Pierre Marçais et Denise Rey, Aperçus sur la géométrie sacrée
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L’Art ne saurait être désordonné. Par essence, il est organisé, par et pour le beau, selon les lois géométriques de la Création. Aux artistes, aux hommes qui ont choisi cette voie, et ont reçu le talent de créer, d’en disposer en toute liberté d’expression formelle, mais sans en changer les règles géométriques de base, sous peine de tuer le Beau. Les lois du Beau sont immuables. Les violer est une profanation, la marque de la décadence. Ou alors, violons-les allègrement, mais ne nous en réclamons plus, sous peine de nous parjurer, avec toutes les conséquences que cela entraîne !
Ernst Jünger, Sur les falaises de marbre (Page 62)
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Profonde est la haine qui brûle contre la beauté dans les cœurs abjects.
Simone Weil, Attente de Dieu
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La beauté est la seule finalité ici-bas. Comme Kant a très bien dit, c’est une finalité qui ne contient aucune fin. Une chose belle ne contient aucun bien, sinon elle-même, dans sa totalité, telle qu’elle nous apparaît. Nous allons vers elle sans savoir quoi lui demander. Elle nous offre sa propre existence. Nous ne désirons pas autre chose, nous possédons cela, et pourtant nous désirons encore. Nous ignorons tout à fait quoi. Nous voudrions aller derrière la beauté, mais elle n’est que surface. Elle est comme un miroir qui nous renvoie notre propre désir du bien. Elle est un sphinx, une énigme, un mystère douloureusement irritant. Nous voudrions nous en nourrir, mais elle n’est qu’objet de regard, elle n’apparaît qu’à une certaine distance. La grande douleur de la vie humaine, c’est que regarder et manger soient deux opérations différentes. De l’autre côté du ciel seulement, dans le pays habité par Dieu, c’est une seule et même opération. Déjà les enfants, quand ils regardent longtemps un gâteau et le prennent presque à regret pour le manger, sans pouvoir pourtant s’en empêcher, éprouvent cette douleur. Peut-être les vices, les dépravations et les crimes sont-ils presque toujours ou même toujours dans leur essence des tentatives pour manger la beauté, manger ce qu’il faut seulement regarder. Ève avait commencé. Si elle a perdu l’humanité en mangeant un fruit, l’attitude inverse, regarder un fruit sans le manger, doit être ce qui sauve. « Deux compagnons ailés, dit une Upanishad, deux oiseaux sont sur une branche d’arbre. L’un mange les fruits, l’autre les regarde. » Ces deux oiseaux sont les deux parties de notre âme.
Jean-Jacques Stormay, Abécédaire mal-pensant (Page 83)
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Le Beau est l’objet des « arts du beau », des techniques finalisées par le dévoilement désintéressé du Beau. Le Beau est l’objet d’un jugement de goût désintéressé, si l’on entend par « désintéressé » ce qui exclut la considération des appétits biologiques : la nature morte ne donne pas faim, et c’est en tant qu’elle ne donne pas faim qu’elle peut être dite belle. Est beau ce qui est objet d’admiration ; est objet d’admiration ce qui suscite, dans l’admirateur, le jugement suivant : « je me réjouis que cette chose existe, en tant même qu’elle ne sert à rien ; je me délecte dans l’exercice de l’acte à raison duquel la chose dite belle me fait l’honneur de consentir a accéder au savoir d’elle-même en moi ; le jugement par lequel j’affirme sa qualité, en vertu duquel je constate sa beauté, n’est pas seulement expressif d’un constat, à savoir qu’elle suscite une émotion esthétique : un tel jugement est constitutif de l’émotion esthétique elle-même ; est objet d’admiration non ce qui est possédé par mon regard, mais ce qui possède mon regard, ce qui le ravit, se le subordonne et le distrait de lui-même, ce qui réduit mon regard de l’objet à un instrument par lequel l’objet se regarde lui-même, s’exhausse au statut de sujet pensant ». Ainsi donc, est beau cet objet qui se présente à notre regard tel un objet en attente et en exigence d’être élevé à la dignité de sujet. Est beau ce dans quoi l’intellect se reconnaît, reconnaît une virtualité de sa puissance d’intellection. Est beau ce qui se révèle tel un acte d’intellection cristallisé. Ce qui revient à dire que le beau est ce qui plaît à l’intellect, non en tant qu’objet de connaissance, mais en tant qu’objet de complaisance. Or les choses sont dites vraies en tant qu’elles sont plus ou moins adéquates à leur essence (un vrai lingot d’or, un vrai crétin, une vraie grimace) ; donc, s’il est vrai que l’essence d’une chose se définit par sa finalité, elles sont dites belles en tant qu’elles sont adéquates à leur fonction : un beau fusil, une belle cavale, un beau livre, une belle femme (dont la fin, en tant que femme, est la maternité) ou même une belle démonstration mathématique ou logique ; est beau ce dont l’adéquation à son essence, qui est son principe d’intelligibilité – laquelle est objet de l’intellect – rend possible le processus d’adéquation de l’intellect à lui-même qui, en effet, est dit exercer sa vocation (connaître la vérité logique : l’adéquation de la pensée aux choses) en tant qu’il saisit l’intelligibilité des choses (leur essence). C’est pourquoi telle chose peut être reconnue comme belle par nous, sans correspondre à notre sensibilité, à la manière dont nous disons : « Voici un bon vin, conforme à ce qu’il doit être, qui réjouit mon intellect en tant qu’il est un vrai vin, mais qui ne flatte pas ma sensibilité parce que ma constitution sensible me dispose à lui préférer les liqueurs ou la bière ». Et telle chose peut être dite bonne par nous, qui séduit notre sensibilité sans emporter l’adhésion enthousiaste de notre intellect. Se dessine ainsi la thèse si importante suivante, contestée par la modernité : le beau est objectif. Il existe un bon et un mauvais goût, l’esprit démocratique est exclu de l’esthétique comme de tout autre domaine.
Francesco Scannelli, Microcosmo della Pittura (Page 107)
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La beauté si désirée n’est qu’un reflet de la suprême lumière et comme un rayon de la divinité et elle me paraît constituée d’un équilibre harmonieux des parties joint à la douceur des couleurs qui représentent sur terre les reliques et les arrhes de la vie céleste et immortelle.
Jacques Maritain, Art et Scolastique
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Saint Thomas définissait le beau comme ce qui plaît à voir. Ces mots disent tout ce qu’il faut : une vision, c’est-à-dire une connaissance intuitive, et une joie. Le beau est ce qui donne la joie, non pas toute la joie, mais la joie dans le connaître ; non pas la joie propre de l’acte de connaître, mais une joie qui surabonde et déborde de cet acte à cause de l’objet connu. Si une chose exalte et délecte l’âme par là même qu’elle est donnée à son intuition, elle est bonne à appréhender, elle est belle. La beauté est le resplendissement de la forme sur les parties proportionnées de la matière.
Bibliographie
- Edmund Burke, L’origine de nos idées du Sublime et du Beau (Lien)
- Jean Ousset, À la découverte du Beau