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Immortalité de l’âme

Joseph Mérel, Fascisme et Monarchie

L’âme humaine est immortelle parce que la mort, séparation de l’âme et du corps, n’a aucune prise sur l’âme individuelle du défunt. Ne peut mourir que ce qui est composé. Or l’âme humaine, cette essence individuée par sa relation au corps singulier dont elle conserve les notes individuantes nonobstant la corruption de ce dernier, est simple. Une substance spirituelle possède ainsi sa nature incorruptible et ne saurait en être privée.

Jean Daujat, La face interne de l’histoire

Le problème le plus important pour la destinée de l’homme est évidemment de savoir si sa vie consciente finit avec la mort ou si son âme a une existence immortelle quand le corps qui a cessé d’être animé par elle devient cadavre et se décompose. La mort est en effet pour tout être humain le seul événement certain de son avenir et, même si elle lui paraît lointaine, l’intervalle qui l’en sépare passera aussi vite que son passé et il y aura un instant aussi réel que l’instant présent où ce sera la mort. La destinée de l’homme est-elle tout entière dans la vie présente avec la fin inéluctable de la mort ou comporte-t-elle pour la vie consciente une existence immortelle au-delà de la mort dont la vie présente n’est que la préparation et qui, alors, est évidemment le principal de notre avenir, ce à quoi il faut attacher le plus d’importance ? Nous avons déjà signalé que ce qui caractérise l’homme en le distinguant de toutes les autres espèces animales est la pensée et la liberté. La pensée est la présence en nous de tout ce que notre intelligence connaît : tout ce que notre connaissance intellectuelle saisit est présent en nous dans notre pensée. Mais ce n’est pas une présence matérielle : c’est donc une présence immatérielle et par conséquent la pensée est une réalité immatérielle. La liberté est le pouvoir de choisir. Or tout ce qui est matériel est déterminé en toutes ses activités par la nécessité physique et ne comporte aucun pouvoir de choix. Donc la liberté est une réalité immatérielle. Ces réalités immatérielles de la pensée et de la liberté ne peuvent être données à l’homme que par une âme elle-même immatérielle. Cela ne veut nullement dire qu’il faille considérer l’âme humaine comme un esprit pur indépendant du corps, erreur qui, nous le verrons, a été commise par Platon et Descartes et qui n’est pas conciliable avec le fait que notre pensée et l’exercice de notre liberté dépendent du fonctionnement cérébral. Le mot « âme » signifie le principe organisateur et animateur du corps : parce que le cadavre, qui est fait de la même matière que le corps vivant, n’a plus la vie, il faut conclure que la vie ne provient pas de la matière dont le corps est fait mais d’un principe organisateur et animateur que précisément on appelle « âme ». En ce sens, tout être vivant a une âme. Mais l’âme humaine est le principe chez l’homme de tout ce que la vie humaine comporte, donc de la pensée et de la liberté. Et c’est parce que celles-ci sont immatérielles que nous devons affirmer que l’âme humaine qui est leur source est immatérielle. Mais parce que cette âme immatérielle est le principe organisateur du corps et de sa vie organique, l’exercice de l’intelligence et de la liberté est lié au fonctionnement organique principalement sous la forme du fonctionnement cérébral. Une âme qui n’est rien d’autre que le principe organisateur du corps cesse d’exister avec l’organisation dont elle est le principe : tel est le cas chez les végétaux et les animaux. Mais dire que l’âme humaine est immatérielle est dire qu’il y a en elle, en tant que principe d’intelligence et de liberté, quelque chose qui, en tant qu’immatériel, existe indépendamment de l’organisation du corps et qui donc ne peut pas être détruit par la mort avec cette organisation du corps : que le corps cesse d’être organisé par l’âme ne peut pas détruire ce qui en cette âme est immatériel. D’où l’affirmation de l’immortalité de l’âme humaine en ce qui en elle est immatériel, c’est-à-dire l’intelligence et la volonté libre. Ce qui est lié au fonctionnement cérébral est la forme d’exercice de l’intelligence et de la liberté tant que l’âme qui en est le principe est en même temps principe organisateur du corps, forme d’exercice où l’intelligence connaît en fonction des apports de l’expérience sensible qui lui viennent par le cerveau et où la liberté subit les entraînements des inclinations de la sensibilité. La mort détruit évidement cette forme d’exercice de l’intelligence et de la liberté : nous ne penserons plus après la mort de la même manière dont nous pensons actuellement en dépendance de la sensibilité et au moyen de l’instrument cérébral. Mais la mort ne peut pas détruire par là l’intelligence et la volonté libre elles-mêmes qui sont immatérielles, donc indépendantes en leur être propre de l’organisation de la matière. Cela revient à dire qu’après la mort intelligence et volonté libre s’exerceront d’une manière entièrement nouvelle dont nous n’avons aucune expérience et ne pouvons nous faire aucune idée. On peut toutefois dire qu’un être immatériel constituant une réalité intelligible présente à son intelligence, sa nature comporte une conscience claire et totale de lui-même. Celle-ci ne peut pas se réaliser pour l’âme humaine tant qu’elle organise le corps parce qu’il en résulte que le fonctionnement de l’intelligence est alors lié à celui de la sensibilité ; c’est pourquoi notre conscience se limite actuellement à nos actes présents d’intelligence et de liberté. Mais la mort enlève tout obstacle à ce que se réalise la conscience claire et totale d’elle-même que comporte la nature immatérielle de l’âme humaine ; donc la mort, loin d’être une entrée dans l’inconscience, est l’éveil de notre âme à une conscience parfaite d’elle-même. En cette vie la liberté peut toujours se repentir et changer de décision parce qu’elle peut toujours reprendre en considération des motivations que la décision avait écartées. Mais dire que l’instant de la mort, même précédé d’inconscience ou survenant subitement, est un instant de lucidité totale où par conséquent tout est considéré à la fois, c’est-dire que dans une telle lucidité la liberté s’engage totalement et – n’ayant plus à reprendre en considération ce qui n’aurait pas été considéré – irrévocablement : donc à l’instant de la mort l’âme décide de l’orientation de son existence immortelle d’une manière dont elle ne se repentira jamais et dans laquelle elle persévérera toujours. Mais si l’intelligence humaine peut ainsi savoir que notre âme est immortelle, elle ne peut par elle-même rien savoir de ce que deviendra cette âme immortelle après la mort, c’est à ce sujet l’obscurité totale et du même coup c’est l’obscurité totale sur le sens de l’histoire humaine comme sur le sens de la vie de chaque individu. Privée du corps et des sens, l’âme humaine immortelle n’aura aucun moyen de communiquer avec l’extérieur, il semble qu’elle sera enfermée en elle-même et en ce qu’elle aura acquis au cours de la vie. C’est pourquoi, tant de religions ont considéré l’existence des âmes après la mort comme quelque chose de très pâle et de très réduit par rapport à la présente. La nature de l’âme humaine étant d’animer un corps, il semble qu’elle appelle la résurrection du corps, mais une telle résurrection est inconcevable pour l’intelligence humaine limitée à ses moyens naturels de connaissance. Ces obscurités expliquent que tant de philosophies et de religions aient envisagé la « réincarnation » de l’âme animant un nouveau corps, mais cela est impossible car l’âme humaine tire son individualité, qui la distingue de toute autre âme, du corps dont elle est l’âme, de son hérédité et de sa constitution physique, donc elle ne peut être immortelle qu’en restant l’âme de son corps, jamais elle ne pourra être l’âme d’un autre corps qui serait une autre âme. Devant tant d’obscurités sur l’essentiel de la destinée humaine, notre intelligence est amenée à se tourner vers Dieu.

Mgr Wilhelm Schneider, Preuves de l’immortalité de l’âme

L’âme peut continuer vivre après la mort. Elle n’est pas formée de matière ; elle est, de sa nature, incorporelle et simple ; elle n’est donc pas soumise à la loi de la décomposition. Elle ne peut pas davantage s’anéantir par une décroissance progressive, ainsi que l’a affirmé Kant contre Mendelssohn car elle n’est pas une « grandeur intensive » dans le sens d’une force sans être et sans essence personnelle, mais elle est une essence pleine de force. Sa mort ne pourrait donc arriver que par un anéantissement total ; l’âme devrait totalement cesser d’exister sous une forme quelconque, elle devrait retomber dans le pur néant mais ce serait là une mort dont on ne voit pas d’exemple dans la nature. Le négateur de l’immortalité ne cesse de répéter : tout le reste passe, pourquoi donc l’âme continuerait-elle à exister ? Mais ici, la vérité se trouve précisément dans le contraire de ce qui parait. L’être ne peut arriver de lui-même au non-être, pas plus que le non-être ne peut entrer de lui-même dans l’être. La science exacte de la nature nous enseigne que toute disparition et toute corruption n’est pas autre chose qu’un changement de matière, une décomposition de l’être en ses éléments constitutifs. Dans la nature, rien ne naît de rien, et rien ne disparaît au point de n’être plus rien ; tout ne fait que prendre d’autres forme, de sorte qu’il y a toujours dans la nature la même quantité de matière et de forces. C’est pourquoi les savants modernes ont appelé la mort un phénomène d’accommodation. Rien dans la nature, rien dans l’univers ne disparaît ; nulle part, pas même dans les plus petits atomes il n’y a d’anéantissement total. La lumière qui s’éteint, par exemple, ne disparaît pas absolument ; les molécules embrasées qui forment la flamme ne cessent que de briller et pendant qu’elles se refroidissent, elles s’envolent dans l’air pour y participer à de nouvelles combinaisons. Ce que nous appelons la mort n’est pas autre chose que la décomposition du corps en ses parties dont pas une ne se perd. Où est donc la puissance qui pourrait anéantir un petit grain de sable, au point qu’il n’en restât plus rien ? Posséder une telle puissance, ce serait être Dieu car créer quelque chose de rien n’est pas une œuvre plus grande que de réduire quelque chose absolument à rien.

Blaise Pascal, Pensées

L’immortalité de l’âme est une chose qui nous importe si fort, qui nous touche si profondément, qu’il faut avoir perdu tout sentiment pour être dans l’indifférence de savoir ce qui en est. Toutes nos actions et nos pensées doivent prendre des routes si différentes, selon qu’il y aura des biens éternels à espérer ou non, qu’il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement, qu’en la réglant par la vue de ce point, qui doit être notre dernier objet. Ainsi notre premier intérêt et notre premier devoir est de nous éclaircir sur ce sujet, d’où dépend toute notre conduite. Et c’est pourquoi, entre ceux qui n’en sont pas persuadés, je fais une extrême différence de ceux qui travaillent de toutes leurs forces à s’en instruire, à ceux qui vivent sans s’en mettre en peine et sans y penser. Je ne puis avoir que de la compassion pour ceux qui gémissent sincèrement dans ce doute, qui le regardent comme le dernier des malheurs, et qui, n’épargnant rien pour en sortir, font de cette recherche leurs principales et leurs plus sérieuses occupations. Mais pour ceux qui passent leur vie sans penser à cette dernière fin de la vie, et qui, par cette seule raison qu’ils ne trouvent pas en eux-mêmes les lumières qui les en persuadent, négligent de les chercher ailleurs, et d’examiner à fond si cette opinion est de celles que le peuple reçoit par une simplicité crédule, ou de celles qui, quoiqu’obscures d’elles-mêmes, ont néanmoins un fondement très solide et inébranlable, je les considère d’une manière toute différente. Cette négligence en une affaire où il s’agit d’eux-mêmes, de leur éternité, de leur tout, m’irrite plus qu’elle ne m’attendrit ; elle m’étonne et m’épouvante, c’est un monstre pour moi. Je ne dis pas ceci par le zèle pieux d’une dévotion spirituelle. J’entends au contraire qu’on doit avoir ce sentiment par un principe d’intérêt humain et par un intérêt d’amour-propre : il ne faut pour cela que voir ce que voient les personnes les moins éclairées. Il ne faut pas avoir l’âme fort élevée pour comprendre qu’il n’y a point ici de satisfaction véritable et solide, que tous nos plaisirs ne sont que vanité, que nos maux sont infinis, et qu’enfin la mort, qui nous menace à chaque instant, doit infailliblement nous mettre dans peu d’années dans l’horrible nécessité d’être éternellement ou anéantis ou malheureux.

Abbé Grégoire Célier, L’immortalité de l’âme

[…] Il faut donc qu’il y ait en nous un principe qui nous constitue comme un seul être, qui fait que nous sommes nous-mêmes, personnes humaines et non agrégats de cellules. Ce principe qui organise notre être, qui le rassemble, qui le fait exister comme un seul individu, nous l’appelons l’âme. À la mort, lorsque ce principe unificateur disparaît, bien que les organes soit présents et dans le même état, l’homme n’est plus un tout organisé qui existe et agit, mais un cadavre qui va se dissoudre en peu de temps. Au contraire, durant notre vie, notre corps change sans cesse et même, au dire des biologistes, nos cellules sont entièrement renouvelées en quelques années sans qu’il en reste une seule du corps primitif. Nous sentons pourtant que nous sommes le même homme, que nous avons gardé le même corps et non pas acquis un corps étranger : ceci parce que notre âme s’est conservée identique sous les divers changements. Cette âme est-elle, ainsi que le corps, composée de parties ? Nous venons de la définir comme le principe unificateur et organisateur du corps composé. Ce qui unifie doit lui-même être un, c’est l’évidence, car ce qui est divers tend à agir de façon diverse. Notre pied et notre œil n’agissent pas selon un mode comparable, l’un marche et l’autre voit, et si tous deux tendent vers un but unique (par exemple monter dans l’autobus), c’est parce que notre âme réunit ces mouvements divers par eux-mêmes en une seule action. Étant principe d’unité, notre âme ne peut être divisée, sinon il lui faudrait encore à elle-même un principe d’unité, et ainsi à l’infini. Elle est donc une, simple, sans partie, indivisible. De quelle nature est cette âme indivisible ? Elle n’est pas matérielle car tout ce qui est matériel est divisible. Est-elle cependant liée à la matière de telle sorte que, au moment de sa séparation d’avec elle, elle cesse d’exister ? En d’autres termes, à la mort notre âme indivisible disparaît-elle parce qu’elle n’a plus de corps à organiser et à vivifier ? Il faut pour trancher une telle question étudier succinctement l’activité de l’âme humaine et de ses facultés. Prenons l’intelligence : nous percevons par elle des des réalités qui sont non pas matérielles mais immatérielles ; universelles et non singulières ; éternelles et non temporelles ; en dehors du lieu et non localisées. Nous avons par exemple dans l’esprit les notions de cause, de nécessaire, de vertu, d’infini, de droit, d’être, de connaissance, de liberté, de logique, etc. Rien en tout cela de matériel ou de singulier. Des causes ou des êtres, nous en avons rencontrés de toutes les sortes et lorsque nous pensons à l’idée de cause ou d’être, ce n’est pas à telle cause particulière, à tel être déterminé, mais à la cause en général et à tout être. La cause ni l’être ni aucune des notions de ce genre n’ont de poids, de volume, de lieu ni de matière. Il faut en dire autant d’une proposition comme le théorème de Pythagore, par exemple : « Dans un triangle rectangle, le carré de l’hypoténuse est égale à la somme des carrés des deux autres côtés. » Lorsque Pythagore fit cette découverte il y a plusieurs milliers d’années, il se servait peut-être d’un triangle tracé sur le sable. Depuis ce jour, d’innombrables élèves ont dessiné des triangles sur des tableaux noirs pour illustrer ce théorème. Or, quelle que soit la figure, en tous les lieux et temps, et même si, sans le tracer, je ne fais que penser au triangle, le théorème reste toujours vrai, il l’était il y a mille ans, il le sera dans mille ans, car il est une propriété nécessaire du triangle et non de tel triangle qu’a esquissé Pythagore sur le sol de Crotone. Ce théorème se vérifie indéfiniment dans tous les triangles rectangles possibles parce qu’il est une qualité propre du triangle en général, en dehors de toute matière, de tout lieu et de tout temps. Notre intelligence conçoit donc et connaît certaines notions, relations et raisonnements en dehors de toute matière. S’il en est ainsi, c’est que notre intelligence n’est pas elle-même matérielle, car elle doit avoir les mêmes propriétés que ses actes. Une autre preuve de son indépendance vis-à-vis de la matière s’énonce comme suit. Un corps matériel peut devenir autre chose que sa nature mais il doit cesser d’être ce qu’il était auparavant. Ainsi le bois peut devenir de la cendre mais il cesse alors d’être du bois. L’eau à 100° devient de la vapeur mais en perdant son caractère liquide, etc. Aucun corps ne peut se transformer en un autre et rester simultanément le même. Notre intelligence, elle, devient tous les objets qu’elle connaît sans perdre sa nature propre. J’ai dans l’esprit, quand je les pense, les arbres, les fleurs, le soleil, le ciel. Je ne me suis pas pour autant transformé en un arbre ni en une fleur. Mon intelligence est restée ce qu’elle était et pourtant elle est devenue arbre ou fleur, soleil ou ciel. Comme une telle plasticité est impossible aux corps matériels, nous en concluons que notre intelligence est supérieure à ceux-ci. Complétons notre analyse. Un corps ne peut se replier totalement sur lui-même. Notre œil, quoiqu’il soit un organe très perfectionné, ne peut se voir lui-même. Cela est dû à la matière qui conserve toujours une certaine épaisseur, laquelle empêche le repliement total. Au contraire, notre intelligence peut se replier sur elle-même. Sans cesser de réfléchir, nous saisissons que nous sommes en train de penser. On appelle ce phénomène spontané la conscience : nous avons conscience de nos actions même pendant que nous les accomplissons, nous avons conscience de nos désirs, nous avons conscience de nos pensées. Cette complète réflexion de l’intelligence sur elle-même prouve que celle-ci n’a pas d’épaisseur, qu’elle est immatérielle. Si nous examinons maintenant la volonté, nous remarquons également qu’elle se situe au-dessus de la matière. Les corps sont déterminés naturellement à une seule fin, les organes ne peuvent accomplir que certaines fonctions, même les animaux les plus perfectionnés sont, par leur instinct, entièrement dépendants des conditions et des déterminations préalables. Mais la volonté de l’homme est absolument au-dessus des conditions où l’homme évolue : quand tout l’incline en un sens, celui-ci reste libre de se déterminer en un autre sens ; et lorsqu’il fait librement un acte, il sent qu’il pourrait librement en faire un autre. Les actes de l’homme sont imprévisibles, ainsi que l’expérience le manifeste, car les causes préalables influent, inclinent mais ne déterminent pas. Dans nos décisions vraiment libres, nous sentons que ce ne sont pas notre hérédité, notre éducation, notre tempérament, pas même les circonstances qui font le choix ultime, mais notre liberté, au-dessus de tous les conditionnements, qui opte sans être nécessitée. Dépassant et pouvant même contrarier les facteurs matériels, notre volonté libre se place donc en dehors de la matière. Si la volonté comme l’intelligence sont immatérielles, il est clair que l’âme qui en est le sujet est également supérieure à la matière. Si l’âme est telle, elle ne dépend pas du corps et en se séparant de lui ne cesse pas d’exister. Nous avons vu plus haut que l’âme est indivisible : nous en avons d’ailleurs conclu qu’elle ne peut se détruire en elle-même mais seulement, éventuellement, en relation avec la matière. Or, nous venons de constater que tel n’est pas le cas. Il reste à avouer que l’âme humaine est indestructible absolument, qu’à la mort du corps elle continue à vivre : l’âme est immortelle. Le philosophe ajoute que Dieu, infiniment juste et équitable, doit récompenser le bien et punir le mal. Puisque l’âme ne meurt pas et que la justice parfaite à laquelle l’homme aspire naturellement n’existe pas en ce bas monde, la raison nous contraint d’affirmer que Dieu opèrera ce redressement après la mort.

Abbé Auguste Boulenger, Manuel d’apologétique

Trois arguments nous démontrent l’immortalité de l’âme : A. ARGUMENT MÉTAPHYSIQUE. — L’immortalité de l’âme découle de sa nature, c’est-à-dire de la double propriété qu’elle a d’être une substance simple et spirituelle.

  1. Étant simple, —non composée de parties, — elle ne peut pas périr par décomposition, à la manière des corps matériels, dont la mort consiste précisément dans la dissolution des éléments qui les composent.
  2. Étant spirituelle, — ne dépendant pas essentiellement du corps, — elle ne saurait être entraînée dans la destruction de celui-ci, vu qu’elle a tout ce qu’il lui faut pour pouvoir lui survivre. Il est vrai que l’âme humaine, comme toutes les créatures, est contingente : de même qu’elle aurait pu ne pas exister, de même elle pourrait être annihilée. Mais la raison démontre qu’une telle annihilation répugne aux attributs de Dieu, en particulier à sa bonté et à sa justice, comme nous allons le voir dans les deux arguments qui suivent. B. ARGUMENT PSYCHOLOGIQUE. — II doit y avoir équation entre les penchants naturels d’un être et les moyens de les satisfaire, autrement, cet être serait mal fait, et la sagesse et la bonté de Dieu seraient en défaut. Or les aspirations de l’homme réclament l’immortalité de son âme. Son cœur en effet est plein d’un immense désir de bonheur et soupire après une vie où il puisse connaître le vrai, contempler le beau et aimer le bien. Il est évident, par ailleurs, qu’il ne rencontre ici-bas que vérités incomplètes, imperfections et joies éphémères. Il faut donc une autre vie où l’âme étanche sa soif de bonheur, et une vie sans fin, car on ne peut jouir pleinement d’un bien qu’autant qu’il n’y a pas crainte de le perdre un jour. Il faut que Dieu qui a mis dans notre âme le besoin d’infini, en même temps que le sentiment de ne l’atteindre jamais dans cette vie, nous réserve un avenir où il y ait proportion entre nos désirs et les moyens de les réaliser ; sinon, l’homme, qui est l’être le plus parfait de la terre, serait aussi le plus malheureux : au lieu que l’animal trouve les jouissances que réclame son instinct, lui seul serait condamné par sa nature à poursuivre une fin à laquelle il lui serait impossible de parvenir. C. ARGUMENT MORAL. — L’immortalité de l’âme est une condition de la morale. Il est conforme, en effet, à la justice de Dieu que chacun reçoive selon ses œuvres, que le bien soit récompensé, et le vice puni. Or il est assez évident que dans la vie présente cet ordre n’est pas toujours observé ; il n’est pas rare que la force prime le droit et que le vice l’emporte sur la vertu. C’est là assurément une situation injuste et anormale que Dieu ne peut tolérer que passagèrement. Il faut donc admettre que Dieu ne dit pas son dernier mot ici-bas, qu’il attend une autre vie où il fera les compensations nécessaires et où chacun recevra selon son mérite. Pour cela, l’âme humaine doit être immortelle et garder sa vie individuelle, consciente de son passé, de ses fautes comme de ses vertus.

Pape Léon X, Apostolici regiminis (Bulle)

De nos jours… le semeur de zizanie, l’antique ennemi du genre humain (Mt 13,25) a osé à nouveau semer et multiplier dans le champ du Seigneur des erreurs très pernicieuses, qui ont toujours été rejetées par les fidèles, au sujet de l’âme et principalement de l’âme raisonnable, à savoir que celle-ci serait mortelle et unique en tous les hommes. Et certains, s’adonnant à la philosophie avec témérité, soutiennent que cela est vrai, au moins selon la philosophie : Désirant appliquer un remède opportun contre cette peste, avec l’approbation de ce saint concile, Nous condamnons et réprouvons tous ceux qui affirment que l’âme intellective est mortelle ou unique en tous les hommes, ou qui sont dans le doute à ce sujet. En effet, non seulement celle-ci est vraiment, par soi et essentiellement forme du corps humain, comme il est dit dans le canon de notre prédécesseur, le pape Clément V, publié au concile de Vienne, mais elle est à la vérité immortelle, sujette à la multiplicité selon la multiplicité des corps dans lesquels elle est infusée, effectivement multipliée et sujette à être multipliée dans l’avenir. Puisque la vérité ne peut aucunement être contraire à la vérité, Nous définissons donc comme étant complètement fausse toute assertion contraire à la vérité de la foi éclairée, et Nous interdisons avec la plus grande rigueur de permettre que soit enseignée une position différente. Et Nous décidons que tous ceux qui adhèrent à l’affirmation d’une telle erreur, en disséminant de la sorte les hérésies les plus condamnables, doivent être totalement évités et punis, comme étant de détestables et abominables hérétiques et infidèles qui ébranlent la foi catholique.

Bibliographie

  • Mgr Wilhelm Schneider, Preuves de l’immortalité de l’âme (Lien)
  • Abbé Grégoire Célier, L’immortalité de l’âme (Lien)