Saint Cyrille d’Alexandrie, Homélie
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Je crois devoir vous rappeler ce que dit Jérémie : Préparez le grand et le petit bouclier, montez à cheval. À vos rangs, casque en tête, faites briller les lances, endossez la cuirasse. Car il nous faut résister habituellement aux voluptés qui nous dégradent et mener la guerre, spirituellement armés, contre les passions. Comme l’écrit saint Paul : La chair désire contre l’esprit et l’esprit contre la chair ; l’un et l’autre s’opposent, mais si la chair l’emporte, quel ignoble, quel impudique vainqueur et plus sale que la boue ! Si c’est elle qui plie et qui se soumet à l’esprit, quelle couronne éclatante et désirable revient aux vainqueurs ! Ils deviennent aussitôt libres de craintes, étrangers au mal ; l’éclat de leurs vertus attire sur eux les regards. Il nous faut donc, je pense, refouler toujours, et de tous nos efforts, nos mauvaises habitudes, afin que nous nous séparions à jamais de ce qui nous nuit, et que nous nous détournions du mal pour nous attacher seulement à ce qui mérite d’être admiré. Car il ne viendra, j’imagine, à l’esprit de personne de demander la santé physique. Si nous tombons malades, appelons tout de suite un médecin qui sache nous guérir et qui oppose avec compétence les remèdes de son art au mal qui nous assaille. Il arrive d’ailleurs fréquemment qu’en écartant les plaisirs de la table nous tarissions la maladie à sa source, qu’en évitant la satiété nous supprimions par notre frugalité la cause de notre mal. Voilà tout le soin que nous avons à prendre de notre corps. Mais si, découvrant — et combien c’est plus grave — que l’âme elle-même est tombée malade, nous ne voyons d’autre remède que la tempérance, que ne nous mettons-nous à pratiquer le jeûne, si nous avons assez de bons sens pour préférer la santé à la maladie ? Purifions-nous donc de toute souillure de la chair ou de l’esprit, suivant qu’il est écrit, et rappelons-nous les prophéties par lesquelles Dieu nous a dit : Soyez saints, car moi je le suis, et mettons-nous à la sainte école de celui qui a dit : Je vous en conjure, mes frères, abstenez-vous, comme des gens qui ne sont pas d’ici et qui ne font que passer, de ces désirs charnels qui combattent contre l’âme. On admire, on loue beaucoup les hommes qui acceptent de courir tous les dangers et offrent leur vie pour sauver leur femme et leurs enfants. Que des pillards viennent exercer leurs ravages dans les villes et les campagnes, dévastent les cultures, dépouillent les habitants de leurs ressources, il serait sans gloire de souffrir leurs déprédations : mieux vaudrait aller à leur rencontre et, dire qu’on préfère à une vie malheureuse une vaillante mort. Personne ne me contredira donc, je pense, si je dis qu’il est nécessaire de combattre pour la défense de notre âme quand la chair la dévaste, et de nous donner autant de mal que nous le pouvons pour dompter son orgueil et pour la mettre à la discrétion de l’esprit, pour qu’elle s’incline enfin devant sa volonté. Nous aurons ainsi l’honneur d’une vie droite, en nous maintenant sur le chemin de la gloire, en nous préparant l’espoir de la vie éternelle. Car nous sommes, en ce monde, des hôtes de passage, et certes le temps de cette vie est court, tandis que ce qui suit est long et sans fin. Aussi faut-il que nous nous éloignions des choses présentes et qui ne sont que pour un temps, et que nous repoussions les plaisirs ignoblement impies, afin d’aspirer aux biens futurs et de n’accorder de prix qu’à ceux que Dieu a préparés pour ses saints. Car l’œil n’a pas vu, l’oreille n’a pas entendu, le cœur de l’homme ne sait pas combien magnifique est ce que Dieu a préparé à ceux qui l’aiment.