison des biens et des plaisirs, il passât son temps dans la tristesse et le jeûne pour s’attirer un peu de la bienveillance divine. Aussi renversait-il les ennemis ; il sortait vainqueur du combat et, aux yeux de tous, comblé de bonheur et de gloire. Veut-on maintenant considérer les trois jeunes gens, Ananias, Azarias et Misael, on verra en eux aussi la tempérance porter tous ses fruits. Ils étaient de race juive, mais après que les généraux perses eurent pris Jérusalem et les eurent déportés avec les autres, on les choisit pour exercer une fonction à la cour dans la maison du Grand Roi. Car, suivant leurs habitudes de luxe, les Perses entretenaient au service du Roi tout ce qu’il y avait de mieux parmi leurs prisonniers pour la beauté ou la jeunesse. Ils leur donnaient bien à manger afin qu’ils devinssent de beaux hommes et qu’ils offrissent dans la suite du Roi le spectacle d’une beauté qui ne fût pas indigne de la dignité royale. Que firent donc nos trois jeunes gens ? Ils dédaignèrent les repas de sybarites, les assaisonnements compliqués. S’attachant à l’abstinence comme à la mère de toute leur beauté, il trouvèrent leur volupté dans leurs souffrances. Or, qu’arriva-t-il ? Ils firent l’admiration de l’ennemi, ils échappèrent à tous les pièges et ils surpassèrent la fortune de ceux qui passaient là-bas pour les plus illustres et tout cela, avec l’aide de Dieu, le Maître du monde. Ils eurent raison des flammes et après avoir vaincu la force vive du feu, ensemble avec les puissances célestes, ils chantaient en chœur et, devenant comme les maîtres de tout ce qui est sous les deux, ils firent chanter à toute la création la louange due à Dieu.

Jacques-Bénigne Bossuet, Méditations (Page 61)

On aime le jeûne, quand on trouve sa principale nourriture dans la vérité et la justice.

Saint Jean Chrysostome, Homélie

Ne désespérons donc pas de notre salut ; mais adressons au Roi des cieux nos vœux et nos prières, nos supplications et nos larmes : telle est l’ambassade que nous avons à remplir ; nous avons de plus le jeûne, qui sera notre auxiliaire et notre fidèle allié dans cette sublime ambassade. Lorsque l’hiver est passé et que le beau temps revient, le nautonier lance à la mer son navire, le soldat fourbit ses armes et tient prêt son cheval de bataille, l’agriculteur aiguise sa faux, le voyageur se met en route avec courage, sans regarder à la longueur du chemin, l’athlète quitte ses habits pour descendre dans l’arène et combattre avec plus de liberté. Agissons de même : le jeûne est pour nous le retour de la belle saison, c’est notre été spirituel ; fourbissons nos armes comme les soldats ; aiguisons notre faux comme les laboureurs ; comme les nautoniers, préparons-nous à braver les flots des passions et rendons nos pensées invincibles aux assauts de la concupiscence ; disposons-nous à marcher vers le ciel comme des voyageurs intrépides ; comme de vaillants athlètes, préludons au combat par un généreux dépouillement. Nous pouvons sans crainte prendre pour modèles, et le laboureur, et le pilote, et le soldat, et le voyageur, et l’athlète. C’est là ce qui faisait dire à Paul : « Nous n’avons pas à combattre contre la chair et le sang ; mais bien contre les principautés et les puissances : revêtons-nous donc de l’armure de Dieu. »