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Théâtre

Gustave Thibon, L’ignorance étoilée (Page 40)

À propos d’un maître en spiritualité : Pourquoi faut-il que, chez lui, la perfection absolue de l’apparence extérieure (gestes, paroles, conduite…) donne l’impression d’une représentation théâtrale ? Parce que le théâtre – orienté par essence vers le paraître et non vers l’être, vers l’effet à produire et non vers le sentiment à éprouver, et dont le centre de jaillissement se situe précisément dans ce mouvement centrifuge – réalise une plénitude dans l’expression qui dépasse celle de toute expérience authentique. Un amoureux sur la scène paraît toujours plus amoureux que l’amant le plus passionné, un César plus césar que n’importe quel dominateur historique, un bandit plus bandit que le plus sombre gibier de bagne, etc. Le théâtre restitue à peu de frais l’archétype de toutes les passions et de toutes les grandeurs ; il fait descendre presque sans dégradation l’essence dans l’existence, mais il n’obtient cet effet (il faudrait ici analyser l’expression « faire de l’effet ») qu’en falsifiant la cause. D’où l’impression de fabriqué, d’irréel qui se mêle à notre émotion devant ses plus hautes réalisations. « Quel spectacle, disait Shakespeare, mais ce n’est qu’un spectacle ! »