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Chasteté

Adrien Rouquette, La Thébaïde en Amérique (Chapitre VI, Pages 26-29)

Qu’est-ce donc que la chasteté ? C’est une fille du ciel, un ange de la terre, une sœur de la sagesse ; et elle peut dire comme sa sœur : « j’ai poussé des fleurs d’une agréable odeur, et mes fleurs sont des fruits d’abondance. Je suis la mire du pur amour, de la crainte, de la science et de l’espérance sainte. Venez à moi, vous tous qui me désirez : mon esprit est plus doux que le miel ! » (Eccl. 24.) C’est en parlant de la beauté de la chasteté que le Psalmiste s’écrie : Écoutez, vierges ; ouvrez les yeux et prêtez l’oreille : le Roi est épris de votre beauté ! (Ps. 44.) À chaque page de l’Écriture Sainte, nous lisons l’éloge de la pureté, de la chasteté : « L’incorruption, nous dit-elle, nous fait approcher de Dieu. — Celui qui aime la pureté du cœur aura le Roi pour ami. — Heureux les cœurs purs ; car ils verront Dieu. — Ceux qui ne sont pas purs n’entreront pas dans le royaume des cieux. — Les vierges dans le ciel suivent l’Agneau sans tache partout où il va, et chantent à sa gloire un cantique nouveau. — Oh ! Quelle est belle et rayonnante de gloire la génération des hommes chastes ! » Les Saints Pères ont épuisé toutes les richesses de l’éloquence et de la poésie pour louer la chasteté, pour la faire connaître et aimer des hommes et des femmes, afin qu’ils devinssent des anges ! Mais, ô vertu divine, ô fille du ciel, tu surpasses toute éloquence, toute poésie humaine ! Qui pourrait te concevoir, te comprendre, t’admirer et te louer comme tu mérites de l’être ? Quel homme, quel ange, qui pourrait dire ta beauté, ta grâce, ton empire, la splendeur de la gloire qui environne ton front, comme un mystique diadème ? Ô chasteté, ta dignité égale celle de l’ange ; tu rapproches l’homme de Dieu ; tu le rends semblable à l’éternelle et vierge Trinité. Par toi, le corps mortel et corruptible participe de l’immortalité et de l’incorruptibilité des Esprits, la chair se spiritualise, l’homme devient un ange ! Tu as dompté la nature, soumis la chair, et dédaigné le mariage ; tu nous fais aimer la vie solitaire et contemplative ; et tu as compris, que la plus grande volupté, c’est de se priver de toutes les voluptés matérielles ! Ô chasteté, tu es plus blanche que la neige, plus radieuse et plus pure que la lumière des étoiles ! Rien, dans la nature, non rien, n’est assez beau pour te servir d’image, pour nous donner une idée de ton excellence : parmi toutes les vertus chrétiennes, tu es ce que paraît le lys parmi les fleurs, l’or parmi les métaux, le diamant parmi toutes les pierres précieuses ! Tu es comme la colombe, qui est humble, douce et solitaire ; comme l’aigle, qui aime les hauts lieux, et qui plane au-dessus des montagnes ; tu es enfin sur la terre ce qu’est l’ange dans le ciel ! Ô vous qui êtes vierges, ô vous qui êtes chastes, vous vivez dans le monde sans être du monde ; vous vivez dans un corps comme si vous n’en aviez pas ; quoiqu’enveloppés de chair, vous êtes comme de purs esprits ; votre âme est une couche embaumée où repose le Saint-Esprit ; votre âme est un ciel vivant, un Éden fleuri, un temple consacré, un tabernacle d’or, un lieu secret et mystique, fermé aux profanes, et scellé du sceau de l’Époux divin ! Ô vous qui êtes vierges, ô vous qui êtes chastes, vous êtes de la famille des anges ; vous êtes les anges de la terre, comme les anges sont les vierges du ciel ! Sainte virginité, sainte chasteté, c’est toi qui es la source divine du véritable enthousiasme ; et l’enthousiasme est le ressort puissant de la vertu et de la science, de la sainteté et du génie. La double fleur, la double couronne de la virginité et du génie a brillé sur le front de Saint-Jean l’Évangéliste, de Saint-Grégoire de Nazianze, de Saint-Thomas d’Aquin et de Sainte-Catherine de Sienne ; ils ont eu la plus haute intelligence, unie au cœur le plus aimant, dans le corps le plus pur ! Chez l’homme vierge ou chaste, la vitalité est tout entière au cerveau et dans le cœur ; la pensée illumine son front ; l’amour embrase, dilate son cœur ; tout ce qui est bon, tout ce qui est beau, tout ce qui est généreux, héroïque, sublime, c’est ce qui l’attire, l’exalte ; c’est ce qui excite, allume en lui la sainte ardeur de l’enthousiasme ; l’homme chaste est fait pour étonner le monde, qui ne le comprend pas, et pour marcher de conquête en conquête jusqu’au séjour glorieux où les anges doivent le couronner d’une brillante auréole, ornée de diamants et de pierres mystiques. Une vierge est reine ; elle est reine, parce qu’elle se commande à elle-même, parce qu’elle commande à la nature, à la chair, aux hommes ; elle est reine parce qu’elle est l’épouse de Jésus-Christ, le Roi des rois ; elle est admirée des hommes et des anges, sur la terre et dans le ciel : Ah ! ne prononcez jamais le nom d’une vierge, sans penser à un ange, sans penser à Dieu ! L’homme chaste est comme enivré et exalté par la surabondance de vie qui abreuve son cœur et circule dans ses veines ; il sent brûler en lui-même le feu sacré de l’amour divin ; son cœur généreux ne s’éveille et ne bat que pour les grandes choses ; il est fait pour la lutte et la victoire ; il a l’attitude et la démarche d’un homme habitué à vaincre les autres, parce qu’il est habitué à se vaincre lui-même. Et lui aussi, il est roi ! Ah ! Ne prononcez jamais le nom d’un homme chaste, sans penser à un ange, sans penser à Dieu ! Mais c’est le prêtre surtout, le prêtre de la loi nouvelle, de la loi de perfection évangélique, c’est le prêtre qui est chaste ! Il touche chaque jour les vases sacrés, il monte à l’autel, il tient dans ses mains le Roi des vierges, il le reçoit dans son sein, il s’unit à lui, il se transforme en lui : Ah ! C’est le prêtre surtout qui est chaste, et divinement chaste ! Ô chasteté, austère et ravissante vertu, tu es le sel mystique, la myrrhe odoriférante, tu es le baume précieux, de suave et céleste odeur, le baume de vertu divine, qui communique l’incorruptibilité au corps ! Tu es la robe éclatante de fin lin, sans tache et sans couture ; tu es le manteau royal et magnifique, aux franges d’or ; tu es le vêtement de lumière et de gloire dont l’âme triomphante enveloppe et pare le corps, spiritualisé par elle, et comme elle devenu incorruptible ! La raison, l’Écriture Sainte, la tradition, l’Église, l’histoire universelle, tout nous dit, ô chasteté, que tu as toujours été regardée par les hommes comme une vertu divine : partout et toujours on t’a confié le sacerdoce, accordé le don de prophétie, et réservé la science des choses cachées ; partout et toujours, on a cru que tu avais une communication plus intime avec la divinité, et un plus grand pouvoir pour l’implorer et la fléchir. Autrefois, les sacrificateurs, les prêtresses, les sybilles, les vestales étaient vierges ou chastes. Mais, quels que soient l’excellence, les privilèges et le pouvoir que le paganisme ait reconnus et admirés en toi, ô chasteté, ce n’est que dans le Christianisme que tu as atteint toute ta perfection, et que tu es devenue une vertu surnaturelle, angélique, divine. C’est que la chasteté du chrétien n’est pas une vertu de tempérament ou de philosophie, une vertu de raison ou de nécessité, qui consiste à s’abstenir des plaisirs de la chair, parce qu’ils blessent la pudeur, parce qu’ils empêchent l’esprit de se livrer avec liberté à la contemplation tranquille de la vérité ; non, le chrétien, qui est chaste, est animé de motifs plus élevés ; s’il est chaste, c’est pour plaire à Dieu ; c’est pour se rapprocher de lui, s’unir à lui plus intimement ; oui, c’est par amour, et par excès d’amour, qu’il fait le sacrifice de sa chair et de son cœur, et qu’il est saint de corps et d’esprit. Aussi, dès ce monde, Dieu récompense au centuple ce sacrifice héroïque de l’homme ; dès ce monde, il l’enivre de joie et de paix ; il lui dit tous ses secrets ; il lui parle cœur à cœur, dans la solitude. Ô Saint-Jean, Sainte-Catherine de Sienne, Sainte-Thérèse, vous l’avez éprouvé ; vous savez quel fleuve de lumière et de voluptés célestes inonde un cœur vierge et consacré ; un cœur qui ne s’est ravi à toutes les créatures, que pour se donner tout entier au seul créateur ! Vous savez que ce cœur est vraiment un ciel sur la terre, puisque Dieu y habite, puisqu’il y repose avec délice ; que ce cœur a un avant-goût de la béatitude éternelle, puisqu’il voit Dieu, puisqu’il le possède et jouit de lui avec une sainte familiarité ; vous le savez ; car vous l’avez appris dans l’extase de l’amour !

Pierre Piquemal, Pour Dieu et la Patrie – Des chantiers de jeunesse à la Waffen SS (Pages 21-22)

Nous étions bien jeunes pour accepter les contraintes de l’occupation : quelques soirées furent organisées où en toute innocence (ou demi-innocence) garçons et filles se rencontrèrent pour danser puis en fin de soirée faire des crêpes ou des beignets avec la farine du fils du boulanger, du lait et des œufs des fils d’agriculteurs, et le vin fourni en général par les fils du Père Piquemal. Les gendarmes passant par-là, sans doute téléguidés par des âmes vertueuses, scandalisées de nous voir danser quand d’autres étaient prisonniers, confisquèrent successivement trois phonographes et mirent une fin provisoire à ces bien innocentes activités. Car ne vous en déplaise, on respectait les filles sérieuses que les mères nous confiaient ; sans doute comme bien d’autres avec lesquelles on s’amusait, elles auraient aimé souvent en faire autant, mais il y avait la morale, le respect de leur chasteté (mais oui). C’aurait été dégueulasse, malgré notre désir de profiter de la faiblesse passagère d’une fille sérieuse, de la déflorer et de la laisser tomber ; si on la compromettait réellement on se devait logiquement à plus ou moins brève échéance, de l’épouser, si on ne voulait pas passer pour un salaud et comme nous tenions tous plus ou moins à notre réputation et encore plus à notre liberté… Il m’est arrivé de retrouver plus tard de ces jeunes filles de notre jeunesse, devenues mères et grand-mères après avoir été de bonnes épouses. Dans nos regards il y a une sorte de complicité affectueuse de ce qui aurait pu être et n’a pas été ; pour vous tous qui lisez ces lignes, nous étions sans doute des imbéciles et des idiots « de ne pas en profiter » : il reste avec le temps, entre nous, quelque chose de mieux, une sorte de considération réciproque et cela aussi à une grande valeur dans la vie.